Le mensonge des attentats Ă  lÂ’explosif liquide 
par James Petras*   
  L’invraisemblable « complot terroriste » prétendument déjoué à Londres cet 
été n’en finit pas de provoquer la consternation des analystes politiques. 
Alors que les médias continuent de répéter les allégations farfelues de la 
police britannique, de nombreuses personnalités démontrent au contraire leur 
absence de fondement de manière détaillée. Après les analyses de l’ancien 
ambassadeur britannique Craig Murray, du journaliste allemand Jürgen Elsässer 
et du romancier Ă©tats-unien Thomas C. Greene, nous publions celle de 
l’universitaire James Petras. L’intellectuel états-unien y démonte point par 
point la machine de propagande et met en relief ses implications Ă©conomiques.
   
   
      
   
  Les accusations formulées par les régimes britannique, états-unien et 
pakistanais, qui auraient découvert les préparatifs d’un vaste attentat ourdi 
contre neuf compagnies aériennes des États-Unis, se « fondent » sur des « 
preuves » extrêmement contestables, qui seraient rejetées par tout tribunal 
digne de ce nom.
   
  Le passage au crible analytique de l’enquête, à son stade actuel, soulève un 
certain nombre de questions au sujet des allégations formulées par ces 
gouvernements, concernant la préparation d’un attentat ourdi conjointement par 
vingt-quatre citoyens britanniques dÂ’origine pakistanaise.
   
  Les arrestations de ces vingt-quatre suspects ont été suivies par des 
recherches de preuves matérielles, comme le relate le Financial Times dans son 
édition du 12 août 2006 : « La police s’est attelée à une tâche herculéenne, 
consistant à collecter des pièces à conviction du complot terroriste allégué 
révélé hier » [1]. Autrement dit : les arrestations ainsi que les inculpations 
ont été effectuées en l’absence absolue des preuves pourtant nécessaires : on a 
là, déjà, en l’occurrence, une méthode opératoire tout à fait particulière, 
étant donné que les procédures normales d’investigation commanderaient que l’on 
n’arrête d’éventuels suspects qu’après avoir mené à bien « la tâche herculéenne 
consistant à collecter des pièces à conviction ». On a procédé à des 
arrestations avant même de disposer des pièces à conviction nécessaires : dès 
lors, sur quoi ces arrestations pourraient-elles bien être fondées en droit ?
   
  Les recherches d’enregistrements et de transferts bancaires effectuées par le 
gouvernement n’ont pas permis de trouver une quelconque filière financière, en 
dépit du gel des comptes courants des personnes arrêtées. L’enquête policière a 
d’ailleurs révélé la modestie des épargnes concernées, ce qui n’a rien 
d’étonnant, s’agissant de jeunes, ouvriers, étudiants ou employés, appartenant 
à des familles immigrées aux revenus très modestes.
   
  Le gouvernement britannique, épaulé par Washington, affirmait que 
lÂ’arrestation, par le gouvernement pakistanais, de deux Anglo-pakistanais avait 
fourni des « preuves irréfutables » qui auraient permis de découvrir le complot 
et dÂ’identifier les terroristes en puissance. Aucune instance judiciaire 
occidentale nÂ’accepterait le genre de preuve fourni par les services de 
renseignement pakistanais, lesquels sont tristement connus pour leur recours Ă  
la torture afin d’extorquer des « aveux ». Les « preuves » fournies par la 
dictature pakistanaise sont fondées sur une rencontre supposée entre un parent 
de l’un des « suspects » et un agent d’Al Qaïda à la frontière afghane. D’après 
la police pakistanaise, cet agent d’Al Qaïda aurait remis à ce parent – et « 
donc », à l’accusé… – l’information nécessaire à la fabrication de la bombe 
ainsi que des instructions. La transmission dÂ’informations sur la confection 
d’engins explosifs ne nécessite nullement de faire la moitié du tour du
 monde, et certainement encore moins pour se rendre au voisinage dÂ’une 
frontière assiégée militairement par des forces armées sous commandement 
américain, d’un côté, et par l’armée pakistanaise, de l’autre. De plus, il est 
extrĂŞmement douteux que des agents dÂ’Al QaĂŻda, dans les montagnes afghanes, 
aient la moindre idée quelque peu détaillée des procédures de sécurité 
spécifiques aux lignes aériennes britanniques, ni à leurs conditions de 
fonctionnement à Londres. À défaut de preuves tangibles, les services secrets 
pakistanais et leur homologue britannique ont appuyé sur absolument tous les 
boutons de la machine Ă  propagande : rencontre clandestine avec Al QaĂŻda a, 
échanges d’informations sur la fabrication de bombes à la frontière 
pakistano-afghane, Britanniques dÂ’origine pakistanaise ayant des amis 
islamistes, liens terroristes et familiaux en Grande-BretagneÂ…
   
