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L'intelligence économique open-source

10.23.2006
L'intelligence économique open-source

Dans un de mes tout premiers posts, j'avais déjà posé le concept
d'open-lobbying, synonyme d'une pratique transparente de
l'influence propre aux ONG (communiqués de presse, publication des
comptes et bilan des activités, etc.) et que j'opposai au lobbying
marchand. Ce type de lobbying, exploitant à fond les ressources du
Web, repose idéalement sur une infrastructure ouverte grâce à
l'utilisation de logiciels open-source. Je m'étais finalement
interrogé sur sa transposition dans le domaine de l'intelligence
économique, transposition que j'estimais problématique si ce
n'est en termes d'infrastructure. Avec un certain recul, il me
semble qu'une pratique open-source de l'intelligence économique
est non seulement possible mais souhaitable au point de vue de
l'efficience.

L'intelligence économique, dans son acception la plus courante,
définit la collecte, le traitement et la diffusion de l'information.
La première phase implique la recherche de sources d'information
fiables. Si la recherche commence généralement par une collecte
massive d'informations sur le Web, le recoupement de l'information
passe bien souvent par la constitution d'un réseau d'experts et de
consultants en la matière. Dans tous les cas, il en existe deux types
de sources : les sources ouvertes, librement accessibles, et les
sources closes, confidentielles.

Alors que les sources ouvertes procurent généralement de
l'information peu pertinente et nécessite d'importants recoupements
et une fine analyse (cartographie, étude comparée, etc.), les sources
closes procurent généralement de l'information de première
qualité sans véritable travail d'analyse pourvu que l'on dispose
d'un réseau bien rôdé et un accès à des documents fermés.

A première vue, le recours aux sources closes pourrait paraître
avantageux, mais en fait, cette méthode participe bien plus d'une
logique de renseignement proche de l'espionnage économique. Tandis
que le recours aux sources implique certes une analyse importante, mais
elle offre une capacité de justification légale très précieuse au
moment troisième phase, à savoir la diffusion de l'information.
Finement élaborée, elle justifie une action offensive et même un
recours en justice. C'est ce que j'appelerai la puissance désarmante
d'une pratique open-source de l'intelligence économique.



http://ie-lobbying.blogspot.com/2006/10/un-cas-dcole-la-campagne-de-lobbying.html

Un cas d'école : la campagne de lobbying « Campaign for Creativity
» (2005)

Nommée malicieusement « Campaign for Creativity » (et abrégée
C4C), cette campagne, probablement commandité par de puissantes firmes
états-uniennes du logiciels et l'EICTA (European Information and
Communications Technology Industry Association), visait à faire croire
qu'une plus grande brevetabilité des logiciels encouragerait
innovation et compétitivité en Europe. L'objectif était plus
particulièrement d'influencer les députés européens concernant le
projet de directive sur la «brevétabilité des inventions mises en
oeuvre par ordinateur » (2005).

En vérité, puisque la majorité des brevets logiciels délivrés par
l'Office européen des brevets, sur des bases juridiques contestables
et sans réelle reconnaissance légale de la part des institutions de
l'Union, sont détenus par de puissantes firmes états-uniennes. De
plus, si l'EICTA est un groupe d'intérêt censé représenter les
entreprises du secteur du logiciel en Europe, il n'en est pas moins
majoritairement financé par des firmes d'outre-Atlantique tels que
Microsoft ou Adobe. Aussi, si les brevets logiciels étaient
légalisés, ils seraient très probablement utilisés pour « couler
» les PME européennes les plus compétitives en les menaçant de
lourdes poursuites judiciaires (tel que Sun par exemple, déjà en
procès avec Microsoft). A noter aussi que la campagne « Campain for
Creativity » ne disposait que d'une obscure vitrine Web, un peu
gênant pour une campagne censée promouvoir la « créativité » en
matière de programmation logiciel... Mais la FFII, toujours dont son
optique d'open-lobbying a gracieusement créée une page Web
recensant plusieurs articles critiques de sources diversifiées sur le
sujet[1]. Habile manœuvre, il faut le reconnaître, car si vous
faîtes une recherche sur Google, vous tombez d'abord sur la «
version FFII » de « Campaign for Creativity ».

