http://www.liberation.fr/page.php?Article=377647

Intérieur
Les mondes parallèles du renseignement

Nicolas Sarkozy avait, comme ses prédécesseurs, rêvé d'une fusion des  
services.

par Jacky DURAND
QUOTIDIEN : mercredi 26 avril 2006

Nicolas Sarkozy l'avait imaginée, l'Elysée s'y est opposé : la «fusion»  
des Renseignements généraux (RG) et de la Direction de la surveillance du  
territoire (DST), un temps envisagée par le ministre de l'Intérieur, est  
restée dans ses cartons. Tout comme la création d'une Direction générale  
du renseignement intérieur, qui aurait chapeauté les deux services de  
renseignements. Sarkozy a été prié par les conseillers de Chirac de  
remballer ses grands projets. Le renseignementétant un outil trop  
sensible. D'ailleurs, officiellement, les RG ne se «mêlent plus de  
politique». Ce sont des cellules internes aux préfectures qui doivent  
prendre le pouls dans la perspective de la présidentielle de 2007. «Mais  
faire de la prévision électorale ne s'improvise pas, estime un ponte des  
RG. Il y a des préfets qui commencent à s'angoisser et vont s'en remettre  
à nous.»

Bras de fer. Sarkozy ne manquait pas d'idées pour «moderniser résolument»  
les services à son arrivée au ministère de l'Intérieur en 2002 et  
rapprocher Renseignements généraux et contre-espionnage. Il était loin  
d'être le premier. La réforme des «services» en France refait surface au  
gré des changements de majorité, des stratégies électorales et des bras de  
fer qui opposent tous ceux qui tentent de tirer à eux la couverture du  
renseignement. «En 1986, déjà, quand Chirac s'est retrouvé Premier  
ministre de la première cohabitation avec François Mitterrand, on a  
commencé à parler d'une grande direction du renseignement», se souvient un  
spécialiste. En 2002, le gouvernement Jospin avait également envisagé un  
rapprochement de la DST et la direction centrale des RG au nom d'une  
rationalisation des moyens et d'une meilleure efficacité.

Blocage. Reste la perspective d'un emménagement commun en novembre 2007.  
La direction centrale des RG, la DST et la Division nationale  
antiterroriste (DNAT) doivent en effet s'installer dans de nouveaux locaux  
à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Mais les trois services vont-ils pour  
autant concentrer leurs forces ? «On a déjà appris à travailler davantage  
ensemble grâce à l'Uclat [Unité de coordination de la lutte  
antiterroriste, ndlr]. Mais ça sera difficile de coordonner nos tâches  
respectives, car nous n'avons pas le même maillage du territoire», estime  
un officier des RG.

Un spécialiste du renseignement redoute également «le blocage des  
hiérarques», qui verraient d'un mauvais oeil le jeu de chaises musicales  
qu'entraîneraient la réforme et le rapprochement des services. «A l'heure  
actuelle, ils fonctionnent dans la concurrence. C'est à celui qui fournira  
le plus de pages de rapport au juge Bruguière.»

Pour Stéphane Berthomet (1), capitaine de police et conseiller en matière  
de terrorisme du syndicat d'officiers Synergie, il est indispensable de  
«clarifier les rôles et les compétences» des différents services de  
renseignements. Cet ancien de la DST et de la DNAT milite pour une autre  
répartition des rôles entre le judiciaire et le renseignement «face à une  
menace terroriste qui s'est diversifiée». Il fait partie de ces officiers  
qui verraient bien le travail des enquêtes sous la houlette exclusive  
d'une direction de police judiciaire comme la DNAT. La DST et les RG se  
concentrant sur le renseignement. Dans cette hypothèse, l'Uclat  
deviendrait une autorité régulatrice et décisionnaire au-dessus des  
services. «Les RG ont un maillage du territoire en très grande profondeur,  
affirme Stéphane Berthomet. Ils sont aptes à faire remonter des données  
fines. La DST a un double niveau de fonctionnement, national avec des  
antennes sur tout le territoire et international grâce à ses contacts  
permanents avec les services étrangers. Il y a une vraie complémentarité  
entre RG et DST. Il ne faut pas fondre brutalement ses deux services en  
un. La mutualisation des moyens serait un grand pas. Il faut comprendre  
l'intérêt à conserver des compétences, des cultures différentes.»

(1) Auteur avec Guillaume Bigot du Jour où la France tremblera (Ramsay).

--~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~
You received this message because you are subscribed to the Google Groups 
"guerrelec" group.
To post to this group, send email to [email protected]
To unsubscribe from this group, send email to [EMAIL PROTECTED]
For more options, visit this group at http://groups.google.com/group/guerrelec
-~----------~----~----~----~------~----~------~--~---

Répondre à