http://ladominationdumonde.blogspot.com/2006/10/blind-merci-tous-ceux-qui-me-tmoignent.html

Blindé…

Merci à tous ceux qui me témoignent des messages de soutien ou qui réagissent
sur ce blog. Je ne réponds pas systématiquement aux questions qui me sont
posées. Manque de temps surtout… En ces temps troublés, ce blog est comme un
bar après minuit où on vient boire un dernier verre. Disons que je suis le
barman et que je glisse deux ou trois confidences… Une question m’est souvent
posée : «Pourrais-tu donner ta version de cette controverse concernant la
falsification d'un listing de la part d'Imad LAHOUD, S'il te plaît ? Où es la
vérité ? En tous cas, où la situes-tu sur ce cas précis ? »

Je vais y répondre, mais avant, j’aimerais revenir sur ce qui vient de se
passer. J’étais ce week-end au festival du film italien de Villerupt, membre
du jury. C’est là bas que j’ai appris les réquisitions du parquet de Paris
demandant ma mise en examen pour recel d’abus de confiance dans l’affaire dite
« du corbeau » qui hante les couloirs de la République. Comme ceux qui
n’habitent pas la Lorraine ne le savent sans doute pas, je suis archi tricard
dans les deux quotidiens régionaux, l’Est Républicain et le Républicain
Lorrain… Mes livres ne sont jamais évoqués, mes films non plus… On va même
jusqu’à effacer mon nom des programmes télé quand par hasard l’un de mes films
passe sur Canal ou Arte… Passons…. Donc, dimanche, c’est par Laïd Sammari,
éminent rédacteur de l’Est que j’apprends ma future mise en examen. C’est à
lui que je dois déjà d’avoir eu connaissance de l’inénarrable PV de Plénel
devant les juges publié également en exclusivité dans l’Est. Sam est très
branché sur ce dossier. C’est une vieille connaissance… Il semble toujours
éprouver un malin plaisir à m’appeler (généralement très tôt) pour m’annoncer
des mauvaises nouvelles. Rarement les bonnes… Je ne lui en veux pas. Il faut
bien s’occuper le dimanche. Ce genre d’information (une mise en examen pour un
motif pareil) a tendance à me plonger dans une immense perplexité. Mon premier
réflexe est de me m’en pas soucier. C’est un peu comme les mouches qui
s’écrasent sur les pare-brises. Un coup d’essuie-glace et on y voit plus
clair… Je ne suis pas d’un naturel inquiet surtout quand je sais d’où ça vient
et ce que j’ai fait… Je me suis blindé… Pourtant, une étape supplémentaire
dans la bêtise, la collusion entre pouvoir financier et politique et le
cynisme vient d’être franchie…

D’abord une anecdote…

Si l’Est ou le Républicain Lorrain censurent mes livres, dès qu’une embrouille
profile à l’horizon, j’ai droit à la photo, aux cinq cols et souvent à la une…
Ce genre de hiérarchisation de l’information est surtout gênant pour ma
famille ou mon entourage, les voisins, les commerçants… Quand vous les
croisez, on a l’impression que leurs yeux se transforment en oranges… Vous
savez, celles qu’on amène aux détenus… Faut toujours expliquer, dire que ce
n’est pas grave… Souvent, vos explications ne servent à rien. J’étais donc
membre du jury du festival du film italien de Villerupt… Le Répu a normalement
tu cette information non fondamentale… L’Est, plus professionnel, a envoyé un
photographe et un reporter couvrir l’événement. Donc, vendredi, séance photos
des quatre membres du jury pour le lancement du festival. Je me mets dans un
coin et me fais flasher… Le dimanche, j’ouvre l’Est… Photo en une annonçant ma
mise en examen (tronche de violeur de petite fille), grand papier en page
France… Et…Papier en page Région avec photo des membres du jury pour le
festival… Là, divine surprise ! J’ai disparu… Ils ne sont plus que trois sur
la photo… Alors que la rédaction de l’Est dormait d’un juste sommeil avec la
conscience tranquille d’une journée supplémentaire consacrée à l’information
du citoyen, un censeur masqué armé de grands ciseaux, longeant les murs, est
allé me tailler le portrait… Après rapide enquête, je sais parfaitement de qui
il s’agit. Je ne pensais pas qu’à sa place dans la hiérarchie de ce journal,
on se compromettait à ce genre de bassesse. A sa place, j’aurais (un peu)
honte. Mais passons… Donc, le parquet de Paris veut me faire mettre en examen
pour recel d’abus de confiance. Je m’en explique dans l’interview accordée à
l’Obs que vous pouvez consulter plus bas… Rien n’est dû au hasard dans cette
affaire. Jamais.

