http://www.assemblee-nationale.fr/12/budget/plf2007/a3367-tVI.asp

AVIS PRÉSENTÉ
AU NOM DE LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMÉES,
SUR LE PROJET DE loi de finances pour 2007 (n° 3341)
TOME VI
DÉFENSE
PRÉPARATION ET EMPLOI DES FORCES
AIR
PAR M. Jean-Louis BERNARD,
Député.

<...>

S’agissant des militaires, doivent notamment être mentionnés des
transferts d’effectifs vers le programme 144 (« Environnement et
prospective de la défense ») au profit d’unités de la direction de
la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), pour 43
postes, et de la direction générale de la sécurité extérieure
(DGSE), pour 22 postes. La réorganisation de la fonction de
renseignement se traduit aussi par le transfert de 90 postes, tandis
que le renforcement de l’état-major des armées, qui découle du
décret du 21 juin 2005 (2) accroissant les pouvoirs d’arbitrage du
chef d’état-major des armées, conduit au transfert de 51 postes. De
même, la direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des
systèmes d’information de la défense (DIRISI), en cours de
développement, accueille 191 postes (dont 87 sur une demie année).

2. Décret n° 2005-520 du 21 mai 2005 fixant les attributions des
chefs d’état-major.

<...>

B. LES ENJEUX DES PROGRAMMES DE DRONES

L’armée de l’air met en œuvre plusieurs programmes pour renforcer
et développer ses moyens de communication, de surveillance et de
conduite des opérations, comme le SCCOA (système de conduite et de
commandement des opérations aériennes), incluant des équipements
nombreux (radars de détection, radars de veille, logiciel STRIDA), ou
encore la modernisation des avions Awacs – le programme Radar System
Improvement Program ayant été achevé en 2006.

Plusieurs programmes de drones sont également lancés. De fait, de
tels équipements présentent un intérêt opérationnel majeur pour
une armée de l’air moderne. Ils permettent tout d’abord de
recueillir des renseignements pendant une durée longue – dépassant
la capacité de vigilance d’un pilote – tout en couvrant une large
zone ; de plus, l’absence de pilote, en zone de combat, écarte le
risque de pertes humaines. Les drones peuvent également fournir un
appui au commandement et aux opérations, en offrant des capacités de
relais de communication, ainsi qu’en effectuant des illuminations de
cibles par laser ou des contre-mesures électroniques. A plus long
terme, peut aussi être envisagé l’usage de drones de combat, alors
que des drones de surveillance américains et israéliens disposent de
capacités de tir, utilisées dans le cadre des opérations spéciales.


1. Les difficultés enregistrées en matière de drones Male5

a) Les retards successifs du SIDM

Dès 2000, l’armée de l’air a procédé à l’expérimentation du
système Hunter qui, fabriqué par l’industriel Israel Aircraft
Industry (IAI), comprenait quatre drones et deux stations sol. Mis en
œuvre dans le cadre de plusieurs opérations – notamment au Kosovo,
ou lors du sommet du G8 à Evian, en 2003 –, il a été retiré du
service en septembre 2004, et doit être remplacé par le Système
intérimaire de drones Male (SIDM). Solution proposée par EADS, le
SIDM est développé sur la base de la plateforme Eagle 1 (produite par
la société IAI), profondément remaniée et rééquipée. Doivent lui
être dévolues des missions de surveillance et de reconnaissance,
ainsi que la désignation d’objectifs et leur illumination laser au
profit d’autres systèmes d’armes.

Le contrat portant sur le SIDM a été notifié en août 2001, et la
livraison des trois drones et des deux stations sol devait initialement
intervenir en 2003. Or, ce programme a connu des retards successifs.
Si, à l’automne dernier, sa livraison était annoncée pour avril
2006, celle-ci est désormais repoussée à 2007. Un premier vol sur le
territoire français a néanmoins eu lieu le 9 septembre dernier sur la
base d’Istres, dans le centre d’essais en vol de la DGA ; à
l’issue d’une campagne d’une douzaine de vols, destinée à
vérifier que le système répond au cahier des charges, celui-ci
devrait transféré au Centre d’expérimentations aériennes
militaires (CEAM) de Mont-de-Marsan, pour une entrée en service dans
l’armée de l’air au cours du deuxième semestre 2007.

Les responsables d’EADS indiquent, pour expliquer ces retards, que le
SIDM, initialement conçu comme une sorte d’ « achat sur étagère
» auprès d’IAI, a finalement requis des développements plus
importants que prévu. En particulier, le programme a souffert de
l’interdiction d’exportation des composants aériens après le 11
septembre 2001, qui a conduit à redévelopper un module aérien pour
la liaison à vue directe. Parallèlement, EADS a rencontré des
difficultés dans le développement et l’intégration de la liaison
satellite, laquelle confère au drone sa capacité d’allonge.

