http://www.lefigaro.fr/france/20060513.FIG000000839_les_services_expriment_leur_amertume.html

Les «services» expriment leur amertume
Arnaud de La Grange
13 mai 2006, (Rubrique France)

Dans le monde du renseignement, on s'inquiète des raccourcis  
simplificateurs. On veut remettre à leur juste place les personnalités  
d'Imad Lahoud et de Philippe Rondot.

DANS LA COMMUNAUTÉ française du renseignement, l'ingratitude des faits est  
un sujet de méditation très partagé ces jours-ci. L'image des «services»,  
au zénith depuis l'affaire des otages français en Irak, est à nouveau  
écornée. Dans l'opinion, le spectre de nouvelles «barbouzeries», où des  
agents secrets se prêtent aux sombres manoeuvres de la République, se  
promène de manière désastreuse. Dans les rangs de l'ombre, la colère monte.

«On évoque, on fantasme sur une implication des services de renseignement,  
confie une source, mais où sont-ils dans cette histoire ? Le problème,  
justement, c'est qu'ils n'y sont pas. Pour enquêter, on est allé chercher  
un homme seul (le général Philippe Rondot, NDLR), pas fait pour cela. Si  
les services avaient été correctement utilisés, on n'en serait sans doute  
pas là.» Quels services, en l'occurrence ? A partir du moment où il y  
avait suspicion d'un délit commis, ce sont les services à compétence  
judiciaire du ministère de l'Intérieur (dont la DST) qui auraient dû être  
en charge dès le départ.

Voilà pour l'esprit. Sur les faits, certains acteurs du renseignement  
tiennent à clarifier les choses. Le rôle du général Rondot et ses liens  
avec la DGSE d'abord. «Certains l'imaginent coordonnant – voire  
instrumentalisant – des hommes de la DGSE pour ses investigations. C'est  
absurde dans notre système, où les règles sont strictes et observées»,  
explique un proche du dossier.

Les Balkans, zone d'activité principale de Rondot

D'abord, le général Rondot n'est plus membre de la DSGE depuis longtemps.  
Ensuite, il y a «un fossé entre sa carte de visite (coordinateur du  
renseignement et des opérations spéciales, NDLR) et son rôle réel»,  
explique-t-on. «Notre système se refuse depuis des années à créer un  
«conseiller pour la sécurité nationale», en charge d'une telle  
coordination au plus haut niveau, poursuit-on, alors ce n'est pas un  
conseiller du ministre de la Défense qui va l'assurer.» On rappelle que  
les rapports entre la DGSE et le général Rondot ont concerné «à 95%» sa  
mission principale, la question des criminels de guerre dans les Balkans.

Les 5% restants, c'est surtout l'Irak. «J'ai beaucoup d'admiration pour  
Rondot, dont le carnet d'adresses au Moyen-Orient a été si précieux pour  
les services français pendant 30 ans, explique une autre source, mais lui  
attribuer un rôle clé dans les dernières affaires d'otages n'est pas  
conforme à la réalité.» Il se serait juste rendu deux fois deux jours à  
Bagdad pour «prendre la température» et a par contre joué un rôle  
important pour y voir clair sur les agissements de l'équipe Julia à Damas.  
Les relations directes entre services français et syriens sont en effet  
difficiles. En clair, depuis la rue Saint-Dominique, le général Rondot  
peut demander à la DGSE des «criblages» sur des sujets qui l'intéressent.  
En aucun cas diriger une équipe.

Autre sujet de fantasme, «l'informaticien» Imad Lahoud. Certains veulent y  
voir une recrue de la DGSE, lui apportant un temps sa cyber-science. «Il  
n'a jamais passé les portes de la caserne Mortier, n'a jamais été engagé à  
quel titre que ce soit», affirme une source. Présenté en janvier 2003 à la  
DGSE par le général Rondot, l'homme a par contre bien été vu une dizaine  
de fois. Sans doute dans un «local de contact» comme il en existe  
plusieurs dans Paris. L'homme a «vendu» à ses interlocuteurs des  
informations financières inédites sur la famille Ben Laden. Y compris un  
Cédérom explosif de Clearstream, montrant des manipulations financières  
faites à la veille du 11 Septembre.

Durant quatre mois, Lahoud sera constamment «recentré» sur les documents  
qu'il doit fournir. Plusieurs missions de recherche de renseignement  
seront montées sur ses indications. Sans résultats. «Il est apparu  
rapidement comme un profil à risque, avec un contrôle judiciaire et un  
environnement familial chargé», dit-on. En mai 2003, la DGSE lui fait  
savoir qu'elle ne le reverra plus. Une fin de non-recevoir réitérée en  
juillet suivant.

Les raccourcis aussi saisissants que fâcheux de l'affaire Clearstream  
laissent donc amer le monde du renseignement. Au sein duquel l'une des  
raisons évoquées par Dominique de Villepin pour avoir demandé au général  
Rondot d'enquêter «en solo» – le souci d'éviter des rivalités entre  
services de l'Intérieur et de la Défense – a aussi suscité quelques  
interrogations. «Dans quelle étrange république est-on ?, se demande un  
observateur, l'exécutif ne commande plus les services ?»

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