le 29/06/02 08:55, Catherine Bich � [EMAIL PROTECTED] a �crit�:

> Si effectivement une Loi force les h�pitaux � garder leur urgence
> fonctionnelle 24/24 (et non les m�decins � travailler � l'urgence...il y a
> une distinction de taille,m�me si elle n'est pas �vidente � priori),alors l�
> c'est un peu diff�rent.Ca touche tr�s certainement les m�decins,mais
> indirectement.La responsabilit� n'est pas la leur propre,mais bien celle de
> l'�tablissement.
> 
> Nuance.
> 
> Mais encore l�,est-ce par une Loi-Reflexe pondue et adopt�e en vitesse qu'on
> r�glera un probl�me-iceberg?
> 
> Mais bon,passer une Loi sp�ciale obligeant le h�pitaux � garder leur urgence
> ouverte est une toute autre affaire que d'obliger les m�decins
> omnipraticiens � y travailler.Je note.
> 
> Et puis,qu'est-ce qu'on fait pour les infirmi�res? L'urgence du CHVO de Hull
> a ferm� il y a quelques semaines (le centre r�gional de traumatologie)...Ca
> n'�tait pas faute de m�decins,mais bien faute d'infirmi�res.
> 
> Moi,je sugg�re de voter une Loi sp�ciale qui forcera tous les jeunes n�s
> entre 1984 et 1985 � entreprendre des �tudes de nursing.
> 
> Il fait super beau et chaud aujourd'hui.Une journ�e de cong�,� lire sous le
> parasol,au bord du Lac Simon.Je pense que je vais ressortir
> "Fondations",d'Isaac Azimov,et relire l'histoire de la chute de Trantor et
> de l'Empire InterGalactique.En rempla�ant "les plan�tes p�riph�riques" par
> "Chandler,Maniwaki ou Sept-Iles" et "Trantor" par "Sacr�-Coeur",�a me mettra
> dans l'ambiance.
> 
> C.

Bonjour!

Je vois que j'ai laiss� une certaine impression sur Catherine il y a un an
lorsque j'ai compar� le th�me de Fondation avec l'�tat de notre "r�seau" de
sant�.  Je pensais exactement � la m�me chose qu'elle il n'y a pas cinq
minutes en relisant les messages et en constatant qu'il n'y a pas d'h�pitaux
de la r�gion de Qu�bec en bris de soins d'urgence (�a viendra dans 4 ou 5
ans, si la tendance se maintient).

Avant de commencer, je ne peux m'emp�cher de trouver surprenante la premi�re
phrase de Catherine "Une Loi pour forcer les h�pitaux � garder leurs
urgences fonctionnelles..."!

FONCTIONNELLES!!!!
On nage en pleine d�lire dans ce dossier, les m�decins ne sont PAS en train
de faire des moyens de pression, il n'en reste simplement plus assez pour
faire le travail!  Une loi ne changera rien � la triste r�alit�.

Je crois que beaucoup d'urgences au Qu�bec vivent la m�me chose que nous:

1-Il nous manque R�GULI�REMENT de 1 � 3 infirmi�res � tous les quarts de
travail, jour, soir et nuit.  Il nous en manque parfois jusqu'� 5.

2-La r�partition des nurses fait en sorte que nous avons parfois une seule
nurse pour deux docteurs au traitement en avant, un docteur se tourne les
pouces ou encore retourne � la maison.  Ce qui a son petit effet sur le
temps d'attente � l'urgence et aide beaucoup le docteur � conserver la
flamme sacr�e pour son travail d'urgentologue.

3-Les d�lais pour avoir un bilan sont tels que des cas stat passent une
heure avant d'�tre mont�s aux laboratoires (occasionnel mais chiant!).

4-La charge de travail et l'arriv�e des CEPI (candidates � l'exercice de la
profession d'infirmi�res) � l'urgence ont fait augmenter en fl�che le nombre
d'erreurs dans nos analyses et dossiers.  Des erreurs le plus souvent
concernant une requ�te mal identifi�e.

5-45 des 70 patients couch�s � l'urgence attendent...un lit en haut.  Nous
n'avons que 10 lits de ferm�s pour l'�t�, nous devions en fermer 36.
L'urgence est pleine de cas d'hospitalisation, pas de cas d'urgence.

