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Un magistrat sanctionné pour avoir critiqué Nicolas Sarkozy
LE MONDE | 06.02.06 | 13h54  •  Mis à jour le 06.02.06 | 14h35

l semble difficile, pour les magistrats du parquet, de participer au débat
public : Didier Peyrat, vice-procureur chargé des mineurs à Pontoise, a reçu,
jeudi 2 février, un avertissement pour avoir publié deux tribunes dans
Libération et Le Monde, à l'occasion des violences urbaines de novembre 2005.

La sanction lui sera notifiée prochainement par le procureur général près la
cour d'appel de Versailles, Jean-Amédée Lathoud, haut magistrat qui a
supervisé l'affaire d'Outreau lors de son précédent poste, à Douai (Nord), et
qui sera bientôt entendu par la commission d'enquête parlementaire sur les
responsabilités de la hiérarchie judiciaire dans cette affaire.

Les termes de ces articles de presse "me paraissent contraires aux obligations
de réserve et de prudence", a écrit le procureur général. Les syndicats de
magistrats ont été saisis de l'affaire.

Le premier article en cause, intitulé "Banlieues : Mai 68 ou Weimar", est paru
dans Libération, le 8 novembre 2005. "Les événements qui se déroulent dans les
banlieues françaises prouvent l'échec radical de la droite dans ses politiques
de sécurité depuis avril 2002, y écrivait le magistrat. Mais on aurait tort de
ne voir que le bilan piteux de la majorité UMP. (...) Nous savons maintenant
que la criminalité est toujours là, tenace. Elle a résisté à vingt années de
politique de la ville ; (...) aux démonstrations de virilité télégénique de
Nicolas Sarkozy ; comme à l'augmentation des effectifs de police."

Dans Le Monde du 17 novembre 2005, sous le titre "Incendiaires et cogneurs",
M. Peyrat appelait à faire le tri parmi "les jeunes des banlieues", contestant
l'existence d'un mouvement de masse contre l'injustice sociale. Il ajoutait :
"Luttons contre les causes. Bannissons les mots vulgaires, les insultes, la
démagogie de M. Sarkozy. Faisons de la prévention. (...) Mais d'abord il faut
vaincre le mal, à l'aide de ce bien commun : le droit."

Le procureur général relève des "critiques visant la politique pénale impulsée
par le gouvernement pour lutter contre les violences urbaines". Mais aussi le
fait que "M. Peyrat évoque la "virilité télégénique" et la "démagogie" du
ministre de l'intérieur".

Le magistrat se réfère, lui, à la liberté d'expression, reconnue à tout
citoyen par la Constitution et aux magistrats par leur statut. La réserve,
souligne M. Peyrat, se comprend comme l'interdiction de mêler des
considérations politiques à l'activité dans la sphère professionnelle. Les
discours de M. Sarkozy ont, selon lui, "provoqué l'ouverture d'un débat
public" et "pouvaient avoir un effet sur le climat dans lequel la justice
pouvait faire son travail". Quant à la politique menée lors des violences
urbaines, il affirme qu'elle n'est pas directement en cause. Au contraire,
explique-t-il, "j'ai contribué à (sa) mise en oeuvre" : "Les consignes
concernant les détentions de mineurs, instructions avec lesquelles j'étais en
désaccord, ont été suivies."

Nathalie Guibert
Article paru dans l'édition du 07.02.06

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