[Si vous répondez, merci de réfléchir deux secondes à si cela concerne
les deux listes ou bien une seule.]

Un important RFC puisqu'il met à jour le 3177 en supprimant la
recommandation « Un /48 pour tous les sites ».

RFC 6177 : IPv6 Address Assignment to End Sites

http://www.bortzmeyer.org/6177.html

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Auteur(s) du RFC: Thomas Narten (IBM), Geoff Huston (APNIC), Lea Roberts 
(Stanford University)


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Ce RFC vient remplacer le RFC 3177 et modifier assez sérieusement les 
recommandations en matière d'allocation d'adresses IPv6 aux sites 
situés aux extrêmités du réseau (entreprises, universités, 
particuliers, à l'exclusion des FAI et des opérateurs). Le RFC 3177 
recommandait, en gros, de donner un préfixe de *même longueur*, un /48, 
à tout le monde. Ce nouveau RFC 6177 met un sérieux bémol à cette 
recommandation.

Le RFC 3177 avait été publié en 2001 et mis en œuvre par les RIR dans 
leurs politiques d'allocation d'adresses (celle du RIPE-NCC est en 
http://www.ripe.net/ripe/docs/ipv6policy.html). À partir de 2005, 
plusieurs critiques se sont fait jour (voir par exemple la proposition 
2005-08 (http://www.ripe.net/ripe/policies/proposals/2005-08)), menant 
à une révision de ces politiques et à ce nouveau RFC 6177. Les 
critiques portaient aussi bien sur la technique (un /48 n'est-il pas 
excessif ?) que sur la politique (est-ce vraiment le rôle de l'IAB et 
de l'IETF de recommander des politiques d'allocation ?). Résultat, le 
« /48 pour tous » n'est plus la politique officielle.

La section 1 de notre nouveau RFC rappele les principaux changements 
par rapport au RFC 3177 :
* La possibilité de distribuer des /128 (une seule adresse IPv6) est 
retirée, un site comprend forcément plusieurs machines,
* Les valeurs numériques explicitement indiquées par le RFC 3177, /48, 
/64 et /128, ne sont plus mentionnées, de crainte qu'elles ne 
deviennent « sacrées » et soient, par exemple, codées en dur dans 
certaines mises en œuvre d'IPv6, ce qui n'avait pas été prévu,
* Et, la plus spectaculaire, le retrait de la recommendation d'un /48 
pour tous les sites. Il n'y a désormais plus de recommandation 
officielle de l'IETF, la taille des allocations devant être décidée par 
les RIR. (On notera que c'est un changement de gouvernance : les RIR, 
émanation des opérateurs réseau, sont moins favorables que l'IETF aux 
demandes des utilisateurs.)
Mais alors, que reste-t-il du RFC 3177 ? Le principe comme quoi un site 
ne devrait pas avoir à geindre et à supplier pour avoir suffisamment 
d'adresses. En IPv4, la rareté des adresses justifiait les obstacles 
mis devant les utilisateurs mais, en IPv6, cet argument ne joue plus. 
Les sites devraient donc toujours avoir les adresses dont ils ont 
besoin, et ne jamais être contraints à utiliser des techniques comme le 
NAT pour économiser des adresses, ces économies étant tout à fait 
inutiles avec IPv6.

La question de l'allocation d'un /48 aux sites d'extrêmité est discutée 
dans la section 2. La recommandation du RFC 3177 était fondée sur trois 
motivations :
* Garantir que ces sites auraient suffisamment d'adresses et donc 
décourager fortement les pratiques malthusiennes de certains FAI comme 
par exemple, celle de ne donner qu'une seule adresse IPv4, ce qui est 
compréhensible vue la pénurie mais gêne les sites qui ont plusieurs 
machines, ce qui est pourtant banal aujourd'hui, même chez le 
particulier. La plupart du temps, obtenir autant d'adresses IPv4 qu'on 
a de machines nécessite de passer à un abonnement beaucoup plus cher, 
sans que cela soit justifié par le coût de ces adresses.
* La seconde motivation, et qui était souvent oublié par les 
adversaires du « /48 pour tous », était de faciliter le changement de 
FAI. Si certains FAI fournissent un /56 à un site et d'autres un /60, 
le passage du premier au second nécessitera de refaire les plans 
d'adressage (puisqu'il y a moins de sous-réseaux disponibles) alors 
que, si tout le monde propose un /48, le changement de fournisseur ne 
nécessite qu'un changement de préfixe (ce qui est en général très 
simple avec IPv6). Mëme chose pour l'administration du DNS, les zones 
dans ip6.arpa seront plus simples à gérer si on change juste de 
préfixe, sans avoir à réorganiser ses sous-réseaux. L'idée d'une même 
taille d'allocation pour tous (de la grande université au particulier) 
est donc une mesure de protection du client, de garantie qu'il n'y aura 
pas d'obstacle artificiel à un changement de fournisseur.
* La troisième motivation de la recommandation du RFC 3177 était de 
faciliter la croissance des réseaux. Ceux-ci peuvent souvent dépasser 
les prévisions (une école connecte le bureau du directeur, puis une 
salle de classe, puis finalement on connecte tout) et les plans 
d'adressage prudents d'IPv4, conçus pour ne demander que le nombre 
d'adresses strictement nécessaire, ont souvent gêné la croissance d'un 
réseau.

Mais, alors, quels sont les problèmes perçus avec cette recommandation 
du « /48 pour tous » ? D'abord, certains trouvent qu'elle mène au 
gaspillage. (Je pense personnellement que c'est un argument subjectif, 
sans base scientifique : il existe 280 billions de /48 disponibles, ce 
qui fait qu'on n'épuisera pas IPv6 en en donnant un à chacun.) Les 
partisans de cet argument disent souvent qu'on pourrait ne donner qu'un 
/64 aux particuliers (ce que fait aujourd'hui un FAI comme Free), 
oubliant qu'une maison bien dotée en appareils numériques peut avoir 
besoin de plusieurs réseaux, pas seulement d'adresses, et que, avec 
l'auto-configuration des adresses IPv6, il faut un /64 par réseau. 
Notre RFC 6177 demande donc qu'un donne à tous davantage qu'un /64 (un 
/56 est cité comme possibilité).

Notons que notre RFC 6177 ne traite pas explicitement le cas des 
hébergeurs de serveurs dédiés comme Gandi ou OVH, qui ne permettent 
apparemment qu'une seule adresse IPv6 par serveur, rendant ainsi 
difficile d'y faire tourner plusieurs serveurs.

Le RFC 3177 contenait d'autres points (section 3). Par exemple, il 
rappelait explicitement que la règle d'un /48 pour tous limitait le 
pouvoir des intermédiaires : sans avoir à demander, sans remplir de 
paperasserie, l'utilisateur avait droit à une quantité d'adresses 
suffisante. C'est hélas quelque chose qui sera différent désormais, 
l'utilisateur devra à nouveau affronter un bureau insensible pour avoir 
la quantité d'adresses nécessaire.

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