En tout état de cause, ces retards récurrents s’avèrent
pénalisants pour l’armée de l’air, en mettant en cause
l’articulation prévue entre le retrait de service du Hunter, en
2004, et l’arrivée de son successeur. Alors que l’armée de
l’air bénéficiait d’une réelle avance en matière
d’utilisation de drones, elle pâtit aujourd’hui d’une rupture de
ses capacités, lesquelles ne seront restaurées – et renforcées, du
fait du saut qualitatif important entre le Hunter et le SIDM –
qu’en 2007.

Le SIDM ne constitue néanmoins, comme son nom l’indique, qu’un
dispositif intérimaire, dans l’attente d’un programme de drone
Male, disposant de capacités supérieures.

b) Les incertitudes actuelles pesant sur un programme européen

Au regard des besoins des forces armées françaises, mais aussi
européennes, en matière de drones, la France a décidé de lancer, en
juin 2004, un programme de démonstrateur de drone Male, baptisé
Euromale, en l’ouvrant à des coopérations européennes. Néanmoins,
il s’est avéré difficile de rallier d’autres pays ; si plusieurs
Etats ont manifesté leur intérêt, comme l’Espagne, les Pays-Bas,
l’Italie, la Grèce ou encore la Finlande, leur participation ne
s’est pas concrétisée – même si l’Espagne s’était engagée
à apporter une contribution de l’ordre de 40 millions d’euros. De
ce fait, le bouclage budgétaire de ce programme est apparu complexe.

Compte tenu de ces difficultés, la France a engagé un rapprochement
avec l’Allemagne. Une première analyse a laissé entrevoir la
possibilité de répondre aux besoins des deux pays à partir d’un
système proposé par EADS, dénommé « Advanced UAV » ; celui-ci
serait fondé sur une cellule nouvelle – à partir du démonstrateur
Barracuda développé outre-Rhin par EADS –, distincte de celle
envisagée initialement pour l’Euromale. L’Espagne s’est
également jointe aux discussions en cours. Une étude de levée de
risques pourrait être lancée d’ici la fin de 2006, tandis que
d’autres pays ont marqué leur intérêt pour un tel projet.

Néanmoins, la situation, parmi nos partenaires européens, n’est pas
encore clarifiée. Les Pays-Bas, par exemple, semblent hésiter depuis
2004 entre l’achat de Predator américains ou l’acquisition d’un
système européen de drones Male. L’Allemagne conduit actuellement
le projet Eurohawk de drone Hale (Haute altitude longue endurance), en
coopération avec Northrop Grumman, ce projet pouvant apparaître en
partie redondant avec celui d’« Advanced UAV ». L’Italie se
montre intéressée par ce dernier, tout en considérant une solution
fondée sur le Predator américain. Le Royaume-Uni, quant à lui, a
lancé en 2005 le programme Watchkeeper, système tactique
d’observation devant intervenir au profit de l’ensemble des forces
armées, dont les capacités diffèrent donc d’un dispositif
opératif Male. Parallèlement, l’OTAN a lancé en 2001 le programme
AGS (Alliance Ground Surveillance), qui a une vocation stratégique,
avec des drones américains GlobalHawk de type Hale (ainsi qu’une
composante pilotée) ; encore en phase de définition, ce programme
doit réunir plusieurs pays européens.

Le paysage actuel s’avère donc complexe, mais l’on ne peut que
souhaiter l’émergence d’une solution européenne de drones Male,
répondant à un besoin opérationnel incontestable des forces armées
de l’Union. En tout état de cause, la mise en service d’un tel
système de drone dans l’armée de l’air française devra
intervenir à l’horizon 2013, afin de prendre la relève du SIDM.

2. La mise en œuvre du programme de démonstrateur Neuron

Si le programme de drone Male reste encore soumis à des incertitudes,
celui de démonstrateur d’avion de combat sans pilote, dit UCAV
(Unmanned combat aerial vehicle), lancé en juin 2003, est désormais
bien engagé.

Ce programme, dénommé Neuron, relève toutefois d’une logique tout
à fait différente. Les drones Male, par leurs capacités de
reconnaissance et de surveillance, ont essentiellement vocation à
appuyer l’action des avions pilotés, tandis que l’UCAV s’inscrit
dans un concept distinct, plus proche de celui des avions de combat ;
à la différence du programme de drones Male, il n’a pas vocation à
aboutir à un programme opérationnel utilisé dans les forces – tel
sera peut-être le cas de son successeur. Si son mode d’utilisation
fait encore l’objet de débats, l’on peut imaginer qu’à moyen
terme, les UCAV viendront compléter l’action des avions pilotés ;
ces appareils pourraient être sollicités pour la suppression des
défenses aériennes ennemies et pour des missions d’attaque sur des
cibles très défendues. Le général Abrial a ainsi indiqué, lors de
son audition, qu’on pouvait d’ores et déjà imaginer qu’à
terme, l’armée de l’air se dote de flottes mixtes, avec des
vecteurs pilotés et des vecteurs pilotés à distance, depuis le sol
ou depuis des avions traditionnels – par exemple avec le concept
d’un Rafale entouré d’une flottille d’UCAV.

