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Clearstream. Le général Philippe Rondot livre à «Libération» sa version  
des faits de l'affaire Clearstream et expose le déroulement de ses  
enquêtes:
«On a taillé un costume trop large pour moi»

par Jean-Dominique MERCHET
QUOTIDIEN : samedi 03 juin 2006

C'est un monsieur âgé, grand, mince et bronzé. Mais c'est d'abord un homme  
blessé. «Pas facile à vivre», lâche-t-il du bout des lèvres. Cinq semaines  
après la publication de ses notes personnelles dans la presse, le général  
Philippe Rondot accuse toujours le coup. Comme si le ciel lui était tombé  
sur la tête, au moment où il s'y attendait le moins. «On a taillé un  
costume trop large pour moi», avoue-t-il.

Au risque d'écorner un peu plus sa réputation de maître-espion, il raconte  
sa première audition chez les juges d'instruction chargés de l'affaire  
Clearstream. Pendant quatorze heures, il est entendu comme simple témoin :  
«C'était la première fois que cela m'arrivait. Je ne connaissais même pas  
mes droits ! J'étais bousculé et je me suis mélangé.»

Mais les notes, les fameux carnets sur lesquels l'officier notait  
soigneusement tout ? «On peut me reprocher d'avoir gardé mes archives.  
C'est même le reproche que je me fais», confie-t-il, ajoutant avoir «des  
remords, pas des regrets». Car, explique-t-il, «si je ne les avais pas  
gardés, je serais aujourd'hui accusé d'avoir détruit des preuves. Et je  
pourrais me retrouver complice de Jean-Louis Gergorin, sans pouvoir me  
défendre».

«Sources et agents». Ce que les juges ont saisi à son domicile de Meudon  
ne sont pourtant pas ses carnets de travail. «Mes carnets, mais je les ai  
tous détruits avant de quitter le ministère de la Défense», fin 2005.  
Ceux-ci contenaient en effet «les noms de mes sources, de mes agents» au  
Moyen-Orient ou dans les Balkans. Pas question que de telles informations  
puissent un jour tomber dans le domaine public. En matière de terrorisme  
ou de traque de criminels de guerre, cela peut être une question de vie ou  
de mort pour les personnes concernées.

En revanche, le général avait souhaité conserver une trace de sa longue  
carrière. Pour l'histoire. «J'ai fait réaliser des dossiers avec de belles  
reliures en cuir», raconte-t-il. Un par année, de 1975 à 2005. A  
l'intérieur, il rassemble des extraits de son «journal de marche» ses  
fameux carnets , mais uniquement les parties consacrées «à ce qui  
remontait vers le haut», vers sa hiérarchie. Il y ajoute des notes, des  
photos. Dans son idée, ses archives sont destinées à être déposées dans un  
fonds privé du Service historique de la défense, au château de Vincennes.  
Classifiés, ces documents n'auraient pas été accessibles avant soixante  
ans, sauf dérogation pour des chercheurs.

Alors que le général venait de prendre sa retraite, à 69 ans, et qu'il  
rentrait de vacances au Vietnam, son plan s'écroule. Les juges saisissent  
les dossiers reliés à son domicile, où il les a imprudemment transportés  
dans l'attente d'un transfert à Vincennes. Leur publication dans la  
presse, le vendredi 28 avril, déclenche l'affaire Clearstream.

«Excellent ministre». «J'ai mis tout le monde en difficulté»,  
s'excuse-t-il. Tout le monde, et d'abord Dominique de Villepin. Philippe  
Rondot confesse «une amitié ancienne et intellectuelle» pour lui. «Il  
avait des idées généreuses pour notre pays et il a été un excellent  
ministre des Affaires étrangères», dit-il, faisant allusion à l'écho dans  
le monde arabe de l'opposition de la France à la guerre d'Irak. Jacques  
Chirac ensuite, «un président de la République que je respecte». De son  
ancien ministre de tutelle, Michèle Alliot-Marie, «que j'ai mis en  
difficulté», il «n'attend rien». Leurs relations n'ont jamais été  
excellentes. «Elle me supportait, sans plus.» Dans cette affaire, le  
général Rondot refuse, par une fidélité toute militaire, de «servir de  
missile» contre le pouvoir.

