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L'Europe prête à imposer la conservation des données téléphoniques
LE MONDE | 03.12.05 | 16h36  ·  Mis à jour le 03.12.05 | 16h36
BRUXELLES BUREAU EUROPÉEN

Sous l'impulsion du ministre britannique de l'intérieur, Charles
Clarke, les Vingt-Cinq sont parvenus, vendredi 2 décembre, à un
accord sur un projet de directive européenne rendant obligatoire la
conservation de certaines données relatives aux communications
téléphoniques ou électroniques. Ce projet est jugé prioritaire par
le gouvernement britannique pour lutter contre le terrorisme et la
criminalité organisée. Il fait l'objet depuis plusieurs mois d'âpres
discussions.


Il a fallu toute la détermination de M. Clarke pour qu'une forte
majorité finisse par se dessiner, au terme de difficiles
négociations. On pensait, il y a quelques jours encore, que ces
discussions étaient vouées à l'échec. L'approbation du Parlement
européen reste toutefois nécessaire, le 13 décembre, pour que le
texte soit adopté.

A l'origine de la directive se trouve une initiative de quatre Etats.
La France, la Grande-Bretagne, l'Irlande et la Suède ont proposé en
avril 2004, au lendemain des attentats meurtriers de Madrid, d'obliger
les opérateurs de télécommunications à stocker les fichiers de
leurs clients, en enregistrant non pas le contenu des communications,
mais les noms de l'expéditeur et du destinataire ainsi que l'heure, la
durée et le lieu d'origine de l'échange.

L'objectif était d'assurer une certaine harmonisation entre les
législations des Etats qui appliquent déjà cette règle et de
contraindre les autres, comme l'Allemagne, l'un des pays les plus
réticents à l'égard de l'initiative des quatre, à s'y associer. La
procédure retenue était celle de la décision cadre, qui ne donne au
Parlement européen qu'un rôle consultatif.

Devant les protestations des eurodéputés, qui se disaient inquiets de
possibles atteintes à la vie privée, la présidence britannique a
recommandé le recours à une directive qui reconnaît au Parlement
européen un droit de codécision.

Les Etats se sont ralliés, de plus ou moins bonne grâce, à cette
formule. Ils se sont rangés à l'opinion de M. Clarke selon laquelle
il était souhaitable d'impliquer les différentes institutions
européennes - Conseil, Commission, Parlement - afin de donner
l'image d'une détermination commune. "Toute la difficulté de la
négociation était de trouver un terrain d'entente", explique un
diplomate présent à la réunion. En l'absence des deux ministres
français de l'intérieur et de la justice, Nicolas Sarkozy et Pascal
Clément, leurs homologues européens ont donc cherché les voies d'un
compromis, qui s'est heurté à la seule opposition de l'Irlande, de la
Slovaquie et de la Slovénie.

Selon ce compromis, qui donne, selon M. Clarke, "de la souplesse aux
Etats", ceux-ci seront tenus de conserver pendant une période qui
pourra aller de six mois à deux ans, voire plus si les Etats ont
déjà adopté une durée plus élevée, les données des
communications par téléphone ou par Internet (que certains pays
voulaient exclure du champ d'application). Toutefois il est entendu que
l'utilisation de ces données ne se justifie que pour les crimes
graves, comme le demandait le Parlement européen. Il appartiendra aux
Etats de définir la notion de crime grave.

DROIT DE RECOURS

De même, les Etats pourront déroger, comme le souhaitait l'Allemagne,
à l'obligation de stocker les "appels non aboutis", c'est-à-dire avec
connexion mais sans réponse, comme celui qui a servi de point de
départ à l'enquête sur les attentats de Madrid . Ils pourront aussi
choisir de compenser, ou non, dans le respect des règles de
concurrence, les coûts supplémentaires imposés aux opérateurs de
télécommunications. Enfin, les Etats fixeront les conditions dans
lesquelles les services de renseignement et de police auront accès aux
données.

Selon le député européen Jean-Marie Cavada, président de la
commission des libertés, qui a joué un rôle-clé dans les
tractations entre le Parlement européen et la présidence britannique,
il est essentiel que cet accès soit placé sous le contrôle d'un juge
et que les citoyens disposent d'un droit de recours.

Thomas Ferenczi
Article paru dans l'édition du 04.12.05

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