Bravo. Cette lettre est excellente. Nous crions r�guli�rement la m�me chose en France (mais avec beaucoup moins de brio). Nous nous devons de le crier encore et encore sous peine d'�tre coupables d'avoir accepter l'innaceptable. Les exactions nazis ne seraient pas produites si les gens avaient hurler � temps et renverser le cours des choses. La machine technocratico-financi�re nous rabotte chaque jour davantage. Nous ne devons pas nous retrancher derri�re le fait que nous sommes avant tout m�decin et que la politique (au sens de la vie de la cit�) ne nous regarde pas. Est coupable celui qui accepte un poste � responsabilit�s et qui ne hurle pas devant le couperet. Pierre Taboulet
Alain Vadeboncoeur MD a *crit : > Lettre qui fut publiee dans le journal La Tribune le 25-02-02 > > - Situation d'Urgence - > > La qualit� des soins prodigu�s au CHUS a depuis longtemps un rayonnement > suprar�gional. Des gens de partout dans la province et m�me au-del� y > viennent pour y recevoir des services de sant� de premi�re qualit�. Cette > institution occupe une place pr�pond�rante dans le cour des Estriens. > Ceux-ci sont d'ailleurs conscients qu'ils disposent d'un �ventail de > services sp�cialis�s et sursp�cialis�s sans �quivalent en comparaison avec > le bassin de population environnant. En tant que personnel soignant � la > salle d'urgence du CHUS, nous pouvons palper quotidiennement cette > reconnaissance. > > Cependant, depuis les derni�res ann�es, des changements majeurs ont eu lieu > dans l'organisation de notre r�seau de sant�. Les coupures budg�taires > draconiennes ont occasionn� une attrition des ressources humaines et > mat�rielles sans pr�c�dent. Un nombre important d'infirmi�res a �t� incit� � > se retirer, des lits ont �t� amput�s par centaines. Habitu�s de fr�quenter > quatre salles d'urgence, les gens de Sherbrooke doivent maintenant faire > appel � la moiti� d'entre elles. Parall�lement, la population requiert des > soins dont la quantit� et les co�ts croissent sans arr�t. Bien que > plusieurs cliniques ont su prendre une certaine rel�ve en accueillant les > cas dits plus mineurs, plusieurs personnes sont contraintes par leur �tat de > sant� de se pr�senter directement � l'urgence. Ainsi, plus de 90 000 > visites - dont 12 000 en ambulance - sont enregistr�es annuellement dans les > deux salles d'urgence du CHUS. Pr�s de la moiti� de ces gens devront �tre > alit�s durant leur �valuation et 50 % de ces derniers seront ultimement > hospitalis�s. Il va sans dire que la lourdeur des cas s'est consid�rablement > accrue durant cette p�riode. > > Ces d�s�quilibres entre l'offre des services par rapport � la demande de > soins se retrouvent dans tous les d�partements du CHUS. Mais c'est � la > salle d'urgence que les r�percussions sont les plus tangibles. Ce > d�partement constitue d'une part le filet de s�curit� du r�seau de sant�, > offrant des services 24 hres par jour 365 jours par ann�e � quiconque > pr�sentant une demande de soins. On ne peut refuser un patient sous le > pr�texte qu'il n'y a plus de lits disponibles ou parce ce qu'il manque de > personnels soignants. Ainsi, nous sommes � la merci d'une demande influenc�e > par les jours de la semaine, les saisons et les �pid�mies de grippe. D'autre > part, il semble que nos administrateurs consid�rent la salle d'urgence comme > �tant la zone tampon devant contenir les d�bordements sur les �tages. � > Fleurimont, l'urgence a �t� reconfigur�e au cours des derni�res ann�es pour > recevoir un maximum de 30 lits vou�s � l'�valuation initiale et, au besoin, > � l'observation br�ve des patients. Les gens n�cessitant une hospitalisation > sont destin�s � �tre accueillis sur les �tages tandis que ceux pour qui une > observation prolong�e est indiqu�e doivent �tre conduits � l'unit� de 48 > hres. Pour tenter de r�pondre � ces fluctuations d'achalandage, la direction > n'ouvre des lits de transition sur les �tages que trop tardivement et en > nombre insuffisant. Ils pr�f�rent utiliser la salle d'urgence � cette fin. > Ainsi, depuis plus d'un an maintenant, des civi�res sont install�es en > permanence dans les