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Le gouvernement va renforcer le droit à la protection des sources
LE MONDE | 12.01.06 | 15h20  ·  Mis à jour le 12.01.06 | 15h20

ascal Clément, ministre de la justice, a annoncé, lors de la
présentation de ses voeux à la presse, mercredi 11 janvier, une
réforme de la loi sur la presse. "Le droit des journalistes à la
protection de leurs sources d'information sera désormais inscrit dans
la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, a déclaré le
ministre. Il ne pourra y être porté atteinte qu'à titre exceptionnel
et lorsque la nature de l'infraction et sa particulière gravité le
justifient. Les collaborateurs des journalistes bénéficieront de la
même protection que ces derniers."

Cette décision fait suite à plusieurs affaires récentes mettant en
cause les pratiques des médias. En octobre, deux journalistes du
quotidien sportif L'Equipe, et trois de l'hebdomadaire Le Point, qui
enquêtaient sur l'affaire Cofidis (une équipe cycliste soupçonnée
de dopage) ont été mis en examen, pour "recel de violation du secret
de l'instruction". Le 15 novembre 2005, un journaliste du Parisien
avait été placé en garde à vue pour avoir écouté les fréquences
radio de la police. Son domicile et son bureau à la rédaction du
quotidien, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), ont fait l'objet d'une
perquisition par la police, qui a saisi le disque dur de son
ordinateur.

A l'AFP, en novembre, une grève du service photo fut déclenchée à
la suite de la transmission à la police, sous peine de perquisition,
de photographies prises en Corse, lors du tabassage d'un policier en
civil par une dizaine de personnes, le 1er octobre 2005, pendant une
manifestation de salariés de la SNCM en Corse (Le Monde des 27-28
novembre).

L'association Presse Liberté, qui regroupe des journalistes et les
principaux groupes de presse (dont Le Monde), avait, en décembre 2005,
dans un courrier, "attiré l'attention du ministre sur le caractère
intolérable des poursuites dont les journalistes font l'objet au motif
du recel de violation du secret de l'instruction, alors que Dominique
Perben (le prédécesseur de M. Clément) avait affirmé, en février
2005, que l'article 321-1 du Code pénal ne s'appliquait pas aux
journalistes". Les propositions de Presse Liberté ont été retenues
par le garde des sceaux, à l'issue de plusieurs réunions de travail
avec le cabinet du ministre.

Concrètement, "les règles spécifiques applicables aux perquisitions
effectuées dans une entreprise de presse seront étendues au domicile
d'un journaliste, a précisé M. Clément mercredi. Le juge des
libertés et de la détention pourra être appelé à intervenir si le
journaliste considère que les saisies effectuées portent atteinte de
façon disproportionnée à la protection des sources. Enfin, les
réquisitions judiciaires devront, à peine de nullité, être
effectuées par un magistrat ou avec l'autorisation de celui-ci."

Le ministre s'est aussi engagé à ce que, en cas de demande de
perquisition de la justice, l'avis d'une "personnalité qualifiée de
la presse" soit sollicité, et que le directeur de la publication
puisse assister le journaliste concerné par la perquisition, et
représenter le journal face aux magistrats. "Ces dispositions
reprennent celles concernant les avocats, pour lesquels le bâtonnier
assiste à toute perquisition", explique-t-on au ministère de la
justice, où l'on précise que cette modification de la loi sur la
presse sera proposée au Parlement au cours de la législature, "dans
le cadre de la réforme pénale liée à l'affaire d'Outreau".

Le débat sur la protection des sources fait rage un peu partout dans
le monde. Aux Etats-Unis, l'affaire Judith Miller avait relancé la
polémique entre la presse et la justice, cette journaliste du New York
Times ayant préféré faire de la prison, au cours de l'été 2005,
plutôt que livrer le nom de son informateur, au sein de
l'administration Bush, qui lui avait révélé le nom d'un ancien agent
de la CIA.

En Belgique, un projet de loi a été présenté en décembre par la
ministre de la justice. Sous prétexte de renforcer la lutte contre le
terrorisme et la grande criminalité, le texte autorise des méthodes
de recherche dites "intrusives" ainsi que des "contrôles visuels
discrets", avec possibilité de perquisition et de fouille, de jour
comme de nuit. En avril 2005, le Parlement belge avait pourtant
accordé des garanties légales importantes aux journalistes en votant
un projet sur la protection des sources qui prévoit que les fouilles,
perquisitions et saisies ne pouvaient être ordonnées que pour éviter
"des infractions qui mettent en péril l'intégrité physique des
personnes".

En Allemagne, la polémique fut alimentée en septembre par la
perquisition des locaux d'un magazine et du domicile d'un journaliste,
lors d'une enquête sur des fuites dans une affaire de terrorisme
islamique, et par la révélation que les services de renseignement,
dans les années 1990, avaient espionné plusieurs journalistes
travaillant pour les hebdomadaires Focus et Der Spiegel, qui
enquêtaient sur... le monde du renseignement.

En Espagne, le chef du gouvernement, José Luis Zapatero, a fait
savoir, mardi 10 janvier, que la création envisagée d'un Conseil
audiovisuel de l'Etat ne relevait en aucune façon d'une intention de
créer un "organe de contrôle, d'analyse ou d'évaluation des contenus
des médias". Façon de prendre ses distances avec la Catalogne, où
une loi a été récemment adoptée par le Parlement régional,
autorisant le Conseil de l'audiovisuel régional à imposer de fortes
amendes aux organismes audiovisuels diffusant des informations "non
véridiques".

Pascal Galinier
Article paru dans l'édition du 13.01.06

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