  Les services américains ont allégué – et Londres a répété – que des sommes 
d’argent auraient été transférées électroniquement depuis le Pakistan pour 
permettre aux comploteurs dÂ’acheter des billets dÂ’avion. On ne trouva, en tout 
et pour tout, des billets dÂ’avion que dans un seul des appartements 
perquisitionnés (la compagnie émettrice et la destination n’ont pas été 
révélées par la police). Aucun des autres suspects ne possédait de billet 
dÂ’avion, et certains dÂ’entre eux nÂ’avaient mĂŞme pas de passeport ! Autrement 
dit, les initiatives préliminaires du soi-disant complot terroriste n’avaient 
jamais été prises par les suspects. Il ne saurait y avoir de complot terroriste 
visant à faire sauter des avions de ligne dès lors que les conspirateurs 
supposés n’ont ni suffisamment d’argent pour voyager, ni de papiers d’identité, 
ni de billet d’avion. De plus, avancer que les conspirateurs allégués étaient 
dépendants d’instructions provenant de manipulateurs lointains ignorant tout
 des conditions de base régnant sur le terrain des opérations n’est, tout 
simplement, pas crédible.
  L’histoire des « bombes liquides »  Dès le début, les autorités britanniques 
et états-uniennes affirmèrent que l’engin explosif était « une bombe liquide », 
bien qu’aucune bombe – pas plus solide que liquide, d’ailleurs – n’ait été 
retrouvée dans les lieux inspectés ni sur la personne d’aucun des suspects. Pas 
plus que n’a été prouvée la capacité de l’un quelconque des suspects à 
fabriquer, déplacer ou faire exploser la soi-disant « bombe liquide » - 
laquelle, si elle avait existé aurait été composée d’un mélange extrêmement 
instable et impossible Ă  manipuler pour des personnes non-expertes [2]. Aucune 
preuve n’a été présentée quant à la nature de la bombe liquide en question, ni 
quant Ă  un quelconque Ă©change, soit oral, soit Ă©crit, concernant ladite bombe 
liquide, qui mettrait en cause lÂ’un quelconque des suspects. Aucune bouteille, 
aucun liquide ni aucune formule chimique n’ont été retrouvés chez aucun des 
suspects. De même, aucun des ingrédients indispensables à la
 confection d’une « bombe liquide » n’a été découvert. Il n’y a pas non plus le 
début d’une quelconque preuve de la provenance supposée du liquide explosif (la 
source), ni quant à la question de savoir si ce liquide a été acheté 
localement, ou ailleurs quÂ’en Grande-Bretagne.
   
  Même après que l’histoire de la bombe liquide ait sombré dans le ridicule et 
dans un quasi oubli, le vice-assistant procureur général britannique Peter 
Clark a affirmé que « l’équipement nécessaire à la fabrication d’une bombe, 
dont des produits chimiques et des composants électroniques,ont été retrouvés » 
[3].
   
  Là encore, aucune indication sur les lieux où auraient été trouvés les 
soi-disant « composants électroniques » et « produits chimiques ». On ne sait 
pas dans les domiciles ou dans les bureaux desquels des suspects ils ont été 
soi-disant retrouvés, ni même s’ils pouvaient avoir une raison plausible de se 
trouver lĂ  oĂą ils Ă©taient, et qui nÂ’ait rien Ă  voir avec la confection de 
bombes. Ces soi-disant éléments indispensables à la fabrication de bombes 
étaient-ils détenus par une seule personne ou par un groupe de personnes ? Là 
encore, on n’en sait rien. Dans le deuxième cas, s’agissait-il de gens connus 
pour leur appartenance Ă  un complot en vue dÂ’un attentat Ă  la bombe ? De plus, 
il est intéressant de se pencher sur la date à laquelle les autorités ont 
laissé tomber la piste des bombes liquides pour ne plus parler que de 
l’identification de détonateurs électroniques obsolètes. Et pour quelle raison 
! Existe-t-il la moindre preuve – documents ou conversations enregistrées –
 associant ces détonateurs électroniques et ces produits chimiques au complot 
bien déterminé faisant l’objet de l’enquête, lequel est censé avoir eu pour 
objectif de « faire sauter neuf avions de ligne des États-Unis » ?
   
