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Un maître-espion fidèle dans ses allégeances
LE MONDE | 02.05.06 | 11h16  ·  Mis à jour le 02.05.06 | 11h16
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C'est un "maître-espion", parfois jusqu'à la caricature. Le général
de division Philippe Rondot est aussi décrit, par ceux qui l'ont
connu, comme un homme loyal et discret. Loyal, mais à qui? "A l'Etat,
dont il est un grand serviteur", assure un haut fonctionnaire du
ministère de la défense. Sauf que l'Etat a différentes incarnations.
C'est d'abord Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, qui est
son autorité de tutelle. Puis Jacques Chirac, chef de l'Etat et chef
des armées, dont il est politiquement proche. Et bien sûr Dominique
de Villepin, auquel il est lié depuis les années 1970.

"C'est un homme loyal à coup sûr, mais peut-être à plusieurs
personnes à la fois", assure ce même interlocuteur. En voulant être
loyal avec tous, Philippe Rondot s'est-il fourvoyé dans des
chausse-trapes politiques? Un homme aux loyautés successives? Ce
portrait peu flatteur ne cadre pas avec le souvenir que gardent de lui
les anciens collaborateurs d'Alain Richard, prédécesseur de Michèle
Alliot-Marie, qui a recommandé à l'actuel ministre de la défense de
conserver à son poste ce très efficace "conseiller pour le
renseignement et les opérations spéciales" (CROS).

Un proche de l'ancien ministre socialiste de la défense se souvient de
lui : "Nous avions avec lui une relation de confiance. Il nous a
toujours donné le sentiment d'une grande loyauté. Il avait en quelque
sorte le rôle d'un inspecteur général de la DGSE \[direction
générale de la sécurité extérieure\]. Il avait des relations
chaleureuses avec les membres du cabinet et voyait le ministre toutes
les trois semaines." Est-ce bien le même homme que les collaborateurs
de "MAM" (Michèle Alliot-Marie) ont découvert, en mai 2002,
lorsqu'ils sont arrivés à l'hôtel de Brienne? Plusieurs manifestent
le désir de se présenter à lui, sans succès. Personne n'aura de
relations avec Philippe Rondot, hormis Philippe Marland, directeur du
cabinet, et, en de rares occasions, le ministre. Le Cros ne participe
à aucune réunion, ne dépend ni du cabinet militaire ni du cabinet
civil, et réduit au strict minium ses relations avec le "bureau
réservé", qui assure l'interface du ministre avec les services de
renseignement.

C'est un homme solitaire et discret, qui accorde sa confiance à sa
seule collaboratrice, qui est aussi sa nièce, Stéphane Queroy. De sa
vie privée, on ne sait rien ou presque : il habite Meudon, dispose
d'une résidence secondaire dans la Nièvre, aime marcher en montagne
et n'émet aucune opinion politique.

Les membres du cabinet de Michèle Alliot-Marie se souviennent d'un
homme d'apparence grise, qui semble fuir tout contact. C'est tout juste
si, de temps en temps, pour appeler l'ambassade de France à Bagdad, il
frappe à la porte d'un de ses collègues, pour utiliser son
téléphone crypté. Lorsqu'il part en retraite, en décembre 2005,
c'est avec la même discrétion : aucun verre d'adieu, aucun mot de
circonstance.

Philippe Rondot a ses réseaux, ses entrées à l'Elysée, à Matignon,
dans les "Services" (de renseignement) et au ministère de
l'intérieur. C'est en partie pour cela que "MAM" n'a en lui qu'une
confiance modérée : "Elle sait qu'il ne lui est pas exclusivement
dévoué. Elle sait aussi que si l'Elysée lui a demandé de le garder,
c'est aussi parce qu'il est là pour verrouiller d'autres dossiers",
assure un proche de la ministre. Lesquels? Par exemple cette affaire de
novembre 2001, mettant en scène la DGSE et la DST, accusées d'avoir
mené une enquête sur des comptes bancaires supposés de Jacques
Chirac au Japon et au Liban.