corridors de l'urgence. La salle d'urgence voit son taux > d'occupation grimper r�guli�rement vers les 140 et m�me 150 %. Parfois, la > moiti� des patients alit�s sont en fait des personnes attendant un lit sur > les �tages. Et cette attente pourra durer 24, 48 et m�me 96 heures. > > Imaginez-vous en parfaite condition physique, couch� ou assis sur une > civi�re dans un de nos corridors. Les lumi�res seront continuellement > ouvertes � toutes heures du jour ou de la nuit, les bouches de climatisation > et les portes du garage vous refroidiront les entrailles, vous serez t�moins > du va-et-vient omnipr�sent du personnel, des gens arrivant en ambulance, des > nouveaux patients arriv�s sur pieds et de leurs accompagnateurs. Comme l' > auront �t� les gens arriv�s avant vous, vous serez aux premi�res loges > lorsque seront accueillis cet enfant qui vient de convulser, cette dame > polytraumatis�e de la route, cet homme en arr�t cardio-respiratoire ou > encore la famille en pleurs qui le suit. Vous pourrez tendre l'oreille et > peut-�tre m�me tourner les yeux vers votre voisin de corridor lorsque son > m�decin ou son infirmi�re lui rendra visite. Quelques heures de ce sc�nario > pourront sans l'ombre d'un doute vous offenser et soulever votre > indignation, mais vous serez tout de m�me probablement capable de tenir bon. > > Maintenant, imaginez-vous plut�t dans ces m�mes conditions, mais avec un > r�el besoin de vous retrouver l�. Il est probable que vous serez ici apr�s > que vous ou votre entourage ayez jug� que votre �tat de sant� ne vous > permettait plus de demeurer � la maison et que vous n�cessitiez des soins > urgents. Peut-�tre serez vous aux prises avec des douleurs insoutenables, de > la forte fi�vre, une incapacit� de respirer convenablement, des vomissements > et quoi encore. Apr�s avoir �t� vu par l'urgentologue, vous serez > possiblement dirig�s vers une civi�re. Possiblement, puisque le manque de > civi�re nous contraint � l'occasion de retourner dans la salle d'attente des > patients qui auraient normalement d� �tre alit�s. > > Puis le manque de ressources aux divers plateaux techniques tels les > laboratoires et le d�partement de radiologie prolongera votre attente de > parfois plusieurs heures avant que n'aboutisse votre �valuation m�dicale. � > titre d'exemple, le r�sultat d'un simple test de grossesse - le m�me que > vous acheter � la pharmacie - pourra prendre jusqu'� deux heures avant de > nous parvenir et nous permettre de poursuivre notre investigation > radiologique. Par la suite, une demande d'admission sera faite si > n�cessaire. D'ici l�, si vous �tes incapable de vous rendre seul � l'une des > 2 salles de bain (vous serez plus de quarante � vous les partager), vous > pourrez utiliser une petite cloche pour nous aviser de la n�cessit� de vous > apporter la bassine (et le petit rideau bien s�r.). Soyez assur�, l'infirmi� > re qui s'occupe des douze patients alit�s comme vous dans le corridor - en > remplacement de sa consoeur partie manger avec une heure de retard - sera � > vous sous peu. Il ne lui reste qu'� changer le solut� d'un premier patient, > administrer l'antidouleur du second, prendre les signes vitaux et faire les > prises de sang du troisi�me puis, en se dirigeant prestement vers vous, > emp�chera cette dame �g�e (un peu plus confuse qu'elle ne l'�tait � son > arriv�e) de passer par-dessus le barreau de sa civi�re. Nous disions donc > quelques heures de ce sc�nario. Comme nous le rapportions, dans les faits, > il est probable que vous nous accompagnerez pendant 1,2,3 ou m�me 4 jours > complets! Vous aurez m�me la possibilit� de passer votre s�jour en entier � > la salle d'urgence. > > Un r�cit burlesque de la r�alit� pensez-vous? Pourtant m�me un > administrateur ayant pris la peine de descendre de sa tour d'ivoire ne > pourra mettre en doute le fait que ces d�boires se d�roulent plusieurs jours > par semaine et ce depuis plus d'un an. > > Les limites de notre personnel infirmier, pourtant de qualit� > exceptionnelle, sont d�pass�es. � l'image d'un conducteur de v�hicule lourd > fort exp�riment� mais oblig� par