  Loin de fournir des faits pertinents Ă©lucidant les questions fondamentales 
sur les noms, les dates, les armes et les dates de voyage, le commissaire Clark 
fournit Ă  la presse une sorte de liste des commissions comportant des objets 
que l’on pourrait trouver dans des millions de domiciles. Il révèle par 
ailleurs le nombre très important d’immeubles perquisitionnés jusqu’à ce jour 
(soixante-neuf). Si le porte-Ă -porte en montant les escaliers permet dÂ’obtenir 
une promotion, alors Clark devrait décrocher le pompon et être élevé au rang de 
chevalier. D’après lui, la police aurait découvert plus de 400 ordinateurs, 200 
téléphones mobiles, 8 000 accessoires liés aux médias électroniques (des 
accessoires aussi inquiétants que des cartes mémoires additionnelles Blue 
Tooth, des CD et des DVD), la police a extrait 6 000 gigabytes de données des 
computers saisis (soit 150 gigabytes par ordinateurÂ…), ainsi que quelques 
enregistrements vidéo. On présume, en l’absence de la moindre
 donnée qualitative démontrant que les suspects préparaient réellement des 
bombes en vue de détruire des avions de ligne états-uniens, que le commissaire 
Clark est en train de solliciter les applaudissements du public pour la 
performance de ses collaborateurs, aptes à chouraver et à déménager de 
lÂ’Ă©quipement Ă©lectronique dÂ’un site Ă  un autre, et ce dans soixante-neuf 
immeubles différents ! Ce serait en effet là un exploit digne d’être mentionné, 
si nous avions affaire à une entreprise de déménagements… et non à l’enquête 
d’une police dotée de pouvoirs étendus au sujet d’un événement aux supposées « 
conséquences catastrophiques incalculables ».
   
  Certains des suspects ont été arrêtés parce qu’ils s’étaient rendus au 
Pakistan au début des vacances scolaires. Les autorités tant britanniques 
qu’états-uniennes ont simplement oublié de rappeler que des dizaines de 
milliers de Pakistanais expatriés rentrent dans leur pays pour rendre visite à 
leur famille, en particulier à cette période de l’année !
   
  Les experts boursiers nÂ’ont jamais pris le complot Ă  la bombe liquide au 
sérieux, pas plus à Wall Street qu’à la City de Londres. Le marché n’a pas 
bronché un seul instant : il n’a pas piqué du nez ; il ne s’est pas effondré ; 
il n’y a eu nulle panique… Le complot annoncé visant à faire sauter des avions 
de ligne a été ignoré par tous les grands acteurs sur les marchés financiers 
américains et londoniens. De fait, les prix du pétrole ont même légèrement 
baissé ! Contrairement aux attentats du 11 septembre 2001 et à ceux de Madrid 
et de Londres (auxquels le complot en question est très souvent comparé), les « 
décideurs » des marchés boursiers n’ont pas été impressionnés par les 
allégations de « catastrophe majeure » formulées par les gouvernements. Ni 
George Bush ni Tony Blair – pourtant tenus informés et briefés au sujet du « 
complot aux bombes liquides » depuis plusieurs jours – n’ont jugé bon 
d’écourter ne fût-ce que d’une seule journée leurs vacances, afin de s’occuper
 sérieusement de la catastrophe annoncée… [4]
  Les « messages de martyrs »  De plus, chacune des affirmations péremptoires 
et des éléments de « preuve » mis en avant par la police et les responsables 
sécuritaires de Blair et de Bush lève un lièvre : certains des suspects 
allégués sont relâchés, et de nouvelles « preuves » tout aussi bidon sont 
présentées, au compte-goutte, afin d’entretenir un suspense à vous couper le 
souffle : deux enregistrements de « messages de martyrs » ont été retrouvés 
dans l’ordinateur d’un des suspects, ce qui, nous a-t-on dit, laissait présager 
d’une attaque terroriste déjà planifiée. L’équipe de Clark affirma avec un 
énorme aplomb avoir trouvé un – et même plusieurs, tant qu’à faire – de ces 
enregistrements, en oubliant de préciser que ces vidéos n’avaient pas été 
effectuées par les suspects, mais seulement visionnées par eux.
   
