http://www.lefigaro.fr/international/20060515.FIG000000338_des_journalistes_allemands_espionnaient_des_journalistes.html

Des journalistes allemands espionnaient... des journalistes
Pierre Bocev
15 mai 2006, (Rubrique International)

Le BND, chargé de la sécurité extérieure, semble avoir recruté des
journalistes pour espionner des confrères dérangeants.

ANNIVERSAIRE GÂCHÉ. Le service de renseignements extérieurs allemand
BND fête ses 50 ans, une célébration déjà peu ou prou ternie par
la création d'une commission d'enquête du Bundestag pour examiner son
action à Bagdad pendant la guerre. De plus, il se trouve depuis
plusieurs jours au centre d'un scandale retentissant pour avoir
recruté des journalistes allemands. L'affaire est jugée suffisamment
sérieuse par le gouvernement pour que son porte-parole explique que la
coalition d'Angela Merkel a l'intention de «sévir» si les
accusations devaient se confirmer.

Quelques éléments étaient connus depuis des mois, lorsque des
journaux ont révélé que le BND avait placé sous surveillance, dix
ans plus tôt, Erich Schmidt-Eenboom, un chercheur qui venait de
publier en 1993 un livre embarrassant sur certaines pratiques douteuses
des services. Dans l'espoir d'identifier l'origine des fuites, l'auteur
de l'ouvrage avait été observé et suivi, ses poubelles fouillées à
la recherche d'hypothétiques preuves et les journalistes qui lui
rendaient visite passés eux aussi au crible «jusque dans les
supermarchés». L'an dernier, en pleine période de formation du
nouveau gouvernement, l'attention était vite retombée : August
Hanning, qui était alors président du BND et a depuis été nommé
secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur, avait rencontré les
cibles des filatures intempestives et admis des «erreurs».

Mais l'organe de contrôle du Bundestag chargé des services spéciaux,
le PKG, avait commandité une enquête et c'est ce texte, de la plume
d'un magistrat à la retraite, qui met maintenant le feu aux poudres.

«Pratiques illégales»

Il en ressort, selon une noria de fuites dans la presse, non seulement
que le BND avait surveillé une série de journalistes, mais qu'il en a
également recruté plusieurs pour espionner leurs propres confrères.
Des «pratiques illégales», explique Gerhard Schäfer, l'auteur du
rapport, qui portent «atteinte à la liberté de la presse». Et qui
se sont poursuivies, dans un cas au moins, jusqu'en octobre de l'année
dernière alors que tout le monde pensait avoir affaire à de
l'histoire ancienne.

Là aussi, et depuis longtemps, le BND souhaitait identifier les
auteurs d'indiscrétions au sein de sa propre organisation. Et il
était manifestement prêt à mettre la main à la poche. Emargeant
sous le pseudonyme de «Dali», puis de «Silencieux», Wilhelm Dietl,
un ancien pigiste de l'hebdomadaire Focus entre-temps licencié, aurait
ainsi touché entre août 1982 et septembre 1998 quelque 653 000 marks
soit 325 000 euros en échange de la bagatelle de 856 rapports. La
curiosité du BND se concentrait sur Focus et Der Spiegel, mais aussi
sur de grands quotidiens, comme le Süddeutsche Zeitung, qui n'ont
jamais été avares de révélations sur les services.

Excès de zèle d'espions subalternes ou opération couverte par leur
direction, voire des responsables de la Chancellerie, plusieurs
versions contradictoires circulent. Le dernier mot est en tout cas loin
d'avoir été dit dans cette affaire glauque.


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