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La future carte d'identité électronique ne sera pas obligatoire
Par Christophe Guillemin
ZDNet France
Vendredi 9 décembre 2005

Technologie - Le projet de carte nationale d'identité électronique
a été revu en profondeur. Le ministère de l'Intérieur prévoit
qu'Ines soit payante mais facultative, et que l'accès à la base
de données biométriques soit sous le contrôle de l'autorité
judiciaire.

Le ministère de l'Intérieur a modifié son projet de carte nationale
d'identité électronique Ines (Identité nationale électronique
sécurisée) attendue pour 2008 conformément à ce que recommande
l'Union européenne.

La première version du projet avait entraîné au printemps dernier
une levée de boucliers de la part des syndicats d'avocats, magistrats
et d'associations de militants des droits de l'homme. Les citoyens
Français avaient également manifesté de vives inquiétudes dans le
cadre d'une consultation publique organisée par le Forum des droits
sur internet (FDI), même si, d'une manière générale, ils sont
favorables au principe.

«Nous avons pris en compte toutes ces remarques et proposons de
nouvelles orientations pour ce projet», explique à ZDNet.fr Philippe
Sauzey, directeur du programme Ines. Il a présenté ces orientations
le 5 décembre aux députés et sénateurs réunis à l'Assemblée
nationale pour les 6èmes Rencontres parlementaires sur la société de
l'information et de l'internet.

Première modification: la carte ne sera pas obligatoire. À l'origine,
il était question d'imposer à chaque citoyen français de disposer
d'une pièce d'identité de nouvelle génération: soit la carte Ines,
soit le futur passeport électronique. «A l'avenir, vous pourrez
adopter une pièce de nouvelle génération ou rester aux versions
actuelles».

Pas d'accès aux données biométrique sans autorisation judicaire

La principale inquiétude relevée par la consultation du FDI se
situait au niveau de la protection de la vie privée. Sur ce point des
changements ont également été apportés. La carte intégrera
toujours deux ensembles de données: celles déjà présentes sur les
cartes actuelles (nom, prénom, adresse, photo...) et des identifiants
biométriques, à savoir deux empreintes digitales numérisées (a
priori les index de chaque main).

Ces données seront centralisées par les pouvoirs publics, non plus
dans une, mais dans deux bases de données distinctes. Des dispositions
techniques et légales empêcheront le croisement des deux bases,
assure-t-on au ministère de l'Intérieur.

«Plus généralement le principe est que l'accès à la base de
données biométriques ne puisse être envisagée que dans un cadre
judicaire», précise Philippe Sauzey. Auparavant, le projet laissait
entendre que la police pourrait avoir accès à la base sans
l'autorisation d'un juge.

Enfin, le contrôle de l'ensemble du système sera confié à un
organisme indépendant «de type Cnil», poursuit le responsable.
L'utilisateur pourra quant à lui accéder à un historique des
interventions qui ont été faites sur son dossier.

Une carte divisée en deux volets

La carte Ines comportera deux volets. Le premier, dit « régalien »,
doit permettre l'identification classique du citoyen par les pouvoirs
publics et les polices d'une trentaine de pays partenaires. Ce volet
est basé sur les données utilisées par les cartes actuelles, qui
sont également inscrites en toutes lettres sur la nouvelle pièce
d'identité électronique. Ces informations sont complétées avec les
données stockées dans la puce: les deux identifiants biométriques et
une réplication numérique des données inscrites physiquement sur la
carte.

La puce, basée sur la technologie de communication radio RFID,
fonctionne sans contact, mais avec seulement une portée réduite de
moins d'un centimètre. Les données sont chiffrées par des clés
allant de 2.048 à 4.096 bits.

Le second volet, dit de «services», est destiné à faciliter
l'accès aux services d'administration en ligne, par exemple pour
s'identifier lors des télédéclarations. Un certificat électronique
va être intégré à la carte, dont les spécificités techniques
restent à fixer. Ce certificat pourra également être utilisé, avec
accord du citoyen, par des acteurs privés tels que les banques.

«Nous envisageons aussi d'intégrer à ce certificat un marqueur de
majorité du porteur de la carte. Cela pourrait être employé dans le
cadre d'un contrôle parental», précise Philippe Sauzey.

Pour le reste, le principe du paiement de la carte est acquis, même si
le prix devrait être modique. Le ministère évoque une fourchette de
10 à 20 euros, avec une gratuité pour les personnes les plus
démunies. Une première délivrance gratuite est également une piste
de réflexion.

La durée de validité de la carte devrait être de cinq ans, ce qui
correspond à la durée d'usure des matériaux et à l'évolution de la
puissance du chiffrement des données. Cette nouvelle pièce
d'identité devrait être disponible dans près de 4.000 mairies
centrales.

«Il semble que le gouvernement ait entendu les préoccupation des
Français, notamment en matière de protection de la vie privée»,
commente pour ZDNet.fr Isabelle Falque-Pierrotin, présidente du FDI.
«La carte est facultative et ses fonctions séparées en deux volets
distincts, ce qui va dans le sens des demandes formulées lors de notre
consultation publique.»

Pour qu'elles deviennent effectives, les orientations du projet Ines
doivent encore être intégrées à un projet de loi et  validées par
le Parlement. Cela devrait être fait dans le courant du premier
semestre 2006, indique-t-on Place Beauvau. La nouvelle pièce
d'identité électronique devrait donc être en place en 2008, soit à
la même échéance que les projets similaires développés en
Allemagne et au Royaume-Uni.

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