  Beaucoup de gens, dans le monde entier, rendent hommage Ă  des martyrs sÂ’Ă©tant 
sacrifiés à tout un tas de causes politiques. Le Premier ministre japonais, 
Koizumi, se rend chaque année en visite dans un mausolée dédié aux morts de la 
Seconde Guerre mondiale – dont des pilotes-suicides, les kamikazes –, défiant 
les protestations des Coréens et des Japonais. Des millions de citoyens et 
d’hommes politiques américains rendent hommage aux héros de la guerre au 
cimetière national d’Arlington, chaque année, certain de ces soldats s’étant 
sacrifiés afin de défendre leurs camarades, leur drapeau et la justice de leur 
cause. Que des Asiatiques, musulmans ou non-musulmans, décident de 
collectionner des vidéos concernant les martyrs tombés en combattant contre 
l’occupation ou contre Israël ne devrait surprendre personne. Dans aucun des 
cas cités, dans lesquels des gens honorent leurs martyrs, on n’assiste à des 
tentatives de la police visant Ă  Ă©tablir un lien entre les participants
 recueillis et de futurs complots Ă  base dÂ’attentats suicides. Dans aucun cas, 
sauf bien sûr dans le dernier cité, celui où il s’agit de musulmans ! La 
célébration de héros tombés au combat est un phénomène qui relève de la 
normalité de tous les jours – il ne s’agit certainement pas d’une preuve que 
ceux qui y participent, fussent-ils quelque peu exaltés, soient engagés en quoi 
que ce soit dans une quelconque activité criminelle…
   
  Un « message de martyr », ce n’est ni un complot, ni une conspiration ni une 
action, c’est simplement une _expression de la liberté d’_expression – on 
pourrait même ajouter, « à usage interne » (entre le locuteur et son 
ordinateur), qui peut, ou non, devenir dans le futur un discours public. 
Devons-nous faire du soliloque privé une menée terroriste ?
   
  La durée légale de détention des suspects, en l’absence de qualification des 
charges retenues à leur encontre, étant arrivée à expiration, les autorités 
britanniques ont relâché deux suspects et mis en examen onze autres, tandis que 
onze autres continuent Ă  ĂŞtre retenus sans inculpation, sans doute parce quÂ’il 
n’existe aucune base permettant de mener plus avant la procédure. Tandis que le 
nombre des conspirateurs s’effiloche, en Angleterre, Clark et Cie ont détourné 
lÂ’attention vers un complot dÂ’ampleur mondiale, avec des ramifications en 
Espagne, en Italie, au Moyen-Orient et ailleursÂ…
   
  Apparemment, la « logique », en cela, c’est qu’une plus grande étendue du 
réseau serait censée en compenser les énormes trous…
   
  Dans le cas d’espèce, sur les onze qui ont été renvoyés devant un tribunal, 
seuls huit ont été accusés de conspiration en vue de la perpétration d’un 
attentat terroriste ; les trois autres sont accusés de ne pas avoir « révélé 
les informations qu’ils détenaient » (disons plutôt d’avoir été des mouchards, 
qui n’auraient pas révélé… quoi, au juste ?) et d’« avoir en leur possession 
des objets pouvant servir à des personnes préparant un attentat terroriste. » 
[5]. Dès lors qu’aucune bombe n’a été retrouvée et qu’aucun plan d’action n’a 
été révélé, nous devons nous contenter d’une vague accusation de « conspiration 
», ce qui peut signifier y compris une discussion privée hostile, visant des 
citoyens Ă©tats-uniens ou britanniques, entre plusieurs individus susceptibles 
d’être dotés d’une capacité de réflexion !
   
