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 Le blog de l’intelligence économique
Pour un partenariat public-privé dans l’intelligence économique 
[ 02/11/2006 - 10h15 ]
 Alain Juillet 

Loin de devenir le champ démocratique occidentalisé cher à Fukuyama, le monde
du 21ème siècle va connaître un niveau de concurrence économique inconnu
jusqu’à maintenant entre des unions, des pays et des entreprises. Avec la
mondialisation tout est devenu marché et il existe partout des opportunités
pour celui qui veut les saisir. Mais c’est aussi des menaces que vont faire
courir sur nos entreprises et nos marchés les nouveaux acteurs venant
s’inscrire dans le jeu local, national ou européen. Ceci va exiger une volonté
offensive pour aller chercher ailleurs les volumes d’activités complémentaires
et une capacité d’anticipation et de réactivité d’autant plus forte que les
nouvelles technologies de l’information seront utilisées par la plupart des
opérateurs mondiaux pour répondre et occuper le terrain avant les autres.

Les pays émergents qui veulent bénéficier des fruits de la croissance mondiale
au même titre que les pays développés vont capitaliser sur leurs points forts
en pratiquant des stratégies s’appuyant sur le faible coût de main d’œuvre et
la valorisation des matières premières. Ceci va obliger nos pays à développer
la recherche et l’innovation pour mettre en place des stratégies de
différenciation privilégiant la novation de l’offre par rapport à son prix.
Cette ardente obligation suppose de donner à nos chercheurs et à nos
entreprises par la pratique de l’intelligence économique les informations
requises sur les tendances des marchés, l’environnement, les concurrents et
les recherches pratiquées ailleurs. Cela suppose également de changer notre
état d’esprit pour promouvoir la recherche opérationnelle, la capacité
d’adaptation et le goût du résultat, en se rappelant que dans le reste du
monde le client est roi.

Le besoin de maîtrise des technologies requises pour améliorer le niveau de
performance pousse les plus dynamiques ou les plus pressés de nos concurrents
à l’exigence de transfert de technologies, au rachat d’entreprises, à la
délocalisation des usines ou de centres de recherche , et trop souvent à la
copie. D’un autre côté pour infléchir à leur profit l’équilibre des échanges
certains mettent en place des normes , des lois et règles juridiques ou
comptables, et suscitent la création d’organisations non gouvernementales.
Elles leur permettent de freiner ou d’interdire le libre échange et de
manipuler le jeu concurrentiel. Face au pillage de ses entreprises de haute
technologie principalement par le biais de fonds d’investissements l’Europe,
qui est la zone la plus libérale du monde, commence à comprendre qu’il faut
défendre ses activités essentielles en exigeant le droit de réciprocité et
l’égalité de traitement pour ses entreprises face à celles venues d’ailleurs.
Sur le plan économique, au-delà des activités relevant spécifiquement de la
sécurité et de la défense nationale, le patriotisme doit être européen.

L’utilisation des nouvelles technologies multiplie, pour ceux qui en
disposent, nos capacités de connaissances et leur rapidité d’acquisition. Ceux
qui n’y auront pas accès seront les nouveaux pauvres du 21ème siècle car ils
seront distancés de manière inéluctable dans la compétition mondiale. Par
ailleurs, ceux qui créent et développent ces technologies vont bénéficier d’un
avantage concurrentiel majeur. Ils auront la possibilité de garder pour eux la
dernière version améliorée et celle d’avoir des informations sur tous les
autres acteurs par l’amélioration des techniques d’interception. Ce dernier
point est d’ores et déjà facilité par le développement de l’externalisation du
traitement et du stockage des données des entreprises.

Le cycle du renseignement allant de la prospective à la proposition
stratégique en passant par la recherche, l’extraction, le transfert et
l’analyse de données brutes s’est considérablement amélioré par le volume et
la multiplicité des informations traitées de façon de plus en plus
informatisée. Il reste à solutionner l’exigence de traduction automatique pour
appréhender les données mondiales sans passer par le filtre des banques de
données anglo-saxonnes. Il va également falloir apprendre à recouper
systématiquement l’information sachant que le concurrent peut faire de la
désinformation en injectant dans le circuit des données fausses pour tromper
l’analyse. On commence enfin à s’apercevoir que la mise en œuvre d’une
stratégie gagnante doit s’accompagner de stratégies d’influence pour le faire
savoir et de contre influence pour répondre aux opérations de déstabilisation
des concurrents.

On est bien obligé de constater que dans un monde de surabondance de
l’information la durée de son cycle de vie s’est considérablement réduite. Le
temps est devenu une valeur stratégique d’autant plus complexe qu’il devient
virtuel. Une information n’ayant de valeur que par son niveau d’utilité dans
la durée et sa disponibilité dans l’instant il faut mettre en place des
circuits réduisant au strict nécessaire les étapes de transmission tant au
niveau de son traitement que de son stockage.

Tout ceci bouleverse les règles de gouvernance mises en place à une époque où
l’impérialisme de la pensée unique dans les principaux pays occidentaux
imposait des références conçues dans le cadre du libéralisme absolu. Il est
vrai que les techniques de l’intelligence économique n’avaient pas encore
fondamentalement modifié et accéléré le processus de décision. Face aux
évidences d’une réalité plurielle devant laquelle il faut être ni naïf ni
paranoïaque on doit reconnaître à l’Etat le mérite d’avoir saisi l’importance
des enjeux et décidé le lancement d’une politique publique d’intelligence
économique pour mettre le pays en ordre de bataille face à ce nouveau défi.
Dans ce cadre un certain nombre de mesures ont déjà été prises et d’actions
menées pour sensibiliser, orienter, faciliter et réduire les incertitudes en
créant les conditions d’un combat à armes égales.

Mais l’Etat décentralisé ne peut rien sans la mobilisation des entreprises de
toutes tailles, des collectivités et des organisations consulaires car ce sont
elles qui seront principalement confrontées au problème. Par rapport à ceux
qui préconisent de pratiquer l’attentisme de la chèvre de M. Seguin ou aux
nouveaux bâtisseurs de ligne Maginot l’expérience anglo-saxonne et asiatique
montre que l’efficacité passe par l’échange, par ce partenariat public privé
où chacun apporte et contribue dans un esprit d’ouverture pour construire
ensemble par une action offensive et déterminée l’emploi de demain. 

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