Claude Moniquet est le fondateur de l'ESISC, un institut bruxellois «
spécialisé dans la recherche géostratégique », comme il aime ainsi
à se définir. Auteur d'un rapport contesté sur le Front Polisario,
il vient d'obtenir 3 millions de dirhams pour dommages et intérêts
par décision de justice du Tribunal de première instance de Rabat à
l'encontre du « Journal Hebdomadaire » au terme d'un procès
politique. « Le Journal Hebdomadaire » avait fortement mis en doute
la rigueur scientifique de l'étude de l'ESISC. Qui est vraiment Claude
Moniquet ? Le quotidien belge « Le Soir » vient d'en brosser le
portrait.Edifiant.

 Le patron de l'institut belge qui a obtenu 3 millions de dirhams dans
l'affaire qui l'oppose au "Journal Hebdo" est, selon le quotidien
bruxellois "Le Soir", un ex-journaliste qui s'est recyclé en "expert
du terrorisme".
On l'aime ou on ne l'aime pas. Poser la question "qui est Claude
Moniquet ?" aboutit à dresser un portrait en noir et blanc. "Un
mercenaire", dit cette source proche de la sûreté de l'Etat qui en
fait "la voix de son maître de la DST française" (Direction de la
surveillance du territoire). "Un manipulateur", entend-on dire dans
certains cénacles politiques. "Un type qui se vend au plus offrant",
conclut ce journaliste, qui lui prête néanmoins "un bon bouquin et le
mérite d'avoir parlé avant tout le monde d'Echelon et des étudiants
chinois qui espionnaient à l'UCL".
"Un analyste qui peut être bon parfois, mais souffre du fait que
l'intelligentsia belge est souvent de gauche, alors qu'il est
franchement à droite", dit cet autre confrère. Dans un bistrot du
centre de Bruxelles, Claude Moniquet écoute les critiques, un énorme
"boulon" vissé aux lèvres. Chauve et fort, le regard perçant, la
voix monocorde et caressante, il a le parfait physique du barbouze.
Au cours des deux dernières décennies, le Français et ancien
journaliste Claude Moniquet a donné cours à bien des rumeurs. Il a
été respectivement qualifié de proche des Cellules communistes
combattantes (CCC), d'agent ou de proche du Mossad (les services
secrets israéliens), et en France de la DST ou de la DGSE (Direction
générale de la sécurité extérieure). Moniquet balaie d'un geste la
table et sa "mauvaise réputation" : "Le Mossad, c'est sans doute parce
que je suis juif. Et mes écrits montrent que je suis plutôt
pro-israélien ; la DST, c'est absurde. C'est un service de police, et
je ne suis pas policier". La DGSE ? "Non. Et de toute façon, vous ne
passez pas 25 ans de votre vie à travailler sur le renseignement et le
terrorisme sans traîner ce genre de réputation".
Au lendemain du 11 Septembre, Claude Moniquet a fondé l'Esisc
(European Strategy intelligence and Security Center) avec deux
partenaires. Sur Internet, son site en impose. Hormis la capacité
affirmée d'analyser le renseignement et la prévention de la menace
terroriste, tout y est mis en oeuvre pour donner de l'Esisc l'image
d'un centre de recherches solide et reconnu. Et ça marche : "Jamais je
n'aurais cru qu'un centre de Bruxelles puisse produire quelque chose
d'aussi partisan que ce rapport sur le Polisario", s'étonne ainsi
Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à l'Institut français des relations
internationales (Ifri) sis à Paris. Preuve que l'Esisc "en jette".
"Mais Moniquet est tout seul. Ce centre, c'est lui", affirme un homme
politique belge qui s'est penché de près sur le rapport Polisario et
conclut lui aussi à "un travail partisan". Claude Moniquet rétorque
en dénombrant "onze personnes travaillant pour l'Esisc, pour la
plupart des free-lance, en Belgique et à l'étranger". Sur sa carte de
visite, son seul numéro de GSM. Pas d'adresse. Mais qui l'en blâmera
à l'heure du télétravail ?
Que vaut, sur le plan scientifique, la production de l'Esisc ? Ici
aussi, tout et son contraire. Notre source, proche de la sûreté, la
qualifie de "tout venant, ni bonne ni mauvaise, mais pas assez pointue
pour être vraiment proche des principaux acteurs du renseignement".
Moniquet renvoie la balle en rappelant que CNN ou le Congrès
américain lui ont parfois demandé son expertise. Alors... Ce n'est
pas sur le terrain scientifique que Moniquet a cherché à demander des
comptes au "Journal hebdomadaire". "Tout travail peut être discuté.
Je ne suis pas tenu à l'objectivité journalistique", admet-il en
réfutant avoir voulu démontrer que "le Polisario est proche
d'Al-Qaïda".
En revanche, à entendre Moniquet la faute du "Journal hebdomadaire" a
été d'insinuer que le travail sur le Polisario fut "vraisemblablement
financé" par Rabat. L'ancien journaliste du "Quotidien de Paris" et de
"Ciné Revue" est intraitable : il y a eu diffamation. « Jamais "Le
Journal" n'a cherché de surcroît à me contacter ». La publication
d'un droit de réponse n'a pas abouti, les deux parties s'en rejetant
la responsabilité. Le "préjudice" subi a été estimé par Claude
Moniquet et son avocat à 500.000 euros (il a obtenu 270.000 euros,
NDLR), là où le franc symbolique aurait pu suffire. « Je suis
comptable de la vie de mon entreprise et du bien-être des gens qui y
travaillent », lance le directeur (porte-parole et analyste) de
l'Esisc. Qui dit rester "froid" face à la perspective d'asphyxier
économiquement un des rares journaux indépendants marocains. Quant à
passer pour le bras armé de Rabat, si "le Journal hebdomadaire" avait
observé les règles journalistiques, on n'en serait pas là". Claude
Moniquet avait affiché la volonté d'offrir "la moitié de cette somme
aux victimes du Polisario". La chose n'a plus été évoquée cette
fois.


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