  La raison pour laquelle il semble qu’on ait affaire à des idées, et non à des 
actions, tient au fait que la police n’a été en mesure de ne trouver ni une 
quelconque arme, ni une quelconque procédure opératoire permettant de pénétrer 
de force dans le lieu supposé de l’attaque (tels que des billets permettant 
d’accéder à des avions, des passeports, etc.). Comment peut-on accuser des 
suspects de ne pas avoir révélé des informations, dès lors que la police 
elle-mĂŞme ne dispose dÂ’aucune information quant Ă  un complot, totalement 
nébuleux, visant à faire sauter des bombes ? Le fait que la police continue, 
aujourd’hui, à édulcorer ses soupçons à l’encontre de trois comploteurs 
supplémentaires donne une indication de la base très chancelante des 
arrestations auxquelles elle a procédé et de ses déclarations publiques. 
Accuser un jeune de dix-sept ans de « détenir des objets indispensables à la 
préparation d’un attentat terroriste », c’est tellement abusif que cela en 
devient
 risible. Cet objet nÂ’avait-il pas dÂ’autres utilisations possibles, tant pour 
le jeune lui-même que pour sa famille (comme un ouvre-boîte, par exemple) ? « 
Détenait »-il des documents écrits susceptibles de lui livrer une information 
suspecte, ou simplement parce quÂ’ils pouvaient ĂŞtre fascinants pour quelquÂ’un 
de son âge ? Dès lors qu’il possédait ces documents, c’est qu’il ne les avait 
transmis Ă  nulle autre personne susceptible de confectionner des bombes. 
Avait-il connaissance de projets spécifiques visant à fabriquer des bombes, 
connaissait-il un artificier quelconque ? Les charges retenues pourraient 
impliquer quiconque détient, et lit, un bon roman d’espionnage ou de 
science-fiction, dans lequel est évoquée la fabrication d’explosifs. Les onze 
ont décidé de plaider non-coupable ; le procès aura lieu. Le gouvernement et 
les médias ont d’ores et déjà condamné les accusés, dans les médias tant 
électroniques que sur papier. La panique a été semée. La peur et la colère
 hystérique sont bien présentes dans les interminables queues de passagers, 
dans les aéroports et les gares… On expulse de certains avions de paisibles 
Asiatiques en train de prier ; on détourne parfois des vols et on évacue même 
des aéroports…
  Les conséquences économiques de l’opération de propagande  Le bobard du 
complot aux bombes liquides a d’ores et déjà provoqué des pertes énormes (qui 
se comptent en centaines de millions de dollars) aux compagnies aériennes, aux 
hommes d’affaires, aux compagnies pétrolières, aux commerces hors taxes (duty 
free), aux agences de voyage, aux lieux de villégiatures et à l’hôtellerie, 
sans parler des inconvénients et des problèmes de santé subis par des millions 
de passagers coincés dans les aéroports et en proie à une angoisse bien 
compréhensible. Les restrictions imposées aux voyageurs munis d’ordinateurs 
portables, de sacs de voyage, de certains nécessaires de toilette, de certains 
aliments et médicaments liquides viennent se surajouter aux « coûts » inhérents 
aux voyages eux-mĂŞmes.
   
  Il est donc évident que la décision de mijoter ce complot aux bombes bidon 
n’a pas été motivée par l’intérêt économique, mais par des raisons de pure 
politique intérieure. Le gouvernement Blair, déjà extrêmement impopulaire à 
cause de son soutien aux guerres de Bush en Irak et en Afghanistan, Ă©tait 
soumis Ă  des tirs Ă  boulets rouges en raison de son soutien inconditionnel Ă  
l’agression israélienne contre le Liban, et de son refus obstiné à en appeler à 
un cessez-le-feu immédiat, ainsi que de son soutien indéfectible à la servilité 
de Bush vis-Ă -vis des lobbies sionistes Ă©tats-uniens. Au sein mĂŞme du parti 
travailliste, près d’une centaine de députés s’exprimaient ouvertement contre 
sa politique, tandis qu’y compris certaines ministres nommés récemment, comme 
Prescott, déclaraient que la politique étrangère du Big Boss Bush sentait la 
basse-cour. Bush n’était pas encore rejeté par ses collègues au même point que 
Blair, mais son impopularité menaçait d’entraîner la défaite
 de son parti républicain au Congrès.
   
  D’après de très hauts responsables de la sécurité en Angleterre, Bush et 
Blair étaient « au courant » de l’enquête sur un possible complot « à la bombe 
liquide ». Nous savons que Blair a donné le feu vert aux arrestations, alors 
même que les autorités lui avaient dit qu’elles manquaient de preuves et que 
ces arrestations étaient prématurées. Certains rapports émanant de l’intérieur 
de la police britannique affirment que c’est l’administration Bush qui a poussé 
Blair à faire procéder à des arrestations précoces et à annoncer la découverte 
du complot « aux explosifs liquides ». Après quoi, des responsables de la 
sécurité ont lancé une campagne massive et tous azimuts de « propagande au 
terrorisme », afin de capturer l’attention et le soutien du public, avec la 
collaboration totale des médias. Un temps, la campagne médiatico-sécuritaire a 
rempli sa mission : la popularité de Bush est quelque peu remontée, Blair a 
échappé à une motion de censure, et tous les deux ont pu
 poursuivre, tranquilles comme Baptiste, leurs vacances pépères…
  Le complot politique à l’attentat correspond à un pattern déjà éprouvé 
consistant à sacrifier certains intérêts économiques capitalistes afin de 
servir des objectifs de politique intérieure et certaines prises de position 
idéologiques. Les échecs en politique étrangère conduisent à des crimes 
politiques intérieurs, exactement de la même manière que des crises en matière 
de politique intérieure finissent parfois par se traduire en expansion 
militaire agressive.
   
