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Les petites cachotteries de la DGSE

NOUVELOBS.COM | 15.11.06 | 15:00

Les services français ont bien soupçonné Jacques Chirac d’avoir un
compte bancaire au Japon. Des documents inédits le prouvent
aujourd’hui.

JUSQU'ICI, ce n’était qu’une affirmation sans preuve du général
Philippe Rondot. En mars dernier, en marge de l’affaire Clearstream,
le conseiller pour le renseignement et les affaires spéciales du
ministère de la Défense avait révélé, sur procès-verbal,
"l’existence d’un compte bancaire que le président possédait dans
une banque japonaise".Depuis, des documents confidentiels émanant de
la DGSE, saisis au cours d’une perquisition dans les archives du
général Rondot et évoqués dans un livre à paraître cette semaine
(1), relancent toutes les spéculations. Ils révèlent qu’entre 1996
et 2001, les services secrets ont longuement enquêté sur la Tokyo
Sowa Bank (TSB), établissement dirigé par un ami japonais du
président. Et qu’un honorable correspondant de la DGSE a confirmé
l’existence de ce compte (voir le document).

Tout commence en septembre 1996 quand Shoichi Osada, le patron de la
TSB, est reçu à l’Elysée. Cette banque étant réputée proche des
yakuzas, la mafia japonaise, la DGSE ouvre une enquête de routine. A
la Piscine, les investigations sont confiées à Gilbert Flam, un
magistrat en détachement, chef du "bureau des enquêtes protégées".
La filiale parisienne de la banque fait l’objet d'une "demande
d’opération"≈: les services sont chargés d’une fouille
clandestine des bureaux. A Tokyo, le chef de poste de la DGSE est
mobilisé.Il dispose d’une source, un honorable correspondant qui se
dissimule derrière le pseudonyme de "Jambage".

Selon notre enquête, il s’agit d’un haut fonctionnaire soit du
ministère des Finances du Japon, soit d’un cadre de la banque
centrale nipponne. Les informations de "Jambage" sont retranscrites
dans un message chiffré transmis à Paris le 11 novembre 1996. Classé
"Urgent, Réservé", il confirme la remise par "Jambage" de deux
dossiers sur la TSB."A première vue, écrit l’agent de la DGSE,
[…] le poste n’a rien trouvé d’extraordinaire." Par contre, il
rend compte longuement de son "débriefing" avec sa source. "Jambage" a
en effet détaillé la mauvaise situation financière de la banque et
la réputation sulfureuse de son patron. Il a fait cette révélation
explosive : "Le montant des sommes versées sur le compte ouvert par
Sowa au nom de M. Chirac serait de soixante-dix oku yens, soit sept
milliards de yens, soit 300 millions de francs."

Pendant cinq ans, jusqu’à la faillite de la TSB en 2001, la DGSE
continue à enquêter sur cette banque.

Selon la chronologie établie par les services et retrouvée dans les
dossiers du général Rondot, la Piscine mobilise de gros moyens.
Toutes les communications de la banque sont interceptées. En novembre
1999, les services secrets mènent une "mission opérationnelle" sur la
filiale parisienne de la TSB≈: ils mettent en place filatures,
écoutes et pénétration des locaux. Deux honorables correspondants
sont également sollicités dans la collecte de renseignements, un
ancien commissaire spécialiste de la lutte anti-blanchiment et un
chercheur du CNRS spécialiste du Japon.

Rien de ce qui se passe dans cet établissement bancaire n’échappe
alors aux services français. Et pourtant, ceux-ci ne feront plus
jamais mention de l’existence du compte Chirac dans les fiches
blanches qu’ils rédigeront par la suite. "Les services secrets sont
là pour protéger les autorités, pas pour les dénoncer, témoigne un
ancien haut responsable de la DGSE. Je n’ai pas personnellement
participé à cette enquête japonaise, poursuit-il. Mais, dans
d’autres recherches, je suis tombé à deux reprises sur des sommes
compromettantes pour un ancien Premier ministre.

Mon rôle n’était pas de faire des notes sur le sujet, mais de
prévenir officieusement la personnalité concernée. A charge pour
elle de remettre de l’ordre dans ses affaires." Jacques Chirac a-t-il
été averti lui aussi ? A l’Elysée, on continue aujourd’hui à
nier la détention d’un quelconque compte bancaire au pays du
Soleil-Levant. En tout cas, le président, furieux, s’est emparé du
dossier et a ordonné une enquête, diligentée par le général
Rondot.

Ce dernier, dans des notes inédites intitulées "Les affaires
japonaises du président", révélées par "le Nouvel Observateur",
confirme l’émoi présidentiel≈: "Le ministre de la Défense en a
parlé au président toujours inquiet à ce sujet", écrit-il dans son
journal de marche, le 31 janvier 2002. Quelques mois plus tard, le
patron de la DGSE, Jean-Claude Cousseran, et les responsables de
l’enquête japonaise étaient brutalement limogés. Olivier Toscer

(1) "Machinations", de Karle Laske et Laurent Valdiguié, Denoël, 2006.


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