L'agence spécialisée en affaires publiques engagée par l'EICTA
est Campbell Gentry[2]. Elle est dirigée par Simon Gentry[3], qui
s'est notamment illustrée pour le compte du géant pharmaceutique,
Smithkline Beecham, au sujet de la proposition de directive sur la
brevetabilité du vivant. Le budget alloué pour cette simple campagne
était déjà de 30 millions d'euros, qu'en était-il des frais
engagés pour « Campaign for Creativity » ? Le lobbying pratiqué de
Campbell Gentry fut non seulement coûteux mais notoirement agressif.
Voir la pratique de l' « autospaming » (ou « pourriel »)
consistant à envoyer aux 732 députés un mail standard à des dates
stratégiques. La FFII s'est procuré un exemplaire de cet email
qu'elle mit en ligne (voir en Annexe). Campbell Gentry a également
abusé des stratégies de désinformations en semant le doute quant à
la brevetabilité des logiciels (voir en Annexe la déconstruction par
la FFII du « décalogue » de Campbell Gentry en faveur des brevets
logiciels). Il serait possible de poursuivre cette montée chromatique
dans la pratique obscure de l'influence ; la liste de pratiques
douteuses ne s'arrête pas là en effet. On peut ajouter aussi
l'organisation de pseudo-événements tel que l'« Innovation Day
» en juin 2005, ou encore la mobilisation de pseudo-PME envoyés au
Parlement européen par les grands firmes et même le chantage
économique via Microsoft. Ainsi, selon les rapports d'un journal
danois, Bill Gates aurait menacé le gouvernement danois de rapatrier
les postes du Danemark aux États-Unis si le Danemark continue à
s'opposer à la directive de la Commission européenne sur les
brevets logiciels. Microsoft a officiellement démenti bien entendu. Et
que dire des activités de corruption des fonctionnaires de la
Commission, très probable mais évidement impossibles à prouver. Plus
trivialement, on pourrait citer cette tentative comique de subversion
des députés européens. Durant les moins de juin et de juillet 2005,
Campbell Gentry offrit gratuitement des glaces aux députés européens
places du Luxembourg en échange de la promesse d'un vote (voir en
Annexe le mail du député européen Malcom Harbour, encourageant ses
collègues à venir déguster des glaces sur la Place du Luxembourg).
Une glace contre un vote : voilà l'image piteuse de la démocratie
que Campbell Gentry a pu renvoyer durant sa campagne de lobbying.


L'opposition entre les deux types de lobbying est presque caricatural
: d'un côté, un lobbying citoyen et transparent, de l'autre un
lobbying marchand aux pratiques obscures. Lobbying-éclaireur contre
lobbying corrupteur : nous avons quasiment passé en revue cas deux
pratiques extrêmes du lobbying au cours de cette article.

Si la FFII fut récompensée comme meilleur lobby de l'année, en la
personne de Florian Mueller, quand est-il de la campagne menée par
Campbell Gentry pour le compte de l'EICTA ? « Campaign for
Creativity » reçu le prix « The Worst Lobbying of the Year 2005
»[4] (85% des votes) par le site Eurolobbyaward loin devant le
lobbying de groupes peu recommandables tels que Exxon Mobil (2% des
votes) ou The European Chemical Industrie Council (2% des votes) On
peut également se reporter aux articles de Corporate Europe[5], un
site dénonçant les méfaits de cette campagne.


[1] Campaign for Creativity. Page Web sur la campagne de Campbell
Gentry réalisée par la FFII, [en ligne]
http://wiki.ffii.org/CampaignForCreativityEn (page consultée le 28 mai
2006)
[2] Campbell Gentry. Site de l'agence d'affaires publiques à
laquelle l'EICTA a commandité une campagne contre les brevets
logiciels, [en ligne] http://www.campbellgentry.com/ (page consultée
le 28 mai 2006)
[3] Simon Gentry. Page Web dressant le CV de l'auteur de « Campaign
for Creativity », [en ligne] http://wiki.ffii.org/SimonGentryEn (page
consultée le 28 mai 2006)
[4] Eulobbyaward. Page Web décernant les trophées de la pire action
de lobbying en Europe, [En ligne]
http://www.eulobbyaward.org/nominees/c4c.html (page consultée le 28
mai 2006).
[5] Corporate Europe. Page Web critiquant les méthodes de lobbying
utilisées par l'agence Campbell Gentry dans le cadre de sa campagne
« Campaign for Creativity », [en ligne]
http://www.corporateeurope.org/lobbycracy/prc4c.html (page consultée
le 28 mai 2006)


http://ie-lobbying.blogspot.com/2006/10/deux-idaux-types-de-groupes-dintrt-la.html

10.13.2006
Deux idéaux-types de groupes d'intérêt : la FFII et l'EICTA

A l'occasion du vote en seconde lecture de la proposition de
directive sur la « brevetabilité des inventions mises en œuvre par
ordinateur », deux groupes d'intérêt très différents
s'opposèrent : la FFII (Foundation for a Free Information
Infrastructure), ONG représentant les PME du secteur du logiciel en
Europe et l'EICTA (European Information and Communications Technology
Industry Association), un lobby supposé regrouper les principales
entreprises européennes du secteur du logiciel et des
télécommunications.

