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Alain Dubuc Le Soleil
Le ministre
qu�b�cois de la Sant�, M. Fran�ois Legault, rendait public cette
semaine son Plan de la sant� et des services sociaux, un projet qui,
par sa pr�sentation et son contenu, s'apparente � un programme
politique : avare sur les d�tails, mais g�n�reux pour les couleurs
et les jolies photos.
Dans ce document, le ministre
�num�re des d�fis auxquels nous souscrivons tous, mais qui sont tr�s
exactement les m�mes objectifs que nos gouvernements tentent
d'atteindre sans succ�s depuis plusieurs ann�es : d�velopper un
r�seau de premi�re ligne, avec m�decins de famille, d�velopper les
CLSC, r�duire les attentes pour des chirurgies, r�soudre les
probl�mes d'engorgement des urgences, d�velopper les soins �
domicile, favoriser la pr�vention, etc., etc., etc.
Ces
priorit�s, essentielles pour remettre le syst�me de sant� � flot,
co�teront tr�s cher et exigeront 1,77 milliard $ de plus par ann�e.
Et si le ministre ne dit pas comment il entend trouver cette somme,
sa d�marche pointe tout droit vers des hausses d'imp�t ou des
m�canismes nouveaux de perception fiscale.
* * * *
*
Mais la logique de M. Legault, en apparence raisonnable,
r�siste mal � l'analyse. Il suffit de comparer le syst�me de sant�
qu�b�cois � ceux des provinces qui nous entourent pour voir que la
d�marche du ministre est simpliste et que ses conclusions rel�vent
du surr�alisme.
Voici ce que disent les plus r�centes
statistiques sur les syst�mes de sant� provinciaux, rendues
publiques il y a deux semaines par l'Institut canadien d'information
sur la sant�.
- Le Qu�bec est l'une des deux provinces
canadiennes o� les d�penses gouvernementales en sant� ont augment�
le moins vite cette ann�e, avec un taux de croissance de 1,6 %, un
peu mieux que Terre-Neuve avec ses 1,3 %. En moyenne, les d�penses
ont augment� de 5,8 % dans l'ensemble du Canada, de 7,8 % en Ontario
et de 6,8 % au Nouveau-Brunswick. Le Qu�bec �tait �galement �
l'avant-dernier rang pour la croissance l'an dernier.
- Si
l'on prend les d�penses en sant� des gouvernements par habitant, le
Qu�bec est �galement en avant-derni�re position, cette fois-ci
devant la Nouvelle-�cosse. Avec un montant per capita de 2144 $, le
Qu�bec d�pense 211 $ de moins pour chaque citoyen que ne le font, en
moyenne, les provinces canadiennes, o� la d�pense par personne de
2355 $. Il est �galement derri�re les provinces voisines du
Nouveau-Brunswick et de l'Ontario, qui d�pensent respectivement 2317
$ et 2296 $.
- Notons que ce ne fut pas toujours le cas. En
1994-1995, les d�penses qu�b�coises �taient les troisi�mes au
Canada, derri�re l'Ontario et la Colombie Britannique, et
pratiquement �gales � la moyenne canadienne.
- Enfin, le
Qu�bec est encore une fois � l'avant-dernier rang pour la part que
la sant� prend dans les d�penses publiques. Il devance cette fois-ci
l'Alberta, un cas � part en raison de sa richesse fiscale. Les
d�penses de sant�, au Qu�bec, comptent pour 32,2% des programmes des
gouvernements, quand cette proportion est de 35,1 % au
Nouveau-Brunswick, de 43,5 % en Ontario, et de 37,8 % dans
l'ensemble du Canada.
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� la lumi�re de ces
donn�es, reprenons maintenant les raisonnements du ministre
Legault.
Son objectif d'injecter 1,77 milliard $ pour
remettre le syst�me de sant� � flot consiste, � toutes fins
pratiques, � combler le retard que le Qu�bec accuse face aux autres
provinces ! En effet, pour que les d�penses qu�b�coises per capita
rejoignent la moyenne canadienne, il faudrait injecter 1,56 milliard
$. Cela force cruellement l'attention sur le d�labrement du syst�me
de sant� qu�b�cois. L'objectif de soci�t� du ministre consiste donc,
dans les faits, � rattraper des provinces comme le
Nouveau-Brunswick. On a vu plus mobilisateur�
Ces chiffres
nous rappellent �galement ce que le ministre ne dit pas. Le Qu�bec
n'�tait pas en retard il y a dix ans. En 1994-95, les d�penses
qu�b�coises �taient encore dans la moyenne canadienne. Et c'est
pendant le r�gne du gouvernement dont il est membre que le retard
s'est creus�. Cela s'explique, bien s�r, par la lutte au d�ficit.
Mais il semble que le syst�me de sant� qu�b�cois a �t� plus malmen�
que celui des autres provinces par l'aust�rit�. Et le Qu�bec, comme
le montre le fait que la croissance des d�penses de sant� y est plus
faible ailleurs, a r�investi en sant� plus tard et plus lentement
que les autres. Le projet de soci�t� du ministre consiste donc �
r�parer les d�g�ts de son propre gouvernement. Une d�marche inusit�e
qui, en substance, consiste � dire : � On vous a mis dans le trou.
Maintenant, r��lisez-nous pour qu'on vous en sorte ! �
Notons
en passant que l'argument du d�s�quilibre fiscal ne peut pas venir �
la rescousse du ministre. Parce que toutes les provinces doivent
composer avec exactement le m�me d�s�quilibre que le Qu�bec. Et cela
ne les a pas emp�ch�es de faire plus en sant�.
Poursuivons le
raisonnement. M. Legault explique aussi que, selon lui, il n'est pas
possible de d�gager les fonds dont a besoin le syst�me de sant� en
coupant dans d'autres secteurs. L� aussi, les comparaisons
interprovinciales sont d�vastatrices. Le Qu�bec consacre 32,2 % de
ses d�penses de programmes � la sant�, contre 37,8 % dans l'ensemble
canadien. Toutes les autres provinces ont r�duit la part de leurs
autres d�penses pour consacrer plus de ressources � la sant�.
Pourquoi le Qu�bec a-t-il choisi de moins faire pour la sant� ?
Pourquoi est-il incapable, comme on l'a fait ailleurs, de r�duire
ses autres d�penses pour investir en sant� ?
La d�marche de
M. Legault nous pousse � une seule conclusion logique, qu'il refuse
d'�noncer, mais qu'il ne renie pas : il n'est pas possible d'arriver
� son objectif sans augmenter les imp�ts. L�, les comparaisons
interprovinciales deviennent carr�ment assassines.
Nous
savons depuis longtemps que les Qu�b�cois paient davantage d'imp�ts
que partout ailleurs en Am�rique du Nord. Malgr� cet effort fiscal
additionnel, comme on vient de le voir, les d�penses de sant� sont
moindres au Qu�bec.
Et maintenant, le ministre Legault
pr�pare les esprits � l'id�e suivante : pour que les Qu�b�cois aient
droit � des d�penses de sant� comparables � celles des autres
provinces, il faudra que leur fardeau fiscal s'alourdisse encore
plus. � Vous �tes surtax�s pour des services moindres qu'ailleurs au
Canada, dit-il en fait aux Qu�b�cois. Si vous voulez avoir droit �
des services comparables, il faudra donc que vous soyez
sur-surtax�s. � L'�quation ne tient tout simplement pas.
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