Dès l’origine, le programme Neuron, dont la maîtrise d’œuvre a
été attribuée à Dassault, a été ouvert aux autres pays
européens, lesquels ont été invités à apporter les capacités
technologiques de leur industrie et à participer au financement. Par
là même, ce programme a vocation à contribuer au maintien des
compétences et des technologies clés indispensables aux futurs
programmes d’avions de combat, pilotés ou non, à l’horizon 2020,
et partant, à pérenniser l’autonomie européenne en ce domaine. Ce
schéma de coopération a remporté un réel succès auprès de nos
partenaires, fédérant ainsi l’Italie, la Suède, l’Espagne, la
Grèce et la Suisse. Le contrat a été notifié en février dernier
par la DGA, qui constitue l’agence exécutive pour l’ensemble des
partenaires. Outre Dassault, qui doit assurer environ la moitié de la
charge de travail, les industriels SAAB, Alenia, Ruag, HAI, EADS Casa
ainsi que Thales Communications prennent part au projet. Est ainsi
lancée la phase de conception et de définition du système, notamment
s’agissant des technologies de furtivité, qui s’étalera sur trois
années. Suivront le développement et l’assemblage du Neuron, le
premier vol étant prévu en 2011. Les essais en vol auront lieu en
France, en Suède et en Italie.

Au total, le coût de ce démonstrateur atteint 405 millions d’euros
; la France y contribue à hauteur de 46 %, suivie de l’Italie (22
%), de la Suède (18 %), de l’Espagne (8 %), de la Grèce (5 %) et de
la Suisse (1 %).

<...>

Le souci du juste besoin en matière d’équipements amène l’armée
de l’air à réfléchir à toutes les voies de mutualisation
possibles avec ses partenaires occidentaux pour maîtriser les coûts
de ses activités. C’est dans cet esprit qu’elle s’est
résolument engagée dans le domaine des drones, en particulier pour
les missions de surveillance et d’acquisition d’objectif. Trois
systèmes intérimaires de drones MALE (SIDM) devraient être livrés
courant 2007. Ils offriront la possibilité d’accumuler de
l’expérience et de valider des concepts opérationnels avant
l’arrivée de drones moyenne altitude longue endurance (Male), à
l’horizon 2013. Après avoir testé cette capacité en opération ou
en exercice, il sera possible d’apprécier l’étendue de son
apport, qui est indubitable. Là encore, le projet de l’armée de
l’air s’inscrit dans une dynamique européenne ; il est essentiel
que le projet de drone Male futur, confié à EADS, permette de
fédérer l’industrie européenne, afin de répondre aux besoins
avérés des nombreux pays intéressés.

<...>

M. Jean-Louis Bernard, rapporteur pour avis pour l’armée de l’air,
s’est enquis des enjeux d’une future loi de programmation militaire
pour l’armée de l’air. Il a fait part de ses inquiétudes sur le
SIDM et le futur programme de drone Male, et a évoqué les
perspectives ouvertes par les UCAV (Unmanned Combat Aerial Vehicle),
notammant la possibilité de mettre en œuvre à terme une force
aérienne de combat mixte, comportant des avions pilotés et des
drones. Quel est le sentiment du chef d’état-major de l’armée de
l’air sur ces points ? Il a ensuite demandé des précisions sur les
actions menées en Afghanistan, leur résultat et leur coût financier.

