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Appel à contributions

"Faut-il avoir peur du relativisme?"
Revue Tracés, numéro 12
http://traces.ens-lsh.fr

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Argumentaire

Le point de départ de ce numéro est sans doute le constat
des craintes que fait naître le relativisme, en dépit de sa
très large diffusion. Il suscite de vives réactions de rejet
ou des professions de foi enthousiastes: l’appellation
inquiète! Rares sont les chercheurs qui restent indifférents
à ces débats. Pourtant, il n’est pas simple de circonscrire
le territoire du relativisme, tant le thème recouvre une
nébuleuse de positions parfois non congruentes: culturalisme
dans les sciences sociales, incommensurabilité en
philosophie des sciences, communautarisme en philosophie
morale et politique... Le relativisme fait peur et attise
des querelles quand il touche des variables que nous croyons
solides et indépendantes, mais sa logique est invariante et
souvent usuelle. Tant le vocabulaire que la grammaire du
relativisme doivent donc attirer notre attention: qu’est-ce
qui est relatif à quoi? Un schéma relativiste fonctionne en
effet à partir d’une variable dépendante (A) et d’une
variable indépendante (B): A est relatif à B. Ce schéma
s’applique à de nombreux cas et peut paraître tout à fait
général mais les enjeux dépendent du choix des variables et
de la force de la relation (nécessité, probabilité,
suffisance). Les débats autour du relativisme seront ainsi
beaucoup plus virulents si la vérité ou le langage sont
choisis comme variables dépendantes plutôt que comme
variables indépendantes.

Le vocabulaire du relativiste varie donc en fonction des
échelles (locale ou globale), des champs d’application
(moral, épistémologique ou culturel) ou des prétentions
(descriptive ou normative, théorique ou empirique, faible ou
forte) qui sont les siennes. Il convient donc de parler avec
autant de prudence possible, et sans soupçons faciles, des
relativismes rendus à leur pluralité. Il s’agira par
conséquent de diversifier autant que possible les lexiques
touchant aux relativismes, afin de proposer, par-delà les
crispations, un spectre nuancé de versions plus ou moins
fortes, qui peuvent éviter tant les pièges de
l’auto-réfutation que ceux d’un contextualisme naïf. Plutôt
que de se prononcer pour ou contre tel ou tel type de
relativisme, l’enjeu serait plutôt d’en étudier les usages
et les conflits qui en découlent. Pour reprendre les mots de
B.Williams: au lieu de «savoir si nous devons penser de
façon relativiste, pour des raisons logiques ou
conceptuelles, ou si cela est impossible, nous devrions
plutôt demander quelle place nous pouvons raisonnablement
trouver pour une pensée de ce genre, et dans quelle mesure
elle répond plus adéquatement à la réflexion.» (L’Ethique et
les Limites de la Philosophie, p.173)

Plusieurs axes ont été retenus :

- Histoire des relativismes:
Études de cas Des histoires restent à faire sur les termes
et les enjeux des débats qui jalonnent l’histoire de la
philosophie et des sciences. Une histoire longue de
l’Occident, aussi impressionniste soit-elle, n’est pas sans
nous rappeler la persistance et la résistance de formes
multiples de relativismes: de la logologie des sophistes à
la réflexion sur le multiculturalisme en passant par
l’émergence de l’universalisme français à l’aune de la
Révolution opposé au particularisme allemand du début du
XIXème siècle, notamment sous l’impulsion de Herder.

- Synthèse et explicitation des débats:
Le propos, on le voit, est de prendre le soin d’inscrire la
figure du relativiste dans le contexte polémique qui le fait
exister, de proposer de grandes distinctions entre les types
de relativisme, bref de baliser ce champ d’oppositions. Des
synthèses (pouvant prendre la forme de revue de presse par
exemple) seront à cet égard des plus appropriées pour
comprendre des affaires plus locales et circonscrites où
l’étiquette relativiste est selon les camps étendard ou
stigmate: l’affaire Sokal, la querelle Pascal Engel/Alain de
Libera autour du statut de l’histoire de la philosophie, la
discussion R. Rorty/C. Geertz autour de
l’anti-anti-ethnocentrisme et de l’anti-anti-relativisme, ou
celle entre Rorty et Putnam sur la possibilité de la
rationalité contre le relativisme.

