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Lutte antiterroriste : l'option "Big Brother" informatique
Michel Moutot, AFP
vendredi 27 janvier 2006 par Spyworld
Examiner des milliards d'informations pour empêcher un nouveau 11
septembre : c'est le but (le rêve ?) des adeptes du "data mining"
("fouille de données"), technique informatique de pointe adaptée à
la lutte antiterroriste. On sait aujourd'hui que les Etats-Unis
disposaient, dans le désordre, d'indices qui auraient pu donner
l'alerte dans les semaines qui ont précédé les attaques contre
l'Amérique en 2001. Pour coordonner ces informations éparses, des
centaines d'informaticiens travaillent maintenant, des deux côtés
de l'Atlantique, au développement de logiciels d'avant-garde.
Pour "connecter les points", il faut d'abord disposer du maximum de
données, puis, par la mise en oeuvre d'algorythmes complexes et de
procédés d'intelligence artificielle, les rapprocher entre elles.
"Ce n'est pas facile : retrouver une information pertinente dans un
flot considérable de données n'est pas aussi simple que cela"
assure le Français Eric Abiteboul, ingénieur à l'Institut national
de recherche en informatique et en automatique (INRIA). "Ce qu'on
arrive bien à faire, c'est repérer des informations récurrentes.
Par contre trouver des événements uniques ou très rares, c'est
beaucoup plus difficile".
Le 28 août 2001 Mohamed Atta, chef présumé des kamikazes du 11
septembre, réserve deux billets d'avion aller-simple Boston-Los
Angeles depuis un accès internet public chez Kinko's à Hollywood,
Floride.
Le lendemain Hamza Al Ghamdi, saoudien lui aussi inscrit dans une
école de pilotage US, achète un aller simple Boston-Los Angeles pour
le même jour, depuis le même Kinko's.
Le lendemain son frère Ahmed utilise la même carte de crédit pour
régler une place en classe affaires sur le même vol. Sur les 19
pirates, six ont donné comme contact le numéro de téléphone de
Mohamed Atta.
Autant de "drapeaux rouges" qui, s'ils avaient été repérés et
reliés, auraient pu mettre la police sur leurs traces.
Aux Etats-Unis, les promoteurs du "data mining" font grand cas du
témoignage de deux officiers de renseignement de l'armée qui
assurent que, grâce à un programme secret baptisé "Able Danger" qui
croisait des millions de fichiers, ils avaient repéré Mohamed Atta au
début de 2000, mais n'avaient pas transmis l'information.
Peu après le 11 septembre le professeur d'informatique Jeffrey
Ullman, de l'Université de Stanford en Californie, a posté un texte
sur son site web : "la technologie moderne a donné aux criminels et
aux terroristes de nouvelles et mortelles possibilités. A peu près la
seule arme défensive née au cours des 50 dernières années est la
technologie de l'information : notre capacité à détecter
électroniquement les actes maléfiques avant qu'ils ne soient
commis".
Pour Thierry Vallaud, responsable du département "Analyse de données"
chez Arvato Information Services, "nous ne sommes qu'au début de ce
genre de système, mais ce n'est plus de la science-fiction (...).
Les services secrets savent trianguler un certain nombre de fichiers
pour tenter de détecter des choses. C'est opérationnel, même
s'il est naturel qu'ils communiquent peu dessus".
Aux Etats-Unis et, encore davantage en Europe occidentale, les
violations massives des libertés publiques rendues possibles par ce
genre de systèmes freinent leur développement et posent des questions
de fond.
Le Pentagone a ainsi dû renoncer en 2002, officiellement, à son
programme "Total Information Awareness" après qu'il eût été
révélé par la presse. Mais l'administration américaine a reconnu
qu'en 2004 que 131 systèmes de "data mining" étaient utilisés par
52 agences fédérales.
"A partir du moment où vous faites de la fouille de données à grande
échelle, vous empiétez de façon évidente sur les libertés
individuelles" estime Eric Abiteboul. "La question est jusqu'à quel
point vous allez tolérer cela ?"
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