http://www.ifex.org/fr/content/view/full/71190/
Affaire des écoutes téléphoniques des services secrets : tout le
monde blanchi sauf les journalistes
English: Probe into secret service phone tapping scandal clears
everyone except journalists
Country/Topic: Corée du Sud
Date: 20 December 2005
Source: Reporters Without Borders (RSF)
Person(s): Lee Sang-ho, Kim Yeon-kwang
Target(s): journalist(s)
Type(s) of violation(s): detained , legal action , questioned
Urgency: Threat
(RSF/IFEX) - Le 14 décembre 2005, un procureur de Séoul a rendu
publiques les conclusions de son enquête sur une affaire d'écoutes
téléphoniques par les services secrets sud-coréens. Ces écoutes
avaient notamment révélé une affaire de corruption politique dont
les protagonistes ne seront pas inculpés, en raison d'une
prescription. En revanche, deux journalistes ont été inculpés pour
avoir rendu publique cette affaire.
"Les conclusions de cette longue enquête aux implications politiques
énormes sont des plus surprenantes. Alors que l'on attendait de
connaître les noms des 75 professionnels des médias victimes de ces
écoutes illégales, on voit la justice s'intéresser seulement aux
journalistes qui ont révélé au public cette affaire d'Etat. Les
corrupteurs et les commanditaires des écoutes sont blanchis, tandis
que les journalistes qui ont fait l'effort d'enquêter sur cette
affaire risquent des peines de prison. C'est ubuesque. Nous demandons
au ministre coréen de la Justice, Chun Jung-Bae, de bien vouloir
intervenir afin que la décision du procureur soit révisée, dans la
mesure où elle va à l'encontre de la liberté de la presse garantie
par la Constitution", a déclaré Reporters sans frontières.
Le 14 décembre, Hwang Kyo-an du Bureau des procureurs de Séoul-Centre
a rendu public le rapport d'enquête sur les écoutes clandestines
réalisées de 1993 à novembre 1997 par les services secrets
sud-coréens. A cette époque, les conversations de plus de 5 400
personnes, dont 75 journalistes, ont été écoutées.
Au motif de la prescription, aucune charge n'a été retenue contre les
hauts responsables politiques impliqués dans des affaires de
corruption politique. Les écoutes avaient notamment révélé qu'un
ancien président du parti conservateur (opposition) avait reçu
illégalement dix millions de dollars de l'entreprise Samsung en 1997.
En revanche, le procureur a inculpé Lee Sang-ho, reporter de la
chaîne privée MBC, et Kim Yeon-kwang, directeur du mensuel "Chosun",
pour violation de la loi sur les communications privées. MBC avait
révélé cette affaire en juillet 2005. Lee Sang-ho a été entendu
plusieurs fois par le parquet, alors que Kim Yeon-kwang n'a été
entendu qu'une seule fois pendant deux heures, le 7 décembre 2005.
Après ces révélations, Kong Un-yeong, ancien responsable de l'unité
d'écoutes "Mirim", a tenté de se suicider en juillet. Il est
actuellement détenu. De même, William Park, un homme d'affaires
américano-coréen, a été condamné à quatorze mois de prison pour
tentative de chantage de la société Samsung et pour avoir donné les
enregistrements au journaliste de MBC.
Début décembre, Lee Sang-ho a reçu un prix de l'organisation
internationale Transparency International pour son rôle actif dans la
lutte contre la corruption. Interrogé par Reporters sans frontières,
le journaliste a déclaré : "Je place toujours le droit du public à
être informé au-dessus du respect d'une loi sur les informations
privées adoptée par le même gouvernement qui réalisait ces milliers
d'écoutes illégales".
C'est la première fois que des journalistes sont inculpés en vertu de
cette loi sur la protection des communications privées. Ils risquent
dix ans de prison. Leur procès pourrait commencer en janvier 2006.