son patron de s'aventurer sur un long > parcours afin de livrer la marchandise dans des d�lais irr�alistes, les > chances d'erreur de jugement ou de distraction conduisant � un accident sont > multipli�es de fa�on appr�ciable. Syst�matiquement, le ratio > patients-infirmi�re n'est pas respect�. Les �quipes, particuli�rement de > nuit, sont incompl�tes. Chaque infirmi�re s'occupe d'un nombre trop grand de > patients en m�me temps. Sous la menace de repr�sailles, elles sont > contraintes de pallier les improvisations et les mauvaises d�cisions > administratives en �tant oblig�es d'effectuer des heures suppl�mentaires. Le > taux d'absent�isme au travail chez les infirmi�res pour raison m�dicale est > sans �quivalent partout dans l'h�pital. > > Longtemps le manque global de ressources humaines et mat�rielles a �t� > point� du doigt en tant que facteur mettant en p�ril la qualit� des soins > dans notre centre hospitalier. Cette �poque est r�volue. Les coupes tous > azimuts effectu�es dans un contexte de restructuration et de d�graissage de > r�seau de sant� ont atteint un point de non-retour. C'est maintenant la peau > et les os qui y passent. Aujourd'hui, la qualit� des soins prodigu�s au CHUS > est compromise. Messieurs, Mesdames les gestionnaires, aujourd'hui, c'est la > Sant� des gens que vous mettez en p�ril. En situation d'urgence, sachez que > la vie de nos patients ne tient parfois qu'� un fil tr�s mince. Vous jouez � > la roulette russe avec nos t�tes et surtout, celle de nos patients. > Assur�ment, un jour prochain l'un de ces fils se brisera et fera une > victime. Est-ce bien ce que vous attendez avant d'agir? N�gliger ces faits > connus de tous ne nous permettra que de vous confondre avec l'autruche. > > Vous, gens de sous et d'insouciance, sp�cialistes en gestion de crise, en > voici une � la hauteur de vos aspirations. Cette fois, il ne vous suffira d' > abaisser la t�te afin que la vague passe. Vous n'avez d'autres choix qu' > inverser vos priorit�s : le patient doit passer avant l'argent. En refusant > de r�pondre aux besoins du d�partement d'urgence, vous avez accept� > implicitement la baisse de la qualit� des soins dans notre enceinte. Vos > d�cisions nous rendent incapables de rendre des services de qualit�s en tout > temps aux gens d'ici et d'ailleurs. > > Nous, gens de soins et d'excellence, ne cautionnerons plus votre inaction et > vos �carts d�cisionnels. Nous refusons de poursuivre une pratique mettant en > p�ril la sant� de nos patients. Nous refusons que nos patients se > d�partissent de leur dignit� et se contentent d'une m�decine de second plan. > > En tant que personnel soignant, notre r�le premier est � primum non nocere � > : avant tout, ne pas nuire. Vous devriez �galement faire v�tre ce principe > de base. Puis, g�rez en fonction des normes �rig�es par le minist�re de la > Sant� et des Services Sociaux du Qu�bec dans son � Guide de Gestion de l' > Unit� d'Urgence�. Si votre enveloppe budg�taire est trop restreinte, en tant > que fonctionnaire, faites votre travail et allez convaincre vos sup�rieurs d > 'augmenter votre marge de manouvre. Sinon, ne nous racontez pas que vous > �tes tenu de vous limiter � un budget �quilibr�. Vous pourrez consoler votre > �go professionnel en pensant � votre confr�re M. David Levine. Apr�s avoir > creus� un d�ficit impressionnant ayant pr�cipit� la mise en tutelle de l' > h�pital d'Ottawa, il se voit aujourd'hui Ministre d�l�gu� � la Sant�. Par > ailleurs, il serait futile de perdre un temps pr�cieux en envoyant vos > ma�tres corbeaux sur tous les toits afin de minimiser nos dires. Le moment > est critique et l'heure est plut�t venue de rediriger le navire avant qu'il > ne fasse naufrage. > > Puisque vous avez l'habitude de faire la sourde oreille envers vos employ�s, > nous pensons qu'en mobilisant une population enti�re vous finirez par > comprendre l'ampleur de la d�b�cle. > > Dre V�ronique Verrier > Dre Sylvie Lamothe > Dre Marie-Laure Collinge > Dre Marie-�ve B�langer > Dr Alain Trudel > Dr Alain Pageau > Dr Benoit Caouette > Dr Ren� Beaudoin > Dr Ghyslain Leduc > Dr Patrice Bastarache