Le libellé « recel d’abus de confiance » est étonnant… Clearstream, et son
armée de juristes et d’avocats, avaient cru bon de se constituer partie civile
dans le dossier du corbeau et de chercher à nous coincer sur le thème « du vol
et recel de vol de secret bancaire ». Ils se sont rendus compte, pour des
raisons de prescription, que ce motif ne tenait pas… Ils se sont donc creusé
la tête… Je dis « ils » car je mêle ici Clearstream et le parquet de Paris…Les
avocats de la banque des banques ont forcément consulté les magistrats… Des
intérêts communs sont vraisemblablement nés… Pour Clearstream, la question est
toujours la même : comment coincer Denis Robert et son nouvel informateur
l’informaticien Florian Bourges ? Pour le Parquet, courroie de transmission de
la Chancellerie et de Matignon, la question pourrait être : comment inventer
de nouveaux rideaux de fumées dans cette affaire ? Là intervient un nouvel
acteur qui, visiblement, ne demandait rien à personne : le cabinet d’audit
Barbier Frinault. On est allé les chercher pour déposer plainte contre nous.
L’histoire est particulièrement tordue. On constate que des magistrats, au
Parquet de Paris, se font les complices d’une stratégie très agressive et très
acrobatique à notre égard. Florian Bourges était un de mes informateurs dans
mon enquête sur Clearstream. Ecœuré de voir que ses supérieurs chez Arthur
Andersen ne prennent pas en compte ses rapports révélants des anomalies
informatiques à répétition lors de l’audit effectué dans le cadre de sa
mission à Clearstream, il me contacte. Et me remet des pièces compromettantes
pour la multinationale. Entre autres, ces fameux listings qui font couler
tellement d’encre aujourd’hui… Je les utilise dans « la boîte noire » et dans
notre film « l’affaire Clearstream ». Ces listing répertorient 33000
références de comptes ouverts à partir de la multinationale à Luxembourg sur
toute la planète. Ils donnent une incroyable cartographie de la finance
mondiale, en particulier celle qu’on ne montre jamais : la finance parallèle.
Grâce à ces listings, on constate que des milliers de comptes sont ouverts
dans des paradis fiscaux par Clearstream. Sur 106 pays représentés, plus de 40
sont des paradis fiscaux. Les documents de Florian montrent aussi que toutes
les banques honorablement connues –BNP,Crédit lyonnais, Société générale, etc-
ont toutes des filiales dans des paradis fiscaux… Ils montrent également, de
manière éclatante, que la firme ment quand elle indique n’avoir que des
clients honorables…

Et ce n’est pas tout. Le témoignage de Florian en tant qu’auditeur d’Arthur
Andersen vient crédibiliser celui de Régis Hempel l’ancien chef de
l’informatique qui assure que la firme effaçait des transactions pour en
dissimuler la provenance ou la destination…

Voilà, la première utilité des listings de Clearstream… Voilà pourquoi je les
ai publiés… Voilà pourquoi mes livres sont gênants pour les banques et pour
Clearstream… Voilà pourquoi je suis susceptible de me prendre trois ans
d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende (selon Reporters sans frontières).
Voilà l’essentiel… Ensuite, évidemment (pour répondre à la question de
l’Internaute), Lahoud et-ou Gergorin trafique(nt) ces listings en y ajoutant
des noms. Florian et moi n’avons strictement rien à voir là dedans. C’est nous
qui révélons l’arnaque dans mon livre Clearstream, l’enquête. Et c’est
Florian, seul, en conscience, sans que je cherche à l’influencer, qui décide
de parler aux juges.

Le reste, c’est du vent. De la mauvaise littérature.

Le reste, c’est la stratégie du parquet et de Clearstream qui vont donc
chercher ce cabinet d’audit dont je rappelle le nom Barbier Frinault. Pourquoi
eux ? Parce qu’Arthur Andersen, l’employeur de Florian, l’auditeur de
Clearstream, a trempé dans la sale affaire Enron et a été mis en liquidation…
Parce que Barbier Frinault sont les repreneurs des vestiges et du nom d’Arthur
Andersen… Ils n’ont évidemment subi aucun préjudice direct de notre part… Je
sais, parce que je me suis renseigné, qu’ils n’avaient aucune envie d’être
cités dans ce dossier, que leur job (audit, expertise comptable, bureaux à
Neuilly) demande d’abord de la discrétion… Pourquoi prendre le risque de
sortir ainsi du bois aujourd’hui ? Pourquoi participer à l’édification d’une
procédure aussi perfide ? Pourquoi entre dans ce jeu ?

Pourquoi permettre au parquet de lancer cette procédure pour abus de
confiance ?

Je vous laisse méditer…

L’abus de confiance et son recel sont moins prescriptibles que le vol de
secret bancaire et son recel. Voilà le sens de la demande de mise en examen du
parquet et du pouvoir politique. Voilà à quel jeu se prêtent des magistrats.
J’ai appris ce matin qu’un texte collectif a été écrit par des journalistes,
des éditeurs ou des producteurs, dont tous ne sont pas des amis. Ils
s’indignent de ces pratiques qui montrent un degré de perversion jamais
atteint. Ils disent à quel point le combat pour la liberté d’informer est en
jeu dans ce bras de fer initié par le pouvoir politique. J’en suis très
heureux. Je suis également satisfait de voir que Reporter sans frontières
s’est manifesté. Je ne suis pas le marginal isolé qu’aimeraient beaucoup que
je devienne les marionnettistes de l’affaire Clearstream. Je trouve que le
Parquet de Paris et son représentant Jean Claude Marin, le garde des Sceaux
Pascal Clément et le Premier Ministre Dominique de Villepin, forcément
associés dans cette atteinte grave à la liberté d’écrire et de penser, ont
cette fois poussé le bouchon, très loin. Trop loin. Il faut se croire vraiment
intouchable à vie, il faut être très cynique et très peu soucieux de justice
et de démocratie, pour se lancer dans une pareille bataille. Rien de ce que
ces trois tristes personnages viennent de monter dans ce petit trafic n’est
honorable.