  Les rafles criminelles organisées par les responsables britanniques de la 
sécurité et dont ont été victimes de jeunes citoyens britanniques musulmans 
originaires de l’Asie du Sud avaient été spécifiquement conçues afin d’occulter 
l’échec de l’invasion anglo-américaine de l’Irak ainsi que le soutien 
anglo-américain à l’invasion destructrice – même si elle a été « couronnée 
d’échec » – du Liban par Israël. Le complot blairien des « kamikazes aux 
explosifs liquides » a sacrifié de multiples intérêts capitalistes à seule fin 
de conserver des fauteuils politiques menacés et d’éviter une sortie du pouvoir 
prématurée, qui aurait singulièrement manqué de décorum. Ce sont les citoyens 
et les entreprises britanniques qui paieront la note de ce pitoyable 
militarisme.
   
  De manière similaire, Bush, ses sio-néocons et autres militaristes ont 
exploité les événements du 11 septembre 2001 afin de déployer une stratégie 
militariste prenant la forme de différents conflits en Asie du Sud-Ouest et au 
Moyen-Orient. Avec le temps et les recherches scientifiques effectuées, la 
version officielle des événements du 11 septembre est désormais sérieusement 
mise en cause – tant en ce qui concerne l’effondrement d’un des gratte-ciel de 
New York que l’origine des explosions dans le bâtiment du Pentagone, à 
Washington. Les événements du 11 septembre [6] ainsi que les guerres en 
Afghanistan et en Irak ont entraîné le sacrifice d’intérêts économiques 
Ă©tats-uniens dÂ’une importance majeure : pertes en vies humaines et Ă©conomiques 
à New York, pertes enregistrées par le tourisme, les compagnies aériennes, 
destruction physiques massives ; pertes en termes d’augmentation très 
importante des prix du pétrole et en termes d’instabilité, augmentant les coûts 
supportés
 par les consommateurs et les industries, principalement aux États-Unis, en 
Europe et en AsieÂ…
   
  De la même manière, l’invasion israélienne de la bande de Gaza et du Liban, 
soutenue par les États-Unis et la Grande-Bretagne, a été extrêmement coûteuse 
sur le plan économique, en raison des biens détruits, des marchés et des 
investissements suspendus ou ajournés, tout en suscitant une montée de 
l’opposition des masses aux menées impérialistes.
   
  Autrement dit : les politiques militaristes, en tous points similaires, des 
États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Israël sont mises en œuvre au détriment 
de secteurs stratégiques entiers de l’économie civile. Les pertes enregistrées 
par des secteurs économiques clés requièrent de militaristes qui sont 
essentiellement des civils qu’ils recourent à des crimes politiques intérieurs 
inventés de toutes pièces (faux complots visant soi-disant à préparer des 
attentats, et procès de gens raflés au hasard) afin de détourner l’attention du 
public de leurs politiques coûteuses et désastreuses et de renforcer leur 
contrĂ´le politique sur la population. Dans ces deux champs dÂ’action, les 
militaristes civils et les sio-néocons sont en train de perdre du terrain : le 
complot des « explosifs liquides » est en train de tourner au vaudeville ; 
Israël doit se livrer à l’introspection ; les sio-néocons ne prêchent plus qu’à 
leurs convertis convaincus. Quant aux États-Unis, ils demeurent ce
 qu’ils ont toujours été, depuis leur fondation : un pays où des militaristes 
civils démocrates passent leur temps à capitaliser sur les échecs de leurs 
collègues militaristes civils républicains aux manettes…
   
  

            James Petras
James Petras est professeur émérite de sociologie à l’université Binghamton de 
New York. Intellectuel emblématique de la gauche américaine, il est l’auteur de 
nombreux ouvrages. James Petras est membre de la conférence « anti-impérialiste 
» Axis for Peace organisée par le Réseau Voltaire.



Traduction Marcel Charbonnier
Membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique 
([EMAIL PROTECTED]).

   
  http://www.voltairenet.org/article143229.html



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