Philippe Rondot est un militaire atypique, qui a fait toute sa
carrière dans les services de renseignement. Il est né à Nancy, en
1936, d'un père saint-cyrien, le général Pierre Rondot, auquel il
faut s'intéresser pour comprendre le parcours de celui qui deviendra
le conseiller pour le renseignement des ministres socialistes Pierre
Joxe et Alain Richard, avant d'exercer les mêmes fonctions auprès de
Michèle Alliot-Marie.

Pierre Rondot est un spécialiste du monde arabe, qui a été à
l'origine de la création des services de renseignement syrien et
libanais pendant le Mandat français. A l'époque, il est aidé par un
officier libanais, qui n'est autre que le père d'Imad Lahoud,
l'informaticien au cœur de l'affaire Clearstream, lui-même frère de
Marwan Lahoud, PDG du fabricant de missiles MBDA. Philippe Rondot
suivra les traces de son père : saint-cyrien, il fait la guerre
d'Algérie en 1961 et intègre ensuite rapidement, en mai 1965, le
Sdece (service de documentation extérieure et de contre-espionnage).

Il va, lui aussi, devenir un expert du monde arabe. Arabisant, il parle
aussi l'allemand, l'anglais, le roumain et le russe. Le roumain, c'est
à la suite d'un séjour en poste à Bucarest, où il lui arrive une
mésaventure : parce qu'il a perdu ses clés, il ne rentre pas chez
lui, ce qui suffit à faire naître le soupçon d'avoir été retourné
par la Securitate roumaine. Il regagne Paris et intègre le Centre
d'analyse et de prévision (CAP) du Quai d'Orsay, dirigé par
Jean-Louis Gergorin. C'est là qu'il rencontre un jeune énarque du nom
de Dominique de Villepin.

Les trois hommes vont nouer des relations fortes, qu'ils maintiendront.
Du Sdece, Philippe Rondot passera à la DST (direction de la
surveillance du territoire), soit un parcours très atypique lorsqu'on
sait la rivalité, voire la "guerre", qui a longtemps opposé ces deux
services. A l'intérieur, il travaille avec Pierre Joxe, qui le fera
revenir à la défense, lorsque lui-même s'installera à l'hôtel de
Brienne. Expert en terrorisme international, il cultive ses amitiés
arabes et méritera son surnom de "colonel Lawrence" (d'Arabie) à la
française.

Comme son père, il s'intéresse tout spécialement à la Syrie. Il
publiera un "Que sais-je?" sur ce pays, et un autre sur l'Irak. A
Damas, il nouera d'étroites relations avec le général Moustapha
Tlass, qui restera trente-deux ans à la tête du ministère syrien de
la défense. Grâce à ses réseaux arabes, Philippe Rondot jouera un
rôle déterminant dans la libération de plusieurs otages français,
notamment les époux Valente, plus tard Florence Aubenas, Christian
Chesnot et Georges Malbrunot, et il parviendra à exfiltrer du Liban le
général Michel Aoun. Mais son haut fait d'armes, c'est l'arrestation
du terroriste Carlos, au Soudan, en 1994.

Pour être moins connus, ses échecs existent. C'est avec son concours
que Dominique de Villepin se lance dans l'incertaine aventure d'une
tentative de libération d'Ingrid Betancourt, en juillet 2003. Il
échouera, d'autre part, à obtenir la libération des sept moines de
Tibéhirine, en Algérie. En pleine cohabitation, il est tiraillé :
avec Pierre Joxe, il créé la direction du renseignement militaire
(DRM), mais, à la demande de Dominique de Villepin, il effectuera une
enquête sur celles lancées par la DGSE et la DST sur les comptes
bancaires supposés du président de la République. Le général
Philippe Rondot a la réputation d'avoir mené une carrière de fidèle
serviteur de l'Etat. Mais parfois il ne lui a pas été facile de faire
un choix entre ses allégeances.

Laurent Zecchini


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