DR 


http://permanent.nouvelobs.com/societe/20061030.OBS7463.html
"Le parquet montre de quel côté il joue"

NOUVELOBS.COM | 30.10.06 | 14:54

''Le parquet montre de quel côté il joue'' par Denis Robert,
journaliste, auteur de "Révélation$" (2001) et de "Clearstream:
l'enquête" (2006) (éd. Les Arènes)

A-t-on selon vous raison de soupçonner, derrière ces réquisitions (qui
demandent votre mise en examen ainsi que l'audition comme simple témoin du
Premier ministre), une manœuvre téléguidée depuis le sommet de l'Etat pour
protéger les intérêts de certains responsables politiques ?

- Oui, à l'évidence... Il faut noter que ce ne sont que des réquisitions du
Parquet, donc du Garde des Sceaux, donc du pouvoir politique. Ils jugent qu'il
est opportun de me mettre en examen pour avoir recélé le produit d'un abus de
confiance...Dans le cadre de mon enquête sur la multinationale, j'ai utilisé
des documents -les listings de comptes- qui ont montré que Clearstream pouvait
être un véritable poumon dans le transfert d'argent vers les paradis fiscaux.
C'est un informaticien, Florian Bourges, qui me les donnés... Grâce à cela,
j'ai pu montrer que Clearstream pouvait être un outil de dissimulation
important pour les banques. J'ai fait un travail utile à la démocratie. En
demandant ma mise en examen, on cherche à me nuire et on combat directement la
liberté d'écrire sur ces sujets sensibles. Après moi, à qui le tour ? Je note
que c'est parce que Florian Bourges a accepté de parler aux juges et
d'expliquer comment on avait détourné ses documents que l'affaire du corbeau a
pu être en grande partie élucidée. S'il n'était pas intervenu, si je n'avais
pas écrit "Clearstream, l'enquête", on en serait encore aux supputations sur
la qualité des envois anonymes à Van Ruymbeke. Tout les gens qui suivent ce
dossier le savent. En prenant ces réquisitions aujourd'hui, le parquet montre
de quel côté il joue. C'est un acte partial, politique et parfaitement
cynique.L'information importante dans les réquisitions concernaient Dominique
de Villepin. Or, depuis ce matin, on ne parle que de ma possible mise en
examen ou celle de Florian Bourges. C'est parfaitement dilatoire. On agite un
chiffon rouge et les médias foncent sans trop s'interroger sur le sens profond
de ces manipulations judiciaires. Une fois de plus, la justice est
instrumentalisée et sert des intérêts privés.

Quelles ont été les pressions que vous avez subies depuis le déclenchement de
cette affaire Clearstream ?
- Il y a eu l'interdiction de mon livre le lendemain de sa sortie en juin
dernier. Puis la plainte de Dominique de Villepin contre moi. Maintenant, il y
a cette demande de mise en examen... Tout cela se joue dans le cadre de ce que
j'appelle la vraie affaire Clearstream -celle qui met en cause la
multinationale pour son rôle dans les évasions de capitaux qui assèchent nos
économies. D'une manière parfaitement lâche, les dirigeants ou les
"conseilleurs" de Clearstream se servent de l'affaire française du corbeau
pour continuer à dénigrer mon travail.

Ils trouvent des relais dans la presse et maintenant dans la magistrature.
Mais ils ne parviendront pas à me déstabiliser. Je n'ai rien lâché jusqu'à
aujourd'hui. Et je ne lâcherai rien. Je suis prêt à répondre à toutes les
questions. Je ne me suis jamais défilé. Je continuerai. Mes livres et mes
films qui sortent en ce moment en DVD, sont la preuve que je dis vrai... Les
gens qui se posent des questions y trouveront des réponses. Le reste, c'est du
bruit qui ne déshonore que ceux qui le lancent.

Cette instruction pourra-t-elle selon vous déboucher sur une comparution en
justice des responsables politiques qui pourraient être impliqués dans
l'affaire Clearstream ?

- Je préfèrerai que les politiques se penchent sur la question de l'argent
sale et que des magistrats enquêtent sur Clearstream et le Luxembourg... Mais
ce n'est pas d'actualité pour l'instant. Je pense effectivement que Nicolas
Sarkozy, grâce à l'instruction en cours, peut finir par avoir le scalp de
Dominique de Villepin, voire de Michèle Alliot-Marie. Mais je crois aussi que
l'actuel Premier ministre ne va pas rester les bras croisés. Les semaines qui
viennent seront distrayantes.

Propos recueillis par David Caviglioli
(le lundi 30 octobre 2006) 

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