http://www.lepoint.fr/france/document.html?did=178873
Lahoud, le maillon faible Fils d'un colonel libanais, marié à la fille d'un proche de Chirac, protégé de Gergorin, ce broker désargenté présente un CV bien mystérieux. Denis Demonpion et Christophe Deloire (Avec Etienne Gernelle et Jean Guisnel) Imad Lahoud, l'oiseau rare de l'affaire Clearstream, n'est pas inconnu des services de police, selon l'expression consacrée. Ni de la justice. Son nom apparaît dans cinq procédures en cours. Sans parler de la sixième qui depuis des mois secoue les sommets de l'Etat. Ce qui rend malade cet homme de 39 ans, né à Beyrouth et naturalisé français en 1992, qui a fait un beau mariage et bénéficie de hautes protections. Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, serait un jour intervenu pour le sortir de garde à vue, d'après les notes du général Philippe Rondot, le maître espion de la DGSE. Mais c'était déjà fait. Cité à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris le 17 mai, pour faux, usage de faux et escroquerie, une affaire distincte de celle qui défraie aujourd'hui la chronique, Imad Lahoud s'est fait porter pâle. Au lendemain d'une perquisition à son domicile, il a succombé à un coup de blues. Trop de pression. Son procès a été reporté au 27 septembre. Dès le lendemain de l'ajournement, Imad Lahoud réussissait à mettre un pied hors du lit pour donner une interview au Figaro dans laquelle il se borne à minimiser son rôle dans le dossier Clearstream, affirmant avoir agi pour le compte d'un agent de la DGSE dont il entend taire le nom. Lundi, toujours hospitalisé, il devait subir des examens complémentaires. L'affaire Clearstream lui colle aux basques depuis que le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy s'est associé en janvier dernier à la plainte en dénonciation calomnieuse ouverte le 3 septembre 2004 et instruite par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Lahoud n'a pas encore été convoqué pour s'expliquer sur le rôle qu'il a joué ou qu'on lui a fait jouer dans cette affaire propre à ravir les lecteurs des « Pieds-Nickelés » et les amateurs de théorie du complot. Avec en toile de fond des marchands d'armes, des rétro-commissions faramineuses, des agents secrets assermentés et d'autres à la manque, des morts suspectes, des personnalités politiques, des demi-sel, des manipulateurs et des mythomanes. Dans l'oeil du cyclone, Imad Lahoud se doit de batailler sur plusieurs fronts judiciaires. L'affaire d'escroquerie porte sur la création avortée d'une équipe de golf par la société PSL Golf, qu'il détenait avec un associé, Michel Pomaret. Amateur de golf, ce dernier lui remet un chèque de 100 000 euros que Lahoud jure de déposer sur un compte au Liban. Quand, en juin 2002, Lahoud est placé en détention provisoire dans une autre affaire, son bailleur de fonds, inquiet de la destination de son pécule, l'attaque. Afin de convaincre la justice de sa bonne foi, Lahoud produit une attestation d'une filiale de la Société générale à Beyrouth, Fidus SAL : « Nous, soussignés, Fidus SAL, certifions que le compte n° 000455253 ouvert en nos livres le 12 mars 2002 pour un versement de 100 000 euros présente un solde créditeur... » Or l'attestation est un faux, la signature elle-même est fictive. Ce n'est là qu'un aspect des démêlés judiciaires de ce garçon qui roule en grosse cyclindrée, aime donner rendez-vous au Café de Paris où, avant de s'asseoir, il tient à s'assurer d'un coup d'oeil furtif à droite et à gauche qu'il peut parler « en toute sécurité ». En juin 2004, sur la plainte d'une société parisienne de location de voitures, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire à son encontre pour insolvabilité. Deux ans ont passé : les investigations sont au point mort. Comment expliquer cette lenteur autrement que par les relations réelles qui sont les siennes. Fils d'un colonel de l'armée libanaise décédé en 1990 et qui, contrairement à ce que Le Point a écrit, n'a pas dirigé les services de renseignement libanais, Imad Lahoud a ses entrées dans les hautes sphères du pouvoir, industriel et politique. Son frère aîné, Marwan Lahoud, PDG de MBDA, premier fabricant de missiles au monde et filiale à 37,5 % du groupe EADS, a travaillé à l'Aérospatiale après avoir été membre du cabinet du ministre de