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Excellent.Il devrait envoyer une c.c. � la
Presse,plus lue et diffus�e plus largement.
C.
----- Original Message -----
Sent: Tuesday, July 30, 2002 11:44
PM
Subject: URG-L: autre texte du
Devoir
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La crise des urgences se dessine depuis plusieurs ann�es
D�s 1994, il aurait fallu augmenter les admissions en m�decine dans
les universit�s plut�t que de les diminuer
Fran�ois-Pierre
Gladu M�decin
�dition du mercredi 31
juillet 2002
En 1994, contre
l'avis de la communaut� m�dicale, le minist�re de la Sant� (MSSSQ)
impose une diminution du nombre d'admissions en m�decine de dix � vingt
par universit� pendant deux � trois ans. Nous leur avions dit que, la
population �tant vieillissante, il fallait au contraire augmenter les
admissions de dix � vingt par universit�. Le minist�re de la Sant� avait
r�pondu que la diminution � long terme des d�penses en sant� passait par
la diminution du nombre de m�decins!
En 1996-97, pour des raisons
semblables, le m�me gouvernement encouragea les mises � la retraite des
m�decins les plus exp�riment�s, assaisonn�es d'allocations de retraite
de 300 000 $ non imposables. �videmment, on sait tout le
fiasco qui s'ensuivit : plus de m�decins et d'infirmi�res que pr�vu
saut�rent sur l'occasion, ce qui for�a le MSSSQ � r�embaucher ces m�mes
personnes � vil prix.
Un m�decin de famille (ceux qui pratiquent
dans les urgences) n�cessite un minimum de sept ans � former. C'est donc
dire que les cons�quences de la d�cision idiote de 1994 commencent � se
faire sentir depuis quelques mois, empir�es par la mauvaise
planification des effectifs ayant donn� lieu aux mises � la retraite de
1996-97.
Le lien avec les urgences ? Eh bien le minist�re
se rend maintenant compte qu'il y a effectivement p�nurie de m�decins.
Alors qu'il y avait auparavant suffisamment de m�decins pour leur
laisser un libre-choix du lieu de pratique, permettant � certains de
faire du bureau, d'autres des varices ( !), d'autres de l'urgence,
selon les int�r�ts et comp�tences de chacun (la libert� professionnelle)
et en synchronisme avec la demande de soins, ce n'est plus du tout le
cas.
Alors on manque maintenant de m�decins dans les urgences en
r�gion, bien que le travail y soit fort bien r�mun�r�. Des ann�es de
n�gligence des milieux de travail (�quipements d�suets, syndicalisation
� outrance, fermeture de lits d'h�pitaux) sont venues � bout des
m�decins qui y portaient le flambeau. Poursuites l�gales, burn out,
d�motivation et maladie ont forc� les m�decins d'urgence � se sauver
pour sauver leur peau : il n'y a rien de pire que de sentir que la
bonne marche de notre syst�me de sant� ne tient plus qu'� notre d�votion
envers nos patients. Et ce sentiment peut sembler plus intense chez ceux
qui travaillent dans le �presto� (autoclave) de l'urgence.
Pour
solutionner le probl�me, les fonctionnaires du MSSSQ ont rebrouss�
chemin ces derniers mois et ont approuv� une augmentation des admissions
en m�decine de l'ordre de 50 sur trois ans � l'Universit� de Montr�al.
Huit ans trop tard. Mais o� d�nicheront-ils les professeurs pour leur
enseigner ?
La
nouvelle solution miracle du MSSSQ est de contraindre les m�decins d'une
r�gion probl�matique � faire des quarts de travail d'urgence. Or
l'urgence est maintenant une sp�cialit� en soi : la pratiquent les
m�decins sp�cialistes urgentologues ou les m�decins g�n�ralistes ayant
fait de l'urgence leur pratique principale. Contraindre les autres � la
salle d'urgence est carr�ment DANGEREUX.
De plus, autant
appliquer la loi � toutes les r�gions, car que pensez-vous que les
m�decins de ces r�gions vont d�cider de faire, devant l'obligation de
pratiquer une m�decine dangereuse pour leurs patients ? Ils
quitteront pour une autre r�gion, exacerbant encore davantage la p�nurie
locale d'effectifs...