6-L'attrition des m�decins d'urgence est un ph�nom�ne connu et �tudi� � la
FMOQ depuis au moins 6 ans.  Il faut dire que c'est un peu logique, qui
voudrait d'une job jour, soir et nuit, sous-pay�e compar�e � un travail
d'urgence ailleurs, mettant ta licence en jeu � chaque garde et � se
faire engueuler par les patients tann�s d'attendre dans la salle d'attente.
Je ne parle m�me pas des infirmi�res br�l�es qu'on doit parfois ramasser
� la petite cuill�re et qui nous quittent pour des mois ou semaines.
Un brin de masochisme aide � continuer ce travail.

Mais il faut dire que...nous sommes un peu responsables de ce qui nous
arrive (les docteurs je veux dire).
Je voudrais vous faire un petit bout de psychohistoire qui nous concerne.

Vous souvenez vous des diminutions du nombre d'inscriptions dans les
facult�s de m�decine d�cr�t�es par le "garnement"?  On remonte � pas
bien longtemps, �a a commenc� en fin 80, d�but 90 je crois.

Vous souvenez-vous des hauts-cris de la FMOQ, FMSQ et du Coll�ge des
M�decins dans ces temps-l�?

Moi je ne m'en souviens pas pour la simple et bonne raison qu'il n'y
en a pas eu tellement.

Idem pour la mise � la retraite pr�matur� d'un paquet de docteurs,
pas de grosse sortie sur la place publique disant que nous manquerions
de docteurs, que la population serait moins bien servie etc...

Tout le monde voyait la grosse tarte se faire partager par moins de
docteurs (donc plus pour chaque docteur) et nos associations ont
probablement poliment contester ce nouvel �tat des choses.

On se retrouve aujourd'hui avec des patients orphelins sans m�decin
de famille, des manques de m�decins dans les h�pitaux, CLSC, cliniques
priv�es et CHSLD, des bris de services dans 11 urgences du Qu�bec.
La Presse annon�ait ce matin qu'il y avait 90 urgences au Qu�bec, 29
vivaient des situations probl�matiques et 11 sont en bris de service,
d�bile si on regarde les chiffres.

On se retrouve l� malgr� les AMP, les r�mun�rations diff�rentielles selon la
r�gion et les r�mun�rations p�nalis�es selon les activit�s choisies.
On se retrouve l� malgr� la nouvelle loi sur les effectifs m�dicaux qui
d�termine le lieu de pratique des m�decins.

On se retrouve l� � cause d'un "garnement" compl�tement d�connect� de
ce qui se passe sur le terrain, je ne parlerais pas des r�gies r�gionales
ou des DRMG, c'est � pleurer!

Ce qui s'en vient:
Nouveau code de d�ontologie du Coll�ge, les m�decins auront maintenant
"obligation" de devoir assurer le suivi m�dical d'un patient vu � l'urgence.
Personne ne m'a encore expliqu� comment on va faire �a dans une urgence, la
question fut pos�e lors d'une rencontre du Coll�ge, la r�ponse: le patient
devra �tre suivi par....les m�decins de l'urgence!  Dr�lement au courant de
ce qui se passe dans une urgence de nos jours le Coll�ge!

Les GMF, cr�ation louable mais dont on pense qu'ils seront LA solution aux
probl�mes du r�seau.  Lisez cette pr�diction:
"Les GMF deviendront un probl�me de plus dans le r�seau".  Les patients
suivis � "contrat" seront tr�s probablement "s�lectionn�s" en partie en
d�faveur de la client�le ag�e, multihypoth�qu�e ou psychiatrique.  Le
r�flexe des GMF sera d'envoyer � l'urgence tout patient pr�sentant une
condition potentiellement instable, un peu comme Info-Sant� le fait
actuellement.  Les GMF vont probablement faire augmenter notre achalan-
dage pas le diminuer.

La loi sp�ciale?
Bonne chance pour l'appliquer! Je suis d'accord avec le Dr Dutil.  Je
vois d�j� des bureaux de m�decins fermer en r�gion et ces m�decins
s'installer dans des endroits o� l'urgence est relativement bien pourvue
en m�decins pour �viter d'avoir � se taper notre travail. Une catastrophe
pour les r�gions, le contraire de l'effet souhait�!

Vivement un peu de "reality therapy".

Merci pour cette p�riode de d�foulement,


-- 
Claude Rivard, md
Chef du D�partement de M�decine d'Urgence
CH Pierre-Boucher
Longueuil, Qc
[EMAIL PROTECTED]

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