Bonjour

 

Voici pour vous éclairer un peu.

 

Le Québec a développé une science particulièrement efficace de l'usage des mots à contenu religieux dans les conversations de tous les jours, surtout lorsque l'émotion est avivée, par exemple dans une discussion avec un beau-frêre autour d'une quantité non négligeable de houblon.

 

Dans cette pratique, les vocables les plus couramment utilisés sont:

 

Criss

Esti

Tabarnak

Câlice

Saint-Ciboire

Calvère

Saint-Crême

 

Bien sûr, si l'utilisation exclamative monovocabilique est utile pour un effet bref mais percutant, pour les effets plus soutenus, de masse ou d'amplitude émotivique, on peut associer un nombre indéterminés de vocables selon des règles et une syntaxe qui n'est pleinement maitrîsée qu'au terme d'une longue pratique, généralement auprès d'un Maître, qui peut être dans la parenté ou non, le plus souvent un oncle qui habite à l'extérieur et ne vient pas souvent, mais laisse sa marque partout où il passe.

 

Parmi les formules combinatoires les plus courantes, on reconnaît:

 

"Esti de câlisse"

"Câlisse de tabarnak"

et bien sûr "Saint-Ciboire de Saint-Crême"

 

Au-delà de l'utilisation langagière substantivique des sacres, tout un courant néolaurentidien tend à transformer les vocables en lui donnant une fonction verbatique ou adjectivale.

 

Ainsi, pour manifester son intention de balancer un poing dans la gueule de quelqu'un, on peut aisément utiliser:

 

"M'a te crisser mon poing dans face"

 

On peut également favoriser l'usage générique du sacre:

 

"M'a ta sacrer mon poing sur la nasalité"

 

Et pour manifester son désir de voir un individu se retirer séance tenante, l'usage suivante est consacré dans le Petit dictionnaire universel des dérivés syntaxique (édition révisée de 1963):

 

"Câlisse ton camp d'icitte"

 

Une forme de transmutation mixte à la fois adverbiale et substantivique apparaît plus aisément dans les exemples suivants:

 

"Mon tabarnak d'hostie, toi"

 

Enfin, dérivée des concepts musicaux développés par Schonberg, l'utilisation de la série est apparue au tournant du dernier siècle. La série parfait comporte une utilisation des sept vocables principaux, comme par exemple:

 

"Mon criss d'hostie (ou Esti) de tabarnak de câlice de saint-ciboire de calvère de saint-crême d'hurluberlu."

 

Une telle série, pour avoir toute son efficacité, doit se conclure avec un point sur la table ou mieux encore, sur la gueule, un simple point final ne pouvant qu'appauvrir ridiculement le rythme jusqu'ici endiablé de cette phrase.

 

Notons qu'il s'agissait d'une forme savante, comme le montre l'apposition de niveau de langage engendrée par l'ajout d'"hurluberlu" à une série jusqu'ici sans faille.

 

J'espère que vous aurez été éclairé.

 

Alain

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