L’UE au Kosovo <http://michelcollon.info/L-UE-au-Kosovo-Faites-ce-que-je.html>  
: Faites ce que je dis…
Georges Berghezan <http://michelcollon.info/_Georges-Berghezan_.html> 


| 

17 décembre 2014

Article en PDF :  
<http://michelcollon.info/spip.php?page=article_pdf&id_article=4864> 


…mais ne faites pas ce que je fais : telle pourrait être la leçon à tirer des 
frasques de la mission « Etat de droit » EULEX au Kosovo, chargée d’enseigner 
aux indépendantistes kosovars les bonnes manières dans le domaine de la lutte 
contre la corruption, la criminalité et l’impunité, notamment en supervisant 
étroitement leur police et leur appareil judiciaire.


L’affaire a commencé fin octobre quand le quotidien albanophone de Pristina, 
Koha Ditore, a publié des dossiers en provenance d’EULEX, indiquant des 
rapports étroits entre des responsables de la mission de l’Union européenne et 
les milieux mafieux et politiques kosovars, ainsi que des lettres de la 
procureure britannique, qui venait d’être suspendue de ses fonctions, accusant 
un juge d’EULEX d’avoir reçu un pot-de-vin pour classer un dossier criminel, la 
procureure en chef d’EULEX de l’avoir couvert et un autre procureur d’avoir 
bloqué une enquête interne à ce sujet. Ainsi, le juge italien, Francesco 
Florit, aurait reçu 300 000 euros pour faire acquitter trois tueurs locaux, par 
ailleurs policiers d’une unité spéciale. N’ayant réussi à n’en libérer qu’un 
seul, les familles des deux autres malfrats se sont senties grugées par le 
juge, maintenant replié en Italie, et ont elles aussi raconté leurs déboires 
aux médias de Pristina.

Tout en démentant avoir transmis ces documents à Koha Ditore – prétexte avancé 
pour sa suspension –, la procureure britannique, Maria Bamieh, en a confirmé 
l’authenticité. En plus, elle a affirmé avoir été victime de harcèlement 
continu depuis qu’elle enquêtait sur les pratiques de certains membres d’EULEX 
et que ses enquêtes avaient été ignorées par la hiérarchie de l’UE, y compris 
le Service d’action extérieur (SAE) dont dépend EULEX, alors dirigé par 
Catherine Ashton. Elle a également déclaré avoir été freinée dans d’autres 
enquêtes, notamment sur des privatisations frauduleuses d’entreprises, dès que 
les noms de personnalités kosovares devenaient trop voyants.

La presse serbe, qui considère avec méfiance cette mission chargée 
d’accompagner le Kosovo vers l’indépendance, soupçonne que d’autres affaires de 
corruption pourraient expliquer le maintien sous les verrous du leader 
politique du Nord-Kosovo, Oliver Ivanovic, accusé de crimes de guerre en dépit 
de preuves l’en disculpant, preuves qui auraient été falsifiées par EULEX. De 
même, les acquittements dont bénéficient quasi-systématiquement les anciens 
leaders de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), contrôlant aujourd’hui 
l’essentiel des institutions du Kosovo, lors de plusieurs procès pour crimes de 
guerre, crimes de droit commun ou affaires de corruption, pourraient ne pas 
s’expliquer uniquement par l’élimination ou l’intimidation des témoins, mais 
aussi par des versements aux procureurs et juges d’EULEX, qui détiennent la 
haute main sur ces procès. Le quotidien de Belgrade, Politika, considère que 
ces derniers, au lieu d’apporter les normes légales de leurs pays au Kosovo, « 
se sont adaptés aux coutumes locales ».

Côté EULEX, si on dément avoir menacé de trainer Bamieh et Koha Ditore devant 
les tribunaux s’ils rendaient publiques ces affaires, comme ceux-ci l’affirment 
(1), on se limite à déclarer qu’une enquête interne « est en cours » depuis 
2013 à propos des accusations de la procureure, une enquête qualifiée de « 
mensonge » et de « farce complète » par cette dernière. Quant au juge Florit, 
il clame son innocence et affirme avoir été blanchi par cette enquête – qui 
serait donc achevée.


Enquêtes en cascade


Telle semble être la stratégie suivie par l’UE pour étouffer l’affaire : 
enquêter… Au début novembre, pressée par des députés européens, la toute 
nouvelle « Haute représentante » du SAE, Federica Mogherini, a annoncé 
l’ouverture d’une enquête « indépendante » sur les accusations de Bamieh. Deux 
semaines plus tard, le médiateur de l’UE, Emily O’Reilly, ouvrait sa propre 
enquête. Entre-temps, les justices kosovare et italienne auraient décidé 
d’entamer leurs propres investigations. Rien de mieux pour créer la confusion 
et noyer le poisson dans les eaux nauséabondes de l’establishment 
euro-politico-mafieux du Kosovo. De l’avis de plusieurs observateurs, le 
Tribunal sur les crimes de l’UCK, décidé par le Conseil de sécurité de l’ONU en 
juillet dernier, pourrait faire les frais de la profonde crise qui secoue 
EULEX. En effet, celle-ci a été chargée de mettre en place, hors du Kosovo, ce 
tribunal, créé sur recommandation d’une autre enquête, portant sur les 
allégations du rapport du sénateur suisse Dick Marty au Conseil de l’Europe 
(2010) (2), concernant des trafics d’organes de prisonniers, notamment serbes, 
pendant ou peu après la « guerre du Kosovo ». Selon Marty, les organisateurs de 
ce trafic seraient certains des principaux dirigeants politiques actuels de 
l’entité, dont le Premier ministre sortant, Hashim Thaci.

Avec une crédibilité morale et politique aussi entamée, on peut douter qu’EULEX 
ose affronter les encore nombreux sympathisants et vétérans de l’UCK qui ne 
manqueraient de se mobiliser si leur chef était mis en accusation. À nouveau, 
l’impunité devrait être assurée pour les ex-dirigeants de l’UCK, en échange de 
la prolongation du statut de protectorat attribué à ce petit territoire 
pseudo-indépendant, gangrené par le crime, la corruption et le nettoyage 
ethnique. Au grand dam des victimes, majoritairement serbes et non-albanaises, 
envoyées aux oubliettes de l’histoire au nom d’une illusoire stabilité des 
Balkans.

Notes :

(1) Bamieh affirme avoir même reçu des menaces – voilées – de mort de la part 
d’EULEX. (2) Le rapport est disponible sur le site du Conseil de l’Europe : 
http://assembly.coe.int/ASP/APFeatu... 
<http://assembly.coe.int/ASP/APFeaturesManager/defaultArtSiteVoir.asp?ID=964> .

Ce texte sera publié dans Le Drapeau Rouge, journal du Parti communiste, dans 
son numéro 48, à paraître au début janvier 2015.

 

 

 <http://michelcollon.info/L-UE-au-Kosovo-Faites-ce-que-je.html?lang=fr> 
http://michelcollon.info/L-UE-au-Kosovo-Faites-ce-que-je.html?lang=fr

 

 

Sent from my iPad

-- 
Ову поруку сте добили зато што сте пријављени на Google групу „SERBIAN NEWS 
NETWORK“.
Да бисте отказали пријаву у ову групу и престали да примате имејлове од ње, 
пошаљите имејл на [email protected].
Да бисте постављали у овој групи, пошаљите е-поруку на [email protected].
Посетите ову групу на http://groups.google.com/group/senet.
За више опција посетите https://groups.google.com/d/optout.

Reply via email to