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A Lyon, l'indépendance de la presse a du plomb dans l'aile

Bras de fer entre journalistes et actionnaires autour du maire Gérard Collomb
dans les hebdomadaires «Lyon Capitale» et «Tribune de Lyon».
par Olivier BERTRAND
QUOTIDIEN : jeudi 05 janvier 2006

Sale temps pour la presse lyonnaise. Hier après-midi, pendant que les
journalistes de Lyon Capitale manifestaient devant la mairie pour protester
contre un prochain dépôt de bilan (1), un autre hebdomadaire, Tribune de Lyon,
votait une grève de vingt-quatre heures. Ses journalistes dénoncent pour leur
part la censure exercée par leur actionnaire. Fernand Galula aurait interdit
la sortie d'un article concernant le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb,
dont il est proche.

L'élu est convoqué mercredi prochain par la police judiciaire, pour
s'expliquer sur des financements perçus par une association qu'il présidait à
la fin des années 90. L'article, prévu depuis dix jours, devait faire une
page. Mais, en rentrant de vacances, les journalistes ont appris que
l'actionnaire, aussi directeur de la publication et de la rédaction, refusait
ce sujet.

Retraite. Fernand Galula a lancé Tribune en septembre. Il a auparavant
travaillé dans la publicité et dirigé des journaux d'annonces légales, puis il
a tout revendu et coulait une retraite aisée. Mais, il y a un an, il a décidé
de revenir dans la presse. Il a d'abord tenté de racheter Lyon Capitale, hebdo
qui tenait une ligne très dure contre Gérard Collomb (Libération du 20
décembre 2005). Les membres fondateurs de l'hebdo s'y sont opposés. Galula a
alors décidé de créer son propre hebdomadaire, qu'il tenait à sortir très
vite. Il a laissé de jeunes journalistes imaginer un projet novateur.

Tribune est sorti dans les kiosques à la mi-septembre. L'écriture et
l'iconographie sont soignées, le papier de grande qualité, et les sujets très
souvent décalés. Le type même du projet éditorial qui demande un peu de temps
avant de s'imposer. Mais sans campagne de communication, sans politique de
diffusion efficace, le titre reste peu connu, peu visible dans les kiosques,
et les ventes peinent à décoller.

Fernand Galula semble par ailleurs avoir très largement surestimé l'état du
marché publicitaire. Il tablait sur une douzaine de pages de pub par numéro,
et doit se contenter, les bonnes semaines, d'une petite demi-dizaine. La
rédaction rame avant chaque bouclage pour remplir les pages manquantes. A côté
de l'hebdo, un mensuel, qui était censé ramasser plus de pub, tourne carrément
au fiasco.

Pour débaucher les journalistes, qui travaillaient tous pour d'autres titres,
Fernand Galula leur avait garanti qu'il aurait les moyens de tenir au moins
trois ans, même en perdant de l'argent. Mais le business plan était bien léger
et l'hebdomadaire se révèle un vrai gouffre financier. L'actionnaire, contacté
hier à plusieurs reprises, n'a pas répondu à nos sollicitations. Il attribue
l'échec à ses journalistes, sur lesquels il se répand dans toute la ville.
L'ambiance s'est vite dégradée dans la rédaction, puis s'est encore alourdie
dès les premières tentatives de censure.

«Branche». Un premier papier a fait tousser Galula, mi-décembre. Tribune y
révélait une perquisition au Grand Lyon, collectivité présidée par Gérard
Collomb. Le directeur a tenté de minorer l'info, de faire raccourcir le
papier, arguant qu'on «ne scie pas la branche sur laquelle on est assis».
L'article est cependant sorti.

Plus récemment, il a décidé de faire réaliser une interview de Gérard Collomb.
L'entretien, qui doit paraître la semaine prochaine, a été réalisé hier matin.
Mais Fernand Galula a tenu à ce que les questions soient rédigées dès lundi
soir, puis quelqu'un les a transmises au cabinet de Gérard Collomb, ce qui a
permis aux collaborateurs du maire de préparer soigneusement les réponses,
mardi dans la journée.

Les journalistes ont écrit à Fernand Galula, hier, pour dénoncer ces méthodes,
«qui vont à l'encontre de l'éthique la plus élémentaire» de leur profession.
Puis ils ont indiqué à plusieurs reprises qu'ils étaient prêts à reprendre le
travail et laisser sortir le journal vendredi, à condition que l'article
paraisse. Le directeur a refusé, menacé de licencier l'auteur du papier et de
déposer le bilan.

Les méthodes des nouveaux actionnaires de la presse lyonnaise se ressemblent
décidément. Bruno Rousset, qui a pris en septembre le contrôle de Lyon
Capitale, va lui aussi déposer le bilan, après avoir éjecté le PDG et le
rédacteur en chef du titre. Les deux hommes vont pouvoir confronter leurs
expériences, et les résistances qu'elles provoquent. Ils doivent en effet se
rencontrer demain, très discrètement. Un salon a été réservé à cet effet à
l'hôtel Hilton.

(1) «Lyon Capitale» a été placé en cessation de paiement mardi, et le bilan
pourrait être déposé prochainement.

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