Ouais...

 

Vous rendez-vous compte que c'est Catherine qui parle comme �a? Je ne crois pas me tromper beaucoup en disant que je n'ai jamais entendu parler Catherine comme cela. Si elle peut penser ainsi, imaginez ce que pensentr les centaines d'autres que nous sommes et qui sont d'ordinaires moins naturellement positifs, plus h�sitants, moins d�vou�s.

 

La loi 114 �tait peut-�tre un excellent pr�texte pour introduire un grand chambardement dans le r�seau, mais ce pr�texte a �t� tr�s, tr�s mal choisi: il a r�ussi � braquer voire � d�courager des personnes qui, malgr� pas mal de choses, continuaient � travailler vaillamment et avec plaisir � l'urgence, des gens dont on ne peut pas vraiment se passer si on veut que quelque chose bouge dans ce milieu, des gens qui �taient bien souvent au coeur de volont�s parfois plus disparates et souvent ti�des d'un peu tout le monde...  C'est vraiment un exploit que d'avoir r�ussi � se mettre � dos les rares personnes sur qui, avec les infirmi�res d'urgence, on pouvait compter pour faire quelque chose de bien.

 

Et �a n'a aucun bon sens. Et �a me met en col�re. C'est un recul majeur et le pire c'est que tout �a risque de se perdre dans le brouhaha qui entourera les virils d�bats sur la "petite r�volution" de l'automne. On pourrait bien par exemple se retrouver avec une loi 114 qui perdurerait tandis que le reste serait bloqu�, ou bien enterr� sous un rapport de force qui ne se rel�cherait pas ni ne se r�soudrait.

 

Jusqu�� il y a quelques semaines, j'oeuvrais au sein du Comit� d'expert du MSSS sur les urgences pour "accompagner" quelques milieux et aider � r�soudre des probl�mes. En ao�t, je me suis regard� un peu dans la miroir, apr�s la loi 114, et j'ai malheureusement compris que j'aurais dor�navant un peu de difficult� � continuer � "accompagner" les h�pitaux ainsi, donc les urgences, donc les m�decins d'urgence, dans la patiente et difficile t�che d'essayer de r�gler � gauche ou � droite les probl�mes complexes qui en affectent le fonctionnement. Je me voyais en effet fort mal "conseiller" gentiment un m�decin d'urgence qui aurait peut-�tre d�j� re�u une visite d�un ou deux huissiers. Ca ne tenait plus debout. J'ai donc quitt� le Comit� d'expert.

 

En 1999, lors du (et suite au) Forum des urgences, je m'�tais battu pour que les m�decins et les infirmi�res d'urgence fassent partie du processus, des r�flexions, des d�cisions, des actions, ce qui n��tait pas vraiment �vident pour personne : trop compliqu�, trop risqu�, trop nouveau. Finalement, nous y �tions. Et suite au Forum, laborieusement faut-il le dire, certaines actions, dont le Comit� d�experts, ont pris leur "envol", avec toutes les difficult�s et les inerties que l'on sait, mais, comme je l'ai toujours dit, tout de m�me dans la bonne direction, avec une certaine volont�, donc un peu d'espoir. En effet, c'est en travaillant ensemble qu'on pouvait au moins esp�rer r�soudre un jour ce probl�me peut-�tre insoluble pour le r�seau. Ensemble...

 

Mais j'ai beaucoup, beaucoup de difficult� � accepter ce virage � 180 degr�s du MSSS, conscient ou inconscient, face aux m�decins d'urgence. Le message n��tait peut-�tre pas totalement volontaire, compte tenu sans doute d�une certaine m�connaissance de la question, mais il �tait net: nous avions travaill� "ensemble", mais bon, certaines choses pressant, alors on pouvait bien, dor�navant, sacrifier cette volont� d'y aller "d'ensemble", au profit que de quelque imp�ratif obscur qu�il faudra bien un jour nous expliquer.

 

Qu'on puisse envoyer des huissiers � des gens qui bossent d�j� passablement pour maintenir � flot leur propre urgence est d'un ridicule consomm�. Qu'on d�courage les Catherine et autres m�decins d'urgence de continuer � y travailler ressemble nettement � un effet pervers d'une ampleur d�mesur�e par rapport aux gains escompt�s, aussi bien pour la population que pour nous, par ailleurs.

 

Bien sur, les urgences sont maintenant ouvertes. Mais � quel prix? Et qui les maintiendra ouvertes si la tendance se poursuit? Dans quel �tat seront-elles dans les prochaines ann�es? Et o� seront les m�decins aptes � y pratiquer? Et comment se porteront-elles, si tous ceux qui se donnent un peu � la pratique d�cident de faire comme Pierre Bareil et l�ve le camp, d'une fa�on qui est fort l�gitime?

 

Quand une action am�ne plus de probl�mes que d'effets positifs, on peut parler d'une erreur. Ca laisse des traces, mais bon, �a se r�pare, une erreur. Il est probablement encore temps.

 

Alain Vadeboncoeur MD

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