S’agissant des appareils pilotés à distance, le général Stéphane
Abrial a indiqué que l’armée de l’air se trouve dans une
situation difficile. Elle avait en effet adopté une démarche
prospective, en expérimentant dès 2000 des drones Hunter, lesquels
devaient être remplacés par le programme SIDM. Toutefois,
l’industriel chargé de ce dernier a été confronté à de
difficultés techniques importantes et enregistre trois ans de retard.
Néanmoins, début septembre, le SIDM a volé pour la première fois
dans l’espace aérien français, et il est attendu au Centre
d’expérimentations aériennes militaires (CEAM) au premier trimestre
2007, de façon à ce que l’unité opérationnelle puisse être
ouverte au deuxième semestre 2007, à Cognac. Les drones constituent
une évolution majeure, voire une révolution, car ils offrent des
capacités de surveillance et de reconnaissance très élevées.
L’armée de l’air attend beaucoup de ce système, d’autant
qu’il permet de développer une approche européenne, alors que
nombre d’armées de l’air ont commencé à se doter de ce genre
d’appareils. Il est impératif d’utiliser les SIDM le plus
rapidement possible afin de bien préparer le terrain pour le futur
drone Male, dont l’arrivée dans les forces est prévue entre 2013 et
2015. Parallèlement, le concept d’UCAV est à l’étude, avec le
programme de démonstrateur Neuron. Celui-ci va au-delà des missions
de surveillance et de reconnaissance, puisqu’il s’agit d’un drone
de combat, capable d’emporter des armements. Le Neuron n’est
cependant pas destiné à aboutir à un programme opérationnel
utilisé dans les forces – tel sera peut-être le cas de son
successeur. A une échéance que l’on ne peut encore déterminer, la
présence d’un pilote dans les avions de combat pourrait être remise
en cause, bien que les progrès de l’intelligence artificielle soient
encore insuffisants pour franchir ce pas. On peut d’ores et déjà
imaginer qu’à terme, l’armée de l’air se dote de flottes
mixtes, avec des vecteurs pilotés et des vecteurs pilotés à
distance, depuis le sol ou depuis des avions traditionnels – par
exemple avec le concept d’un Rafale entouré d’une flottille
d’UCAV.

Il a par ailleurs jugé remarquable l’efficacité des opérations
combinées entre les aviateurs et les forces spéciales en Afghanistan.
Traditionnellement, les soldats au sol avaient pour fonction de guider
les avions vers les cibles à traiter. Aujourd’hui, leur relation
n’est plus unidirectionnelle mais totalement bijective : les avions
sont ainsi utilisés par les soldats au sol pour les aider à réaliser
leurs mission. Cette osmose avec les forces spéciales doit être mise
en exergue et il importe de l’étendre à d’autres unités
terrestres. Le général David Richards, commandant la force
internationale de stabilisation en Afghanistan (ISAF), a ainsi
déclaré : « Le facteur qui fait la différence pour l’ISAF,
c’est la puissance aérienne. De manière renouvelée, à travers de
centaines et des centaines de missions, c’est le savoir-faire de nos
équipages aériens qui a sauvé les troupes au sol et qui a mené au
succès. » L’expérience afghane montre qu’il est nécessaire
d’améliorer les capacités de l’armée de l’air française en
matière de permanence de la surveillance, de mobilité tactique et de
réactivité, afin de traiter au plus vite les cibles fugaces. Sur ce
dernier point, lors de la première guerre du Golfe, les campagnes
contre les Scud mobiles étaient le plus souvent infructueuses, car la
boucle entre l’observation et l’action prenait 24 heures ; ce
délai a été ramené à vingt minutes à une demi-heure actuellement,
mais cela est encore trop long parfois – les forces aériennes
israéliennes, lors de leur campagne au Liban, l’ont réduite à
quelques minutes. Le coût de l’opération en Afghanistan pour
l’armée de l’air ne peut encore être établi, car les forces
aériennes y sont toujours déployées – les trois Mirage 2000D,
accompagnés par deux avions ravitailleurs, sont sur place, tandis que
les trois Mirage F1 CR de reconnaissance sont rentrés. Il peut
toutefois être indiqué que la partie « air » des dépenses
occasionnées par les OPEX représente environ 10 % des surcoûts, ce
qui est modeste au regard des effets obtenus.

<...>

M. Jean-Michel Boucheron a jugé qu’il n’était pas envisageable
d’attendre huit ou neuf ans avant de voir le programme Male aboutir,
alors même que son lancement a été étudié dès 2002. Quelles sont
les raisons financières, techniques et diplomatiques expliquant ces
délais ? Quelles mesures pourraient être prises pour le remettre sur
les rails ?

Le général Stéphane Abrial a indiqué qu’il était absolument
nécessaire que l’armée de l’air soit dotée de drones le plus
vite possible. Néanmoins, les retards sur le SIDM tendent à prouver
que les propositions industrielles ne sont pas encore techniquement
mûres. Il n’est pas certain que l’industrie soit en mesure de
fournir un système Male dans un délai beaucoup plus court que celui
prévu, alors même que ses capacités seront bien supérieures à
celles du SIDM, avec une autonomie de plus de vingt-quatre heures et
des moyens de transmission et de surveillance embarqués d’une autre
ampleur. L’étape du SIDM permet de défricher ce domaine et
d’effectuer les bons choix pour les programmes ultérieurs. Le
système Male est également proposé aux autres pays européens, cette
démarche de coopération prenant nécessairement du temps.


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