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La source du fax égyptien remise en question

La note aurait été établie sur la base des propos de l'extrémiste
roumain Vadim Tudor.

Mirel Bran, Bucarest
Samedi 28 janvier 2006
Rubrique: Suisse

C'est un véritable coup de théâtre dans l'affaire du fameux fax
égyptien intercepté par les services de renseignement suisses et
publié par le journal SonntagsBlick le 8 janvier. Selon le journal
roumain Cotidianul daté du vendredi 27 janvier, la source des
allégations contenues dans la note égyptienne serait l'extrémiste
roumain Vadim Tudor.

Le 4 novembre 2005, deux jours après la publication d'un premier
article dans le Washington Post, Vadim Tudor organise une conférence
de presse à Bucarest pour annoncer que «23 terroristes ont été
torturés par la CIA sur la base militaire roumaine de Mihaïl
Kogalniceanu». Habitués aux propos outrés du dirigeant extrémiste,
les journalistes roumains n'avaient pas pris en compte ses
allégations.

Le 9 novembre 2005, Vadim Tudor revient à la charge en publiant un
article dans son hebdomadaire Romania Mare (La Grande Roumanie) et cite
«deux notes des services de renseignement roumains». «La base
militaire de Mihaïl Kogalniceanu a accueilli 23 citoyens étrangers
transportés par des avions américains en provenance d'Afghanistan,
d'Irak et du Liban», lit-on dans Romania Mare.

Une deuxième note spéciale fait état d'informations classifiées
concernant les actions illégales de la CIA, notamment les prisons
aménagées en Europe de l'Est, en Ukraine, au Kosovo, en Macédoine,
en Albanie, en Bulgarie et en Roumanie. A nouveau ignorées par les
journalistes roumains, les allégations de Vadim Tudor auraient été
reprises dans une revue de presse issue des services de renseignement
égyptiens basés à Bucarest.

Le problème avec Vadim Tudor est qu'il a l'habitude d'intervenir sur
des affaires chaudes dans le style qu'il affectionne: un mélange de
vérités et de mensonges. Chef de file du mouvement nationaliste et
extrémiste en Roumanie, il a toujours accès aux notes d'informations
que d'anciens officiers de la Securitate, la police politique du
régime communiste, lui livrent à des fins politiques.

Après l'éclatement de l'affaire suisse, suite à la publication de la
note égyptienne par le SonntagsBlick, Vadim Tudor s'est vanté dans
son propre journal d'avoir eu la «confirmation» de ses informations.

Cette façon de procéder ne date pas d'hier. Le 25 novembre 2005,
Vadim Tudor rencontre le président de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe, René van der Linden, en qualité de
vice-président du Sénat roumain. Selon le communiqué de presse rendu
public le lendemain de cette rencontre, «le dirigeant du Parti de la
Grande Roumanie a dit à l'officiel européen que, en bon chrétien, il
ne pouvait pas mentir sur les centres de torture en Roumanie dont les
autorités ont effacé toute trace». Après avoir promis au député
européen de lui livrer des preuves, Vadim Tudor lui a demandé, selon
ce même communiqué, «de mettre fin à la diffusion de sondages
mensongers en Roumanie qui nuisent au Parti de la Grande Roumanie,
objet d'une fraude électorale». Un véritable roman.


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