http://www.lexpress.fr/info/france/dossier/clearstream/dossier.asp?ida=438160

L'Express du 11/05/2006
Affaire Clearstream
Le document qui ébranle le pouvoir

par Gilles Gaetner, Jean-Marie Pontaut

Le procès-verbal d'audition du général Rondot par les juges, dont  
L'Express publie l'intégralité, raconte une histoire hallucinante. Il  
dévoile, dans l'ombre de l'exécutif, des pratiques qui évoquent les  
cabinets noirs. Il montre aussi à quel point les soupçons qui ont pu peser  
sur des dizaines de personnalités - pas seulement Nicolas Sarkozy -  
étaient sans fondement. Et pourtant, il a fallu de longs mois pour arrêter  
la manip

Quelle histoire! Le récit fait par le général Rondot met en péril le  
pouvoir et risque de faire vaciller le Premier ministre. L'Express publie  
l'intégralité du procès-verbal de l'audition, par les juges Jean-Marie  
d'Huy et Henri Pons, de Philippe Rondot, le 28 mars dernier.

Une audition fleuve, qui a duré près de quatorze heures entrecoupées de  
deux pauses d'un quart d'heure chacune et dont la publication intégrale  
révèle les noms de personnalités qui n'avaient jamais été citées: député,  
journaliste, avocats, industriels, éditrice. Leur mise en cause est  
d'autant plus scandaleuse qu'on a essayé de les salir sans preuve.

De même que la presse avait révélé les noms des victimes écoutées par la  
fameuse cellule élyséenne à l'époque de François Mitterrand, les personnes  
évoquées dans l'affaire Clearstream ont le droit de savoir qu'elles ont  
fait l'objet de manœuvres de basse police. Ce qui leur permet de réagir  
et, si elles le souhaitent, de porter plainte, comme l'ont déjà fait un  
certain nombre de personnalités.

L'audition du général Rondot, en aucun cas responsable de cette  
machination - il va au contraire la dénoncer - laisse percer des pratiques  
nauséabondes indignes d'une République. C'est ce qu'il ressort des notes  
du général relatant la fameuse réunion du 9 janvier 2004 dans le bureau du  
ministre des Affaires étrangères d'alors, Dominique de Villepin, en  
présence de Gergorin.

Le nom de Sarkozy, bien sûr, est prononcé. Avec la mention: «Enjeu  
politique: Nicolas Sarkozy. Fixation Nicolas Sarkozy. Lien  
Sarkozy-Dassault Le Figaro.» D'autres noms sont encore évoqués: «Explorer  
Fabius, Pasqua, DSK, JC Marchiani, Squarcini [NDLR: ancien directeur  
central adjoint des RG].» Que dire encore de ces trois lignes  
ignominieuses sur le compagnon de Michèle Alliot-Marie, Patrick Ollier? On  
lit en effet: «Irak, Libye, Syrie. DDV [Dominique de Villepin] ne le sent  
pas. Ne rien communiquer au ministère de la Défense.»

Calomnié encore, le député UMP de la Haute-Vienne Alain Marsaud. La note  
indique en effet: «Action du juge Marsaud… Pas clair. Le juge Marsaud se  
serait rendu avec un commissaire de la DST dans le bureau de Nicolas  
Sarkozy avec une liste de douze noms de corbeaux potentiels.» Réplique de  
Marsaud à L'Express: «Ces ragots sont faux de A à Z. Cela prouve le niveau  
de sérieux de ces zozos. Ayant déjà eu connaissance de ces sottises par la  
DST, j'ai porté plainte auprès du procureur de la République en juillet  
2005.»

Sur Me Francis Szpiner, ancien conseil d'Alain Juppé, on lit: «Action  
trouble de Me Szpiner.» L'avocat, fortement agacé, pense que, à l'époque,  
les milieux aéronautiques lui reprochaient une attitude trop dure à  
l'encontre du régime du colonel Kadhafi lors des négociations sur  
l'indemnisation des victimes de l'attentat contre le DC 10 d'UTA. Me  
Szpiner était en effet le conseil de l'association SOS-Attentats. Quant  
aux insinuations contre Edwy Plenel, alors directeur de la rédaction du  
Monde, ou l'éditrice Odile Jacob, elles sont carrément ridicules et  
choquantes. Comme d'ailleurs toutes les autres.