Mais les gaffes du gouvernement ne se
limitent pas aux salles d'urgence en r�gion. Et les impositions et
d�crets gouvernementaux venant du MSSSQ non plus. Les penseurs du MSSSQ
ont impos� � la FMOQ (l'association des m�decins de famille) des
p�nalit�s aux jeunes m�decins depuis 1992. Ceux-ci sont p�nalis�s de
42 % de leurs revenus s'ils ne font pas de l'urgence ou de
l'hospitalisation (des activit�s prioritaires) et doivent en faire
pendant dix ans ( !), apr�s leurs sept ann�es et plus d'�tudes,
avant de s'affranchir v�ritablement de ce quasi service militaire,
unique au Canada. En apparence profitable aux populations, l'effet r�el
en est tout autre.
Les bureaux priv�s, porte d'entr�e par
excellence du r�seau de sant�, se sont vid�s de leurs m�decins �tant
donn� l'absence de rel�ve d'abord, aiguill�e vers les activit�s
prioritaires, puis le quasi gel sur
20 ans ( !) des tarifs
d'examen en bureau, rendant impossible la rentabilisation des cliniques.
Or, curieusement pour le gouvernement, les urgences depuis 1993 sont
devenues DE PLUS EN PLUS d�bord�es au lieu de se porter mieux ! Que
s'est-il pass� ?
N'importe quel �tudiant en m�decine et
n'importe quel usager des urgences vous le rapportera : �Je n'ai
pas de m�decin de famille, alors je viens � l'urgence pour mon...
rhume/mal de t�te/indigestion...� Les patients se sont tourn�s vers les
urgences pour leurs petits bobos. De plus, nombre de personnes �g�es,
autrefois suivies par un m�decin de famille, ne le sont plus et
�d�compensent� plus souvent sans suivi serr� au bureau ou � domicile.
R�sultat : les cliniques priv�es ferment partout, et
surtout � Montr�al o� il n'y avait pourtant pas de p�nurie de m�decins
avant 1992; les salles d'urgence d�bordent encore plus qu'avant les
p�nalit�s aux jeunes m�decins; le milieu m�dical et param�dical baigne
dans la plus grande morosit�. Mais on se console en voyant les milliers
de fonctionnaires de plus dans les r�gies r�gionales depuis la �r�forme
Rochon�... Bref, chacune des manoeuvres du MSSSQ s'est sold�e par un
�chec retentissant.
Par ailleurs, l'incurie et l'ineptie de
notre gouvernement s'�tendent bien au-del� de la planification des
effectifs m�dicaux. En tentant de prendre un virage
�efficacit�/productivit� (apparent� � celui pris dans l'industrie juste
avant, avec le libre-�change) au milieu des ann�es 1990, le MSSSQ a
ferm� des h�pitaux, ferm� des lits dans les h�pitaux restants, et impos�
via des contraintes budg�taires irr�alistes des dur�es de s�jour �
l'h�pital trop courtes. Et ce, tout en gelant les budgets communautaires
(CLSC) qui auraient pu prendre la rel�ve et soulager ainsi les patients
et leur famille, laiss�s pour compte dans cette transformation
industrielle de la m�decine.
Or, malgr� tous les progr�s
technologiques de la m�decine moderne, la limite de ces changements de
cap est toute simple : avec l'�ge, le corps humain se fragilise et
se gu�rit de moins en moins vite; les pathologies � la fois se
compliquent et deviennent plus difficiles � cerner; la maladie se
r�installe de plus en plus facilement si on ne la pr�vient pas au moyen
du suivi m�dical et des th�rapeutes, ergo et physio, param�dicaux;
l'ajustement d'un m�dicament salutaire mais potentiellement toxique
n�cessite une semaine au lieu de trois jours, etc. Enfin, la gu�rison
n�cessite d'abord et avant tout une atmosph�re hospitali�re calme et
inspirant la confiance aux patients. Quand ceux-ci sont t�moins de la
surcharge �vidente de travail des infirmi�res et des m�decins, et du
climat survolt� qui r�gne dans nos h�pitaux, je ne peux qu'esp�rer des
jours meilleurs en vue de mes vieux jours.
