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Affaire Clearstream
Imad Lahoud se rappelle au bon souvenir de Sarkozy
Il dit avoir rencontré le ministre deux fois, bien avant que celui-ci
porte plainte.
Par Renaud LECADRE
QUOTIDIEN : samedi 4 novembre 2006

Nouvelle chausse-trape dans l'affaire Clearstream, qui déjà n'en
manquait pas. Une mention sibylline, «contact Madhi-Sarko», s'est en
partie évaporée du dossier pénal. Madhi, c'est le pseudonyme d'Imad
Lahoud, financier et informaticien, soupçonné d'avoir bidouillé des
fichiers de Clearstream pour faire apparaître des personnalités
supposées détentrices d'un compte bancaire à l'étranger. Sarko,
qu'on ne présente plus, a porté plainte contre cette machination
ourdie en haut lieu. Ainsi, le présumé manipulateur et sa présumée
victime se seraient rencontrés en catimini, mais il ne faudrait pas
que cela se sache...

«Champollion». Une fois de plus, tout part des notes du général
Rondot, électron libre des services de renseignements, missionné par
Dominique de Villepin et dans une moindre mesure par Michèle
Alliot-Marie. Un assistant spécialisé, chargé d'épauler les juges
d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, avait retranscrit les
innombrables notes du militaire, rédigées à la main d'une écriture
parfois indéchiffrable. «C'est le Champollion de Clearstream»,
ironise un proche du dossier. D'après une note rédigée par Rondot en
septembre 2004, après les premiers envois du corbeau, l'assistant
décrypte : «Mise en cause de N. Sarkozy... (illisible).
Instrumentalisation ?»

Dans un livre à paraître le 16 novembre ( Un fiasco français,
histoire secrète du pôle financier , éditions Denoël), un
journaliste du Figaro , Eric Decouty, a mis la main sur un PV des
policiers chargés de l'enquête qui, à la différence des juges
d'instruction, travaillent sur les notes originales de Rondot. Lors
d'un interrogatoire d'Imad Lahoud (dont Libération a eu connaissance),
ils lui soumettent une version plus complète de la note Rondot :
«Mise en cause de N. Sarkozy... (illisible). Contact Mahdi-Sarko.
Instrumentalisation ?» Manifestement, les flics ont su lire ce qui
était en partie illisible. Les juges d'instruction, quand ils
interrogeront à leur tour Imad Lahoud (lors de sa mise en examen) et
Nicolas Sarkozy (lors de sa constitution de partie civile) ne leur
poseront jamais la moindre question sur cette présumée rencontre.
Parce qu'ils en ignorent l'existence ou parce qu'ils ne veulent pas en
entendre parler ? «ça n'aurait pourtant pas été un crime de
lèse-majesté», critique un avocat. Lors de sa garde à vue en juin,
Lahoud avait répondu aux policiers qui lui brandissaient la mention
«contact Madhi-Sarko» : «Je n'ai jamais eu de contact avec Nicolas
Sarkozy.» Espérait-il alors se faire bien voir du futur candidat à
la présidentielle ? Depuis, changement de ton. Vendredi, son avocat,
Me Olivier Pardo, a affirmé que son client lui a dit avoir rencontré
Sarkozy «à deux reprises» au cours de l'année 2004, bien avant que
ce dernier ne se décide à porter plainte. Vendredi, le ministre de
l'Intérieur a démenti formellement (lire ci-contre).

Dans son livre, Eric Decouty dénonce le caractère tardif de la
plainte déposée en janvier 2006 par Sarkozy, «s'attribuant
brutalement le rôle de la première victime d'un complot qui n'a
jamais éclaté», alors qu'il «sait tout, presque tout» depuis le
début. Et d'asséner : «La justice s'est mise finalement au service
de Nicolas Sarkozy.» Il n'est question que d'instrumentalisation de la
justice depuis que le parquet de Paris, jusque-là tenu à l'écart de
l'enquête des juges d'instruction, a mis les pieds dans le plat la
semaine dernière.

Contaminée. Dans un réquisitoire rédigé au moment où d'Huy et Pons
partaient en vacances, le procureur de la République Jean-Claude Marin
émettait deux souhaits contradictoires : 1 Que Dominique de Villepin
soit entendu sous le statut de simple témoin, signe qu'il n'y aurait
pas de charge contre lui d'avoir fomenté un complot contre Sarkozy ; 2
Que le général Rondot, qui a enquêté sous ses ordres, soit entendu
comme témoin assisté, signe qu'il est «nommément mis en cause» ou
qu'il existe «des indices rendant vraisemblable» sa participation à
une infraction, selon la définition du code de procédure pénale.
«Avec un tel procureur, Villepin n'a pas besoin d'avocat», ironise un
proche du dossier. Des juges estampillés sarkozystes, le parquet
catalogué villepiniste, la justice est contaminée par les règlements
de compte au sommet de l'Etat.


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Sarkozy: «Monsieur Lahoud ne fait pas partie de mes fréquentations»
Par Vanessa SCHNEIDER
QUOTIDIEN : samedi 4 novembre 2006
Nicolas Sarkozy continue de nier. En marge d'un déplacement sur la
sécurité des transports au dépôt de bus de Villepinte
(Seine-Saint-Denis), il a affirmé qu'il n'avait «jamais» rencontré
Imad Lahoud, falsificateur présumé des listings de Clearstream.
«Monsieur Lahoud ne fait pas partie de mes fréquentations ni de mes
rencontres. Quand je vois son pedigree judiciaire, ça ne me donne pas
envie de le fréquenter, ce monsieur», a-t-il dit. Et le ministre de
l'Intérieur d'ajouter : «Il semble qu'il ait été à l'origine de
l'opération destinée à me salir. Imaginez un peu quel intérêt
j'aurais à rencontrer un escroc.» Selon lui, les personnes qui
affirment qu'il aurait rencontré Lahoud «sont des manipulateurs, des
gens qui ont essayé de [le] salir».  «Je ne suis pas un homme à
fréquenter quelqu'un comme monsieur Lahoud, ni comme monsieur Gergorin
[proche de Villepin et auteur de deux courriers anonymes qui lui ont
valu une mise en examen, ndlr]. Ces gens-là ont voulu me salir, ils
ont monté une basse machination, ils sont devant la justice, j'ai
déposé plainte et j'attends qu'ils rendent compte de ce qu'ils ont
fait», a-t-il conclu. L'entourage de Villepin s'est réjoui de voir le
numéro 2 du gouvernement dans l'embarras. Persuadés que s'il y a eu
manipulation politique dans l'affaire Clearstream, c'est le patron de
l'UMP qui l'a initié, les proches du Premier ministre estiment que
Sarkozy est dans la situation de «l'arroseur arrosé».


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