La principale distinction que l'on peut poser entre le lobby de la
FFII et celui de l'EICTA est celle de la différence de
structuration. Pour reprendre une expression d'Eric S. Raymond[1]
appliquée aux communautés d'utilisateurs de logiciels libres, la
FFII fonctionne sur un mode non-hiérarchique, elle fonctionne sur le
mode du « bazaar ». Cette faiblesse de structuration autorise une
plus grande autonomie et créativité de la part des membres de la
FFII, libre de contribuer à leur propre manière.

Le lobby de l'EICTA fonctionne lui sur le mode hiérarchique d'une
entreprise. Les membres sont tenus de respecter une même ligne
idéologique et n'ont guère de marge de manœuvre. La FFII
fonctionne aussi sur le mode associatif, voire même communautaire.
Issu de la société civile, le mouvement associatif de la FFII
s'appuie davantage sur un « grassoots lobbying » recherchant des
soutiens à la base et bénéficiant alors d'un capital de
légitimité supérieur, d'une étiquette citoyenne puissante face à
un lobbying marchand privilégiant un « grasstops lobbying » plus
centré sur les pressions financières.

Face au manque de soutien de la société civile, source de
légitimité, des soutiens artificiels à la base furent cependant
créés par l'EICTA (création de pseudo-associations, de pseudo-PME,
de pseudo-événements). Cette conversion d'un « grasstops lobbying
» en un « artificial grassroots » lobbying ou constitution
artificielle de groupes citoyens par les grandes firmes du monde
marchand afin de représenter leurs intérêts vise alors à faire
croire à un soutien massif de l'opinion publique, comme
l'expliquent John Stauber et Sheldon Rampton[2], spécialistes des
relations publiques :

"Artificially created grassroots coalitions are referred to in the
industry as 'astroturf' (after a synthetic grass product).
Astroturf is a "grassroots program that involves the instant
manufacturing of public support for a point of view in which either
uninformed activists are recruited or means of deception are used to
recruit them".

La FFII compte elle plus de 100 000 adhérents disséminés à travers
toute l'Europe qui participent activement à son développement.
Aussi, la majorité des adhérents de la FFII sont rôdés aux
logiciels libres et travaille bénévolement au service d'une seule
et même cause : la lutte contre la brevetabilité des logiciels (voir
en Annexe la réponse de Florian Mueller, très actif dans la lutte
contre les brevets logiciels, à mon email). Cette armée de croyants,
qui est aussi une armée de développeurs bénévoles, constitue une
force de frappe inédite sur le net, à l'inverse de l'EICTA qui
mobilise quelques « spin doctors » triés sur le volet et dont la
visibilité sur Internet est plus que réduite.. Une des
particularités majeures de la FFII est en effet son imposant
e-lobbying : la FFII se distingue ainsi de l'EICTA par l'importance
de sa production sur le net (5 000 pages Web sur les brevets logiciels
expliquant leur nocivité juridique et économique, newsletter,
mailing-lists).

Enfin, la FFII pratique une forme d' « open-lobbying ». Par ce
nouveau paradigme, il faut comprendre production et la diffusion
d'informations fiables et ouvertes à tous. Non seulement la majeure
partie de la production de la FFII est librement accessible en ligne
mais elle est aussi librement contestable puisqu'elle fonctionne sur
le principe du wiki (chacun peut participer à l'élaboration de ces
pages web). En bref, la qualité de l'information produite par la
FFII provient de sa falsifiabilité, pour reprendre un concept cher à
Karl Popper : elle s'expose à la critique et ne peut donc être
accusée de propagande. A l'inverse, le lobbying de l'EICTA est
plus obscur. Peu d'informations transparaissent sur ces actions.

Comme nous l'avons déjà mentionné, la logique du lobbying marchand
est tout à fait opposé en ce qu'elle procède tout d'abord d'un
« grasstops lobbying » et d'un important lobbying financier. Dans
tout les cas, le lobbying associatif contre les brevets logiciels
apparaît plus efficace en terme de coût / avantage. Bénéficiant
d'un solide ancrage dans le monde du logiciel, il s'impose non
seulement comme le plus légitime mais aussi le plus opérant face à
la force de frappe lourde et coûteuse que constitue l'EICTA. Il
s'agit maintenant de s'intéresser en deux campagnes très
différentes mises en œuvre par ces lobbies (voir post suivant)


[1] Linux France. Site renvoyant à la version française et librement
consultable du livre La cathédrale et le bazaar, écrit par Eric S.
Raymond, initiateur du projet Open source, [en ligne]
http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar_monoblock.html
(page consulté le 28 mai 2006).
[2] STAUBER, John, and Sheldon Rampton, 'Deforming Consent: The
Public Relations Industry's Secret War on activists', in Covert
Action Quarterly 55, 1995/96, p. 23.


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