Mais d'où viendrait le missile ? Sur le fond de l'affaire, «on a été  
mystifiés», reconnaît-il. «C'est une histoire de mystification,  
d'intoxication, à laquelle j'ai cru au début.» Lorsque les listings  
apparaissent, Philippe Marland, le directeur de cabinet de la ministre de  
la Défense, lui demande de vérifier discrètement ce qu'il en est des noms  
de membres des services de renseignement dépendant de la défense. Comme à  
son habitude, Rondot travaille seul, faisant ce qu'il appelle de la  
«recherche humaine». «Je les connaissais tous. J'en ai rencontré trois  
pour les sonder sans leur dire de quoi il s'agissait. Puis, je suis allé  
en Suisse pour rencontrer leurs services de renseignement. Ils m'ont dit  
que les listings ne correspondaient à rien. J'ai très vite compris que ce  
qui était avancé contre les gens des services n'avait aucune consistance.»

Pour le général, sa mission s'est arrêtée là. Il se consacre ensuite à des  
«affaires plus sérieuses» : la traque des Serbes Mladic et Karadzic ou  
l'enlèvement en Irak des journalistes Chesnot et Malbrunot. «Comment  
voulez-vous que le président de la République ou Dominique de Villepin  
aient pu me demander d'enquêter sur une affaire qu'ils auraient montée  
eux-mêmes ? C'est un non-sens, car ils savaient que je découvrirais vite  
la mystification.»

Dès la publication de ses carnets, le 28 avril, Philippe Rondot a nié que  
Villepin lui ait demandé d'enquêter sur Nicolas Sarkozy. Mais a-t-il  
prévenu ce dernier dès qu'il a su que les listings étaient des faux.  
«Durant l'été 2004, j'ai demandé à Stéphane Denis de le faire.»  
L'écrivain, chroniqueur au Figaro, est l'un de ses parents. Il affirme  
être proche de Sarkozy et se fait fort d'avertir le ministre. Le général  
affirme même avoir prévenu son supérieur, Philippe Marland, qu'il allait  
vraisemblablement être convoqué par Sarkozy. Stéphane Denis a-t-il  
finalement parlé à Sarkozy ? Il l'affirme. De son côté, le ministre dément  
avoir été prévenu, et Philippe Rondot rappelle que son parent est un  
«romancier»...

«Originales». «On ne m'a jamais demandé d'enquêter sur le corbeau», dit le  
général. Il affirme avoir été «soulagé» lorsqu'il a appris la saisine du  
juge Renaud Van Ruymbeke. Pourquoi ne pas avoir informé le magistrat, qui,  
lui, connaissait parfaitement l'identité du corbeau (Gergorin) pour  
l'avoir rencontré à plusieurs reprises ? «J'ai rendu compte à mes  
supérieurs. Et je n'avais aucun fait illégal à dénoncer (en vertu de  
l'article 40 du Code de procédure pénale) puisque je n'avais rien trouvé.»

Avec Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud «des personnalités originales...  
pour le moins» , il a cessé toute relation depuis février 2005 pour le  
premier, et l'été 2004 pour le second. Quant à la source de Gergorin, il  
affirme n'avoir aucune idée de son identité. Au terme de sa carrière  
d'espion, pris dans la tourmente de cette «affaire frelatée», Philippe  
Rondot continue de s'interroger sur cette «vaste intox». Sans réponse. Il  
n'a aujourd'hui qu'une seule certitude : «Je n'écrirai pas mes Mémoires.  
ça suffit comme cela !»










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