la Défense, Charles Millon, dans le gouvernement Juppé, comme conseiller pour les affaires industrielles. Imad Lahoud a épousé, sous le régime de la séparation de biens, Anne-Gabrielle Heilbronner, la fille de François Heilbronner, conseiller de Jacques Chirac à Matignon et ex-patron du GAN. Ensemble, gendre et beau-père ont fait des affaires qui se sont soldées par la faillite frauduleuse du fonds d'investissement Volter Limited. Il s'agissait de placer des fonds de pension dans les paradis fiscaux. Les deux hommes ont été mis en examen. Le nom d'Imad Lahoud apparaît encore dans deux autres affaires. L'une a été ouverte en 2002 pour fraude industrielle et commerciale opérée à travers la société H L Holding - H comme Heilbronner, L comme Lahoud. L'autre, engagée pour abus de biens sociaux, a été confiée à la juge Evelyne Picard, qui en janvier et en mars dernier a obtenu l'élargissement de son enquête à la suite de la découverte de faits nouveaux. Dans la carambouille du fonds Volter, Imad Lahoud a fait plus de trois mois de détention provisoire. Il en ressort à l'automne 2002, passablement marqué par l'épreuve. Il l'est encore lorsqu'en février 2003 il se rend à Metz pour rencontrer le journaliste-écrivain Denis Robert, qui se démène pour faire éclater au grand jour ses « Révélation$ » sur Clearstream, la chambre de compensation luxembourgeoise. Imad Lahoud, qui se présente comme un ancien broker au chômage, se propose de l'aider à percer le mystère Clearstream et à mettre au jour les opérations de blanchiment qu'on lui prête. Moyennant quoi, il se fait remettre une disquette avec la liste des comptes publiés ou non de Clearstream. Imad Lahoud ne dit mot à Denis Robert sur ses liens avec la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), qu'il vient de rejoindre pour une mission de trois mois. C'est le journaliste Eric Merlen, qui compte des amis dans les services de renseignement, qui le lui envoie. Conseiller de Chirac à l'Elysée pour les questions de sécurité, Philippe Massoni, l'ancien préfet de police de Paris, a, selon deux sources du dossier, été tenu informé de ces contacts. A cette question, silence de Merlen, qui dit n'avoir rencontré Massoni qu'à « des pots » à la préfecture de police de Paris et qui entend « protéger » Lahoud, « une de mes sources ». Philippe Massoni n'a pas donné suite à nos sollicitations. Imad Lahoud entretient aussi les meilleurs rapports avec Jean-Louis Gergorin, chargé des affaires stratégiques à EADS, et qui, après la mort, à ses yeux suspecte, du fondateur du groupe, Jean-Luc Lagardère, son mentor, s'adjoint les services de ce garçon calme et qu'on dit brillant. C'est Marwan qui, par hasard, à l'issue d'un déjeuner, le présente à Gergorin, mais lorsque celui-ci se met en tête de l'embaucher, Marwan s'y oppose en vain. Promis à un grand avenir, il est aujourd'hui piégé par son frère. S'il est acquis qu'au royaume des aveugles les borgnes sont rois, Lahoud n'a guère de mal à se faire passer auprès de certains, tantôt pour un mathématicien hors pair, tantôt pour un informaticien de génie. Dans Le Figaro, il dément ce dernier point. Il dit à qui veut l'entendre qu'il est un expert en cryptographie et qu'il prépare une thèse sur ce sujet à Normale sup. Renseignement pris : c'est faux. Il a prétendu avoir travaillé chez Airbus à Toulouse sur la sécurité de l'A-380. « Vantardise. On n'avait pas besoin d'un informaticien échevelé pour ça », se défend-on à Toulouse. Lors du dernier remaniement ministériel, lorsque son épouse, aujourd'hui chez Philippe Douste-Blazy aux Affaires étrangères, veut rejoindre le cabinet du sarkozyste Brice Hortefeux, aux Collectivités locales, Lahoud est présent. En tant que « prince consort », note l'ex-ministre Robert Pandraud, à qui il est présenté par Jean-Pierre Philippe, directeur chez EADS Telecom. C'est le mari de la députée UMP Nathalie Kosciusko-Morizet. Ces fréquentations auraient-elles tourné la tête à Lahoud qui pourrait se révéler le maillon faible de l'affaire ? La justice poursuit ses investigations © le point 25/05/06 - N°1758 - Page 48 - 1318 mots --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ You received this message because you are subscribed to the Google Groups "guerrelec" group. 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