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Thales ne veut plus uniquement être défini comme une entreprise de défense
LE MONDE | 09.01.07 | 14h29  •  Mis à jour le 09.01.07 | 14h29

Denis Ranque, PDG de Thales s'exprime, le 17 janvier 2005, au Palais  
Brongniart, à Paris.

Thales reprend les activités de transport et de sécurité ainsi que le  
spatial d'Alcatel-Lucent tout en entrant au capital de DCN. Quelle est la  
cohérence de l'ensemble ?

Le nouveau Thales, dont le chiffre d'affaires est supérieur à 12 milliards  
d'euros, s'inscrit dans la continuité de notre stratégie menée depuis huit  
ans.

Nous sommes progressivement passés d'une entreprise de défense à un leader  
européen des systèmes d'information critiques (systèmes de logiciels  
complexes, associant différentes fonctions, dans des environnements à  
risque).

Nous appliquons ce métier dans trois domaines : pour moitié dans la  
défense, et les deux autres quarts répartis entre l'aéronautique et la  
sécurité.

Alcatel, en nous apportant ses activités de signalisation ferroviaire et  
de sécurité, renforce notre compétence de sécurité des infrastructures  
critiques. Notre accord avec DCN nous renforce, lui, dans les systèmes  
navals militaires.


Vous êtes devenu un conglomérat ?


Pas du tout. Nous sommes présents dans des domaines variés, car Thales a  
réussi à réunir toutes ces compétences, qui ont de fortes synergies entre  
elles. C'est notre coeur de métier.

D'autre part, notre clientèle est très homogène. Il s'agit essentiellement  
des gouvernements et des grands opérateurs d'infrastructures, civils ou  
militaires. Nous sécurisons aussi bien les communications sur un champ de  
bataille, que le trafic aérien ou le Musée du Louvre.


A qui peut-on vous comparer ?


A aucune autre entreprise. Notre positionnement est original mais  
cohérent. Nous réunissons dans un même groupe de 70 000 salariés des  
compétences que nos concurrents détiennent seulement en partie. Dans la  
défense, nous pouvons nous comparer à l'américain Raytheon, dans  
l'aéronautique à Rockwell Collins et dans la sécurité à Siemens.


Combien de temps vous faudra-t-il pour intégrer ces nouvelles activités ?


Pour DCN, ex-Direction des constructions navales, dont nous prenons 25 %  
du capital, nous avons eu le temps de réfléchir aux structures de  
management et aux modes de coopération.

De part et d'autre, nous avons hâte que l'accord soit signé, ce qui ne  
saurait tarder, en attente des toutes dernières autorisations  
administratives. Je comprends les inquiétudes des salariés de DCN, mais  
elles ne sont pas justifiées, car nous avons l'intention de développer  
ensemble les activités de ce champion naval.

Pour le spatial, il faut attendre la décision des autorités de la  
concurrence de Bruxelles, en avril. Je suis confiant. Quant aux activités  
de transport et de sécurité d'Alcatel, nous les avons, dès l'issue de  
l'assemblée générale du 5 janvier approuvant ce transfert, intégrées dans  
une nouvelle division "solutions de sécurité et services" qui, avec 3  
milliards d'euros, devient le leader européen de la sécurité civile.


Comment voyez-vous le développement du marché de la sécurité ?

Ce marché prend une importance croissante à mesure que notre monde se  
complexifie et qu'il devient plus vulnérable. Nous sommes de plus en plus  
dépendants de grandes infrastructures (d'énergie, de transports,  
d'urbanisation), dont la fiabilité et la sécurité dépendent de systèmes  
critiques de plus en plus interconnectés.

Les acteurs sont nombreux et d'origines diverses. On pourrait assister à  
des concentrations. Thales compte y participer tant en Europe qu'aux  
Etats-Unis.


Thales a été régulièrement convoité par EADS. Vous considérez-vous  
aujourd'hui comme protégé ?


Nous avons préféré un accord industriel avec Alcatel-Lucent, qui renforce  
notre coeur de métier et notre partenariat avec cette entreprise. Sa part  
dans notre capital augmente de 9,5 % à 21 %, au côté de l'Etat, qui ne  
détient plus désormais que 27 %. Notre actionnariat est ainsi clarifié et  
stabilisé durablement.


Vous considérez-vous comme une entreprise publique ou privée ?
Thales est une entreprise privée tant au niveau de son actionnariat, qui  
inclut aussi 52 % de flottant, que de sa gestion et de sa gouvernance. Il  
est en revanche normal que le pacte des actionnaires protège les intérêts  
stratégiques de l'Etat, compte tenu des enjeux de défense nationale.



Qu'en est-il des "affaires" en Corée du Sud, en France et en Afrique du  
Sud ?


Je ne commente pas les affaires judiciaires en cours. Mais je me réjouis  
de l'attention plus importante accordée aujourd'hui aux questions  
d'éthique. D'autres groupes ont été accrochés sur des affaires de grande  
ampleur. Dans ce contexte, j'ai renforcé encore les dispositifs internes  
de surveillance éthique.


Quels sont les objectifs pour 2007 ?


Thales reprend le chemin de la croissance après quelques années de plateau  
et poursuit l'amélioration de ses résultats, ininterrompue depuis 1998.  
Pour cela, nous créons une activité de sécurité aussi solide que celles de  
l'aéronautique et de la défense, nous profitons du cycle porteur de  
l'aéronautique et de nos atouts technologiques et géographiques en défense.
Propos recueillis par Dominique Gallois

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