- Epistémologie et théorie:
Il sied alors de laisser une bonne place aux débats actuels
sur le sujet en philosophie des sciences ou dans les Social
Studies of Science, autour de notions nodales, comme la
vérité la référence, la critique de la dissociation
schème/contenu, l'incommensurabilité, ou encore la
discontinuité. Quelles en sont les fécondités heuristiques?
S’agit-il vraiment de positions relativistes? Au-delà se
pose la question complexe du rapport entre le réalisme et le
relativisme.

- Méthodologie et pratique des sciences:
Pour autant, le seul point de vue théorique n’est pas
suffisant. En écho avec l’axe précédent, une approche plus
méthodologique devrait traiter davantage des problèmes
pratiques que pose le relativisme dans bon nombre de
disciplines, de la logique aux sciences sociales en passant
par la physique. En anthropologie, par exemple, des réponses
contemporaines sont données à l’oscillation entre
ethnocentrisme et relativisme au travers de la revendication
du dialogisme ou le recours à des «anthropologues
indigènes». Les contributions s’efforceront de rester le
plus fidèle possible au déroulement des controverses et aux
solutions méthodologiques apportées, dans une perspective
d’histoire des disciplines.

- Usages du relativisme et conséquences politiques:
Le numéro reste largement ouvert aux contributions des
juristes, politologues et des spécialistes de philosophie
politique, qui pourront éclairer le lecteur sur les
conséquences politiques et morales du relativisme: la
critique communautarienne de Rawls, la reconnaissance des
minorités ou les dérives communautaristes, le
post-colonialisme, la discrimination positive sont autant de
perspectives à envisager. En particulier, la querelle entre
universalisme et relativisme devra être interrogée pour voir
notamment en quoi ces positions peuvent résulter d’un
ethnocentrisme commun.

Le comité de rédaction de Tracés tient à rappeler que
l'appel à contribution n'a en aucun cas valeur d'obligation.
Il a simplement vocation à suggérer aux rédacteurs
potentiels quelques pistes très générales de réflexion.

Rubriques et critères

Depuis le numéro 11 portant sur «L’engagement», nous avons
choisi de distinguer deux rubriques au sein des articles :
une rubrique «synthèse» et une rubrique «enquête». Cette
distinction a pour but de clarifier la démarche de
l’article, étant entendu que la présentation de
l’argumentation et les exigences de recevabilité ne sont pas
les mêmes quand il s’agit d’un article purement théorique ou
quand il s’agit d’un article provenant d’une étude
empirique.

Les propositions pour la rubrique «synthèse»:
Cette rubrique regroupe des articles théoriques articulés
autour d’un problème général, directement relié au thème du
numéro. Les propositions (de 5 pages maximum) doivent donc
absolument comprendre une bibliographie indicative appuyant
la thèse centrale et permettant de justifier un ancrage
théorique clairement annoncé. Devront de plus apparaître
dans la proposition, de façon explicite, la thèse défendue
et son lien direct avec le thème, les étapes de
l’argumentation et un positionnement par rapport au
traitement du même thème dans d’autres disciplines. Ces
articles peuvent aussi bien être des commentaires de l’œuvre
d’un auteur en particulier, que des travaux d’histoire de
«seconde main», par exemple.

Les propositions pour la rubrique «enquête»:
Cette rubrique attend des contributions empiriques. Il est
donc impératif de préciser le terrain qui fonde
l’argumentation. Par exemple, en histoire ou dans un article
de philosophie appuyé sur des sources, il est nécessaire de
présenter le corpus. La méthode employée, à la fois pour
recueillir et interpréter les données, devra aussi être
justifiée. Par exemple, qu’apporte une méthode qualitative
au traitement du problème, par rapport à une méthode
quantitative? Le choix d’une méthode va souvent de pair
avec un ancrage théorique. L’articulation entre ces deux
dimensions devra aussi apparaître.

Ces contraintes ne doivent pas conduire à un simple exposé
monographique. La contribution devra clairement rattacher le
terrain au thème du numéro, en annonçant la thèse générale
que permet d’énoncer le travail empirique.

Il est donc demandé aux contributeurs de bien préciser pour
quelle rubrique l’article est proposé.

Les propositions de contribution sont à envoyer avant le 15
janvier 2007 à l’adresse suivante:
[email protected].

(Les versions définitives des contributions retenues seront
à envoyer avant le 30 mars 2007)


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E-mail: [email protected]
Web: http://traces.ens-lsh.fr


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