Le Monde informatique n°1133 - 3 novembre 2006

Cas de conscience
L'édito de Reynald Fléchaux

Le métier d'informaticiens suppose-t-il une déontologie particulière ? La
question reste largement occultée. Elle est pourtant cruciale, non pas en
termes de réflexion philosophique,mais bien en termes de vie quotidienne de la
DSI et des prestataires qu'elle emploie. Que faire quand un ordre de la
hiérarchie vient violer une règle de l'entreprise, voire la loi ? Comment
réagir quand les manipulations de données qu'une direction demande cachent une
volonté de dissimulation, voire de malversations ?

Les Etats-Unis ont fourni un début de réponse avec le whistleblowing,
dénonciation anonyme des irrégularités comptables. En France, le sujet reste
peu débattu. Bien qu'il soit sous les feux de l'actualité ! Car, en dehors de
ses enjeux politiques, l'affaire Clearstream repose sur des éléments révélés
à un journaliste par un informaticien de la chambre de compensation et un
ex-auditeur d'Arthur Andersen. En demandant la mise en examen de ce dernier
pour abus de confiance, le parquet de Paris envoie un message déprimant aux
informaticiens, notamment à ceux travaillant chez les prestataires. Un message
les appelant au silence.


http://www.rsf.org/article.php3?id_article=19493
Reporters sans frontières s’inquiète de la demande de mise en examen du
journaliste Denis Robert

Reporters sans frontières s’inquiète de la demande de mise en examen du
journaliste Denis Robert pour « recel d‘abus de confiance », effectuée par le
parquet de Paris le 28 octobre 2006, dans le cadre de l’affaire Clearstream .

« Nous sommes inquiets de constater que ce chef d’inculpation, rarement
utilisé, peut l’être à l’encontre d’un journaliste. Denis Robert s’est vu
remettre des fichiers informatiques de la société luxembourgeoise de
compensation financière, qu’il a utilisés à des fins de manifestation de la
vérité, et non à des fins criminelles ou délictueuses. L’essentiel est que le
but poursuivi par le journaliste d’investigation était légitime », a déclaré
l’organisation.

« Si les professionnels de la presse doivent être poursuivis chaque fois
qu’ils sont amenés à entrer en possession ou à prendre connaissance de
documents qui n’étaient pas destinés à être rendus publics, c’est tout le
travail du journalisme d’investigation qui pourrait être compromis », a ajouté
Reporters sans frontières.

Impliquant de nombreuses personnalités du monde industriel et politique,
l’affaire Clearstream a entraîné la mise en examen de Jean-Louis Gergorin ( ex
vice-président d’EADS) et d’Imad Lahoud (ancien informaticien dans la même
entreprise) pour « dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux ». Le
premier ministre, Dominique de Villepin, et la ministre de la défense, Michèle
Alliot-Marie seront entendus en qualité de simples témoins. Quant au général
Philippe Rondot, il sera entendu en tant que « témoin assisté », statut lui
permettant d‘accéder au dossier et de bénéficier de l’assistance d’un avocat.
Denis Robert, ancien journaliste à Libération, est l’auteur de deux livres
consacrés à l’affaire Clearstream. S’il était mis en examen et reconnu
coupable de « recel d’abus de confiance », il risquerait jusqu’à trois ans
d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.


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