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Le parlement valide la conservation obligatoire des "logs" de connexion
Par Christophe Guillemin
ZDNet France
Jeudi 22 décembre 2005

Juridique - Après l'Assemblée nationale, le Sénat a adopté le
projet de loi contre le terrorisme de Nicolas Sarkozy. Il impose la
rétention des données de connexion internet jusqu'à un an, à tout
établissement offrant un accès au Net. La Cnil réitère ses
réserves.

Le très controversé projet de loi de lutte contre le terrorisme a
été approuvé jeudi soir par le Sénat. Porté par le ministre de
l'Intérieur Nicolas Sarkozy, il étend la vidéosurveillance et rend
obligatoire la conservation des données de connexion internet.

L'Assemblée nationale l'avait adopté le 29 novembre dernier. Il n'y
aura donc pas de seconde lecture, en vertu de la procédure d'urgence
déclarée par le Premier ministre. En revanche, le Conseil
constitutionnel peut être saisi, ce qui devrait être le cas. Le
sénateur PS Jean-Pierre Sueur a d'ores et déjà fait savoir que le
groupe socialiste en avait l'intention.

Le Sénat a entériné le projet par 202 voix contre 122, indique
Reuters. Les groupes UMP et UDF ont voté en sa faveur. Les
socialistes, qui s'étaient abstenus à l'Assemblée, s'y sont
opposés. Le groupe PCR et les Verts ont également voté contre.

La vidéosurveillance pour les lieux sensibles

Rédigé après les attentats de Londres en juillet dernier, le texte
comporte des dispositions censées faciliter le déploiement de
systèmes de vidéosurveillance dans les transports en commun, les
lieux publics (aéroports, gares, etc.), et les installations sensibles
comme les centrales nucléaires. Les grands magasins ou entreprises
pourront également s'équiper pour surveiller leurs trottoirs.

Côté télécommunications, le texte impose aux professionnels la
conservation des données de connexion des clients ("logs"), pendant
une durée maximale d'un an. Les acteurs concernés sont les
opérateurs télécoms, les fournisseurs d'accès internet, mais aussi
tout établissement fournissant un accès internet (cybercafés par
exemple). La nature exacte des données et leur durée de conservation
devraient être fixées plus tard, par décret d'application.

L'accès aux données de connexion se passera de juge

La conservation des logs n'était auparavant pas obligatoire, mais
laissée à l'appréciation des FAI, seuls professionnels concernés.
Par ailleurs, le texte prévoit que la police ou les renseignements
généraux accèdent aux données sur simple demande adressée à une
«personnalité qualifiée», qui sera nommée «auprès du ministre de
l'Intérieur». Il ne s'agira pas, a priori, d'un magistrat, mais d'un
haut fonctionnaire de la police. Jusqu'alors, l'accès à ces
informations n'était possible qu'avec l'accord d'un juge.

La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) avait
émis des réserves sur ce projet. Elle n'est toujours pas totalement
satisfaite. «Les demandes d'accès seront soumises à l'approbation
d'un personnalité qualifiée, ce qui est positif», indique à
ZDNet.fr sa présidente du service juridique Sophie Vulliet-Tavernier.
«En revanche, il faudra que les futurs décrets précisent le champ
d'application du dispositif, c'est-à-dire indiquent quels
établissements sont concernés. Qu'en est-il par exemple des aux
universités ou bibliothèques?».

Même son de cloches à l'association Iris (Imaginons un réseau
Internet solidaire) qui avait critiqué le projet, aux côtés de la
Ligue des droits de l'homme (LDH) et du Syndicat de la magistrature
(SM). «Je ne crois pas que tout le monde ait pris la mesure de
l'extension de la fonction d'opérateur à tout établissement qui
propose un accès internet», nous confie sa présidente Meryem
Marzouki. «Je pense qu'il faudra à l'avenir présenter ses papiers
d'identité dans un hôtel ou un restaurant ayant, par exemple, un
accès internet en Wi-Fi, afin de pouvoir associer les données de
connexion à l'utilisateur», conclut-elle.

Ces mesures sont adoptées pour une durée limitée de trois ans. Le
Parlement sera donc consulté de nouveau en 2008.

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