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Les dispositifs d'intelligence économique gagnent du terrain

Pascal Junghans, la Tribune, via Veille.com
lundi 6 février 2006 par Spyworld

Un fichier des PME sensibles est en création afin de mieux les
protéger. Des mesures visant à assurer le secret des affaires sont
mises à l'étude. Et deux rapports parlementaires pourraient
suggérer de nouvelles pistes de travail.


C'est la dernière ligne droite, les douze derniers mois, pour Alain
Juillet, le haut responsable à l'intelligence économique, avant que
le président de la République, qui sera élu au printemps 2007,
décide si une politique publique d'intelligence économique est
toujours nécessaire et, si oui, sous quelle forme. Pour l'heure,
Dominique de Villepin a souhaité, mardi 31 janvier, que l'effort des
entreprises soit accompagné par "une vraie politique d'intelligence
économique" publique.

D'ici à 2007, d'autres travaux vont être engagés afin de
compléter un dispositif public qui commence à prendre tournure avec,
notamment, la publication quelque peu rocambolesque d'un décret
soumettant à autorisation publique les investissements étrangers dans
onze secteurs sensibles, et un dispositif financier de soutien aux PME
high-tech, qui tarde quand même à se déployer. Les ministères et
les grandes entreprises disposent désormais tous d'un "M.
Intelligence économique", même si leurs pouvoirs sont de nature tout
à fait variables. Et les PME ont désormais pris conscience de
l'utilité de cette technique (voir tableau).

Une équipe élargie. Pour entamer cette nouvelle période, Alain
Juillet est désormais entouré d'une équipe élargie de quatorze
personnes : deux fonctionnaires des Finances, dont un spécialiste des
mouvements internationaux de capitaux, deux de la Défense, deux du
ministère de l'Intérieur, deux du SGDN et un du Quai d'Orsay.
Au-delà du développement de la recherche en intelligence économique
indispensable pour aider les entreprises (voir ci-dessous), deux grands
chantiers devraient être lancés.

Le premier est déjà bien engagé. Il s'agit de la création d'un
fichier des PME "sensibles". Il est en cours de réalisation avec les
RG, la DST, les Drire et le ministère de la Défense. Ce fichier
permettra de mieux connaître ces entreprises et donc mieux les
protéger contre d'éventuels raiders. Déjà, les RG ont dressés
une liste de 934 entreprises "sensibles". Et chaque trimestre, depuis
octobre 2005, ils établissent un tableau de bord recensant celles qui
ont donné des signes de vulnérabilité (structures financières
friables, protections juridiques insuffisantes, systèmes informatiques
non protégés, débauchages de cadres, campagnes de diffamation, vols
d'ordinateurs, infiltration de membres de sectes ou de stagiaires,
etc.).

Le second chantier est encore à venir. Il vise à renforcer le secret
des affaires, afin d'éviter des distorsions de concurrence entre
entreprises françaises et étrangères. Ainsi, les comptes des
entreprises non cotées doivent être publiés dans l'Hexagone. Les
concurrents disposent d'une source d'information de première
importance. Cette contrainte n'existe pas dans d'autres pays
européens. Autre souci, celui de la protection des données
informatiques dont le traitement est externalisé. Une fois ces
fichiers transmis à une société d'infogérance, souvent située
hors de nos frontières, nul ne peut assurer que ces données ne sont
pas volées ou vendues à un concurrent peu scrupuleux. Or ces
données, notamment celles concernant les salaires, l'emploi,
recèlent des informations essentielles sur la santé et les projets
d'une firme. Mais la création de tiers de confiance ou d'un
"confidentiel industrie", comme il existe un "confidentiel défense",
bute sur de redoutables obstacles juridiques et techniques.

Créer une structure de veille. D'autres travaux pourraient être
suggérés par deux rapports parlementaires. Le premier, remis au
Premier ministre par le député (UMP) Pierre Lasborde, propose,
notamment, de créer une structure chargée de veiller à la sécurité
des réseaux informatiques publics et privés. Un autre rapport devrait
être aussi remis à Dominique de Villepin par Bernard Carayon,
député (UMP) du Tarn, sur les règles d'origine non étatique qui
régissent la vie des affaires avec une force toujours croissante, ce
que les spécialistes appellent la soft law. Les douze prochains mois
d'Alain Juillet vont être bien occupés...
Le Royaume-Uni couve lui aussi ses "pépites"

Le Royaume-Uni, parangon du libéralisme, protège lui aussi bec et
ongles ses "pépites" technologiques. Tout en délicatesse et sans
grandes déclarations de guerre. Lorsqu'il décide de privatiser son
Agence d'évaluation et de recherche de défense, il commence à
séparer la partie la plus sensible stratégiquement et la conserver
dans le giron public. Le reste, baptisé Qinetiq en 2001, détenu
actuellement à 56 % par l'État, à 31 % par le fonds
d'investissement Carlyle et à 13 % par le personnel, devrait être
privatisé au mois de février 2006. Mais le gouvernement disposera
d'une "golden share" (action spécifique) lui donnant tout pouvoir
dans l'entreprise. Une "golden share" peut aussi être utilisée dans
des entreprises de transport sensibles. Tandis que les investissements
étrangers dans l'industrie financière, coeur de la puissance
économique du pays, sont soumis à un agrément.


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