Certains
�tablissement hospitaliers ob�issent malgr� tout au MSSSQ quant aux
dur�es de s�jour prescrites afin d'�viter les p�nalit�s budg�taires
accompagnant les d�passements. Par contre, je suis de l'humble avis
qu'ils sont d'une inhumanit� crasse en agissant ainsi : ne sont pas
rares les patients qui sont alors �jet�s dehors� trois jours apr�s une
s�rieuse chirurgie de la colonne vert�brale, ou retourn�s chez eux
quelques heures apr�s un �pisode �d'eau sur les poumons�. Il importe
seulement que l'h�pital ait respect� les directives al�atoires du MSSSQ,
quitte � ce que leurs patients reviennent ensuite � l'urgence pour une
complication post-op�ratoire ou une d�compensation aigu�, ce qui fait
retomber le compteur � z�ro en termes de dur�e de s�jour. Alors, un
conseil bien personnel : fr�quentez les h�pitaux les plus
d�ficitaires ! Vous irez � Sainte-Justine pour votre enfant et �
l'H�tel-Dieu pour vous-m�me, et serez sous les soins de nos meilleurs
m�decins.
L'exp�rience m�dicale
En somme, ces
constatations, connues des m�decins engag�s, repr�sentent bien le grave
manque de jugement derri�re les r�formes improvis�es des derni�res
ann�es. Je souligne ici que le bl�me que les ministres de la Sant�
doivent porter n'en est un que d'ignorance de toute chose m�dicale. De
Rochon � Legault en passant par Marois et Trudel, ils doivent alors se
fier sur la comp�tence des sous-ministres et autres fonctionnaires. Ces
technocrates, � leur tour, se basent sur de multiples et savantes
statistiques qui d�crivent l'�tat des soins servis � la population. Et
comme les chiffres peuvent �tre trompeurs aux yeux des profanes, je
pr�tends ici que seuls les m�decins actifs dans la communaut� poss�dent
l'habilet� et le jugement n�cessaires � la juste interpr�tation des
statistiques. Par exemple, il faut cesser de tout comptabiliser en
�enveloppes ferm�es� car une d�pense ici peut aussi �conomiser de
l'argent l�-bas. C'est exactement pour ce type d'interpr�tation que
l'expertise des m�decins est irrempla�able, mais actuellement balay�e du
revers de la main..
Mais, me direz-vous, n'y a-t-il pas
maintenant des m�decins au MSSSQ ? Si par �m�decin� vous entendez
quelqu'un avec le dipl�me, d'accord. Mais vous incluez alors tous les
m�decins qui n'ont pas pratiqu� la m�decine de terrain depuis 20 ans,
dont l'esp�ce pullule au MSSSQ et dans les r�gies r�gionales... Soyons
s�rieux ! Les probl�mes de notre syst�me de sant� doivent d'abord
�tre sentis de l'int�rieur, puis analys�s et compris avant d'avoir la
pr�tention de les r�gler ! Vous comprenez pourquoi l'on tourne en
rond depuis dix ans ?
Faut-il absolument que les
fonctionnaires du MSSSQ fassent tout leur possible, avec cette nouvelle
Loi sp�ciale, pour achever notre jadis excellent syst�me de sant� en ne
laissant d'autre choix que la d�saffiliation aux m�decins de
famille ? Que le gouvernement avoue d'abord ses tragiques erreurs
de calcul, et qu'il en accepte les cons�quences. Que l'on implique les
m�decins de la base, que l'on revienne � un financement raisonnable et
stable li� au PIB, et surtout qu'on laisse le paradigme de la m�decine �
productivit� industrielle pour reprendre le flambeau de la m�decine
humaniste ! Vous verrez, les m�decins se bousculeront aux portes
des salles d'urgence lorsqu'ils ne sentiront plus le poids du globe sur
leurs �paules et qu'ils pourront pratiquer, dans un climat serein, l'art
et la science de la m�decine, la plus belle profession qui soit.
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