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Affaire Clearstream
Du renseignement au camembert, les mille facettes d'Alain Juillet

Aussi atypique que le général Rondot, cet ex de la DGSE a rencontré
au moins deux fois l'informaticien Imad Lahoud.

par Jean-Dominique MERCHET
QUOTIDIEN : samedi 27 mai 2006

L'affaire Clearstream ne manque pas de personnages ou d'épisodes
cocasses. Dernier en date : la «traque» d'Alain Juillet par les juges
d'instruction et les rencontres de ce dernier avec l'informaticien Imad
Lahoud. Mis en cause par le Parisien de jeudi, Alain Juillet se voit
désormais accusé d'avoir «détruit un dossier concernant Clearstream
il y a environ six mois» (Libération de vendredi). C'est en tout cas
ce que le «haut responsable à l'intelligence économique» «aurait
avoué aux deux magistrats» d'Huy et Pons, affirme le Parisien.

Le 30 mars, les deux juges d'instruction ont bien perquisitionné le
bureau d'Alain Juillet, mais dans des conditions rocambolesques. Vers 9
heures, ils se présentent au siège de la Direction générale de la
sécurité extérieure (DGSE), boulevard Mortier, à Paris. Ils
demandent alors à se rendre dans le bureau d'Alain Juillet, directeur
du renseignement, l'un des trois ou quatre grands patrons de la maison.
Regards consternés des fonctionnaires de la DGSE. Car Alain Juillet a
quitté la «Centrale» depuis plus de deux ans, en décembre 2003...
L'après-midi même, les deux magistrats finissent par le dénicher
dans son bureau au Secrétariat général de la défense nationale
(SGDN), un organisme dépendant du Premier ministre.

Les comptes de Ben Laden

Une semaine plus tard, Alain Juillet raconte, lors d'un colloque le 6
avril à Cergy (Val-d'Oise) que cette perquisition était un
«non-événement» puisque les juges n'ont «rien emporté». «Je
n'ai rien à voir avec tout cela», affirme-t-il alors. Voire. Selon
nos informations, Alain Juillet a en effet rencontré au moins deux
fois Imad Lahoud, l'un des principaux acteurs de l'affaire Clearstream.
Une première fois, en janvier 2003, alors qu'il était directeur du
renseignement de la DGSE. A l'époque, le financier libanais affirmait
détenir des informations sur les comptes de Ben Laden.

«Imad Lahoud nous a été présenté par le général Rondot au cours
d'un dîner. Alain Juillet était présent», raconte un proche du
dossier. Les informations de Lahoud se révéleront fantaisistes, et la
DGSE cessera de collaborer avec lui dès avril 2003. «Nous l'avons vu
une douzaine de fois, toujours dans des cafés. Il n'est jamais venu
boulevard Mortier, assure-t-on à la DGSE. Lors d'une de nos rencontres
et sans qu'on ne lui demande rien, il nous a donné un listing
Clearstream qu'il avait sans doute récupéré chez le journaliste
Denis Robert.»

Poste créé pour lui

Alain Juillet va revoir encore une fois Imad Lahoud. Mais entre temps,
il a été débarqué de son poste à la DGSE, où il est resté à
peine plus d'un an. Le gouvernement Raffarin l'a recasé comme haut
responsable chargé de l'intelligence économique auprès du Premier
ministre, un poste créé spécialement pour lui. Il s'installe dans
les bureaux du SGDN, où il se consacre notamment aux problèmes de
sécurité informatique. C'est à ce titre que Lahoud le contacte au
sujet de failles supposées sur le système de téléphone-agenda de
marque Blackberry.

Comme le général Rondot, Alain Juillet est un personnage atypique
dans le petit monde du renseignement français. Ses ennemis disent de
lui «qu'il a fait carrière en faisant croire aux "services" qu'il
connaissait le monde des entreprises et aux entreprises qu'il
connaissait le monde des "services"». Après un passage comme officier
de réserve au service «Action» du SDECE (l'ancêtre de la DGSE), il
effectue l'essentiel de sa carrière dans l'industrie agroalimentaire :
directeur commercial de Ricard, patron de Jacobs Suchard-France, de
France Champignon, de l'Union laitière normande, où il crée la
marque de camembert Coeur de lion, il l'achève à la tête de la
filiale française de Marks & Spencer en faillite . Parallèlement, il
poursuit des activités discrètes dans le renseignement, qui lui
valent d'être nommé directeur du renseignement en 2002. Né en 1942
à Vichy, Alain Juillet appartient à une famille gaulliste. Son oncle
est Pierre Juillet, qui fut avec Marie-France Garaud, l'un des proches
conseillers de Georges Pompidou et du jeune Jacques Chirac.


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