L'intérêt du témoignage du général Rondot, déjà en partie publié par Le  
Monde, est double: il révèle d'abord que, dans un Etat démocratique, on  
peut, dans l'ombre du pouvoir, monter des mauvais coups contre ses  
adversaires par le biais de prétendues preuves rocambolesques. Quand on  
lit la liste des gens mis en cause, on a peine à croire qu'au plus haut  
niveau de l'Etat de telles accusations puissent être prises au sérieux.  
Ensuite, on perçoit très bien, à travers le récit de Rondot, comment ce  
dernier, en quelques mois, a démonté la manip. Laquelle a prospéré  
longtemps encore. Alors que l'on savait, en haut lieu, que tout était  
bidon.

Témoin, l'enquête de la DST diligentée au cours de l'été 2004, alors que  
le juge Van Ruymbeke avait déjà établi qu'une des personnalités mises en  
cause dans le listing Clearstream était totalement innocente.

L'enquête de la DST conclura, elle aussi, à une manipulation. Même si elle  
n'avait pas identifié formellement le corbeau, on pensait l'affaire  
terminée. C'était compter sans la ténacité des juges d'Huy et Pons, qui,  
après la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy, le 31 janvier  
2006, allaient donner un coup d'accélérateur à leurs investigations. Ainsi  
des perquisitions chez Philippe Rondot, à la DGSE ou au ministère de la  
Défense.

Et ce n'est pas fini: mardi matin, le juge d'Huy a entendu le ministre de  
l'Intérieur, comme partie civile, évidemment; les protagonistes de  
l'affaire, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, devraient s'expliquer. Puis  
les magistrats devraient réentendre Philippe Rondot et, secret de  
Polichinelle, faire un petit tour du côté de l'hôtel Matignon.


Ce que Sarkozy a dit au juge

Le ministre de l'Intérieur est arrivé mardi 9 mai, à 9 h 30, au pôle des  
juges d'instruction financiers, accompagné de son avocat, Me Thierry  
Herzog. Il en est sorti deux heures un quart plus tard. A la question:  
«Avez-vous des soupçons sur l'origine de cette dénonciation vous visant  
personnellement?», Nicolas Sarkozy a répondu: «Non. Je fais toute  
confiance à la justice pour établir une vérité judiciaire, le travail que  
vous faites depuis quelques mois me confortant dans cette confiance. Je  
veux savoir qui m'a mis sur ces fiches. Pourquoi on m'y a mis. Comment on  
m'y a mis et quand on m'y a mis. Et je crois à la vertu pédagogique de  
cette enquête, afin que plus jamais des comportements aussi contraires aux  
principes de la République ne puissent se reproduire. Il en résulte un  
préjudice considérable. J'ai trente ans de vie politique sans que jamais  
je n'aie été mêlé, de près ou de loin, à un scandale, et je n'accepte pas  
d'y être associé aujourd'hui par la bassesse d'apprentis comploteurs.»

Ecoutes meurtrières

Les juges d'Huy et Pons, qui ont mis sur écoutes Imad Lahoud, ont fait de  
curieuses découvertes. Dans l'interception du 28 avril 2006, qui a lieu  
après la perquisition dans son bureau d'EADS, Lahoud confie à sa femme:  
«Au cabinet de Villepin, ils font des bonds en avant, car ils ne voulaient  
surtout pas que les mecs viennent chez EADS.» Dans celle du lendemain, son  
épouse, qui a appartenu au cabinet d'Eric Woerth, secrétaire d'Etat à la  
Réforme de l'Etat en 2004-2005, raconte que celui-ci a assisté à une  
conversation téléphonique entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.  
«La conversation, dit-elle, a été sauvage.»

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