Le vaccin contre la tuberculose remis en question
Pascale Breton
La Presse
La tuberculose tue encore près de deux millions de personnes chaque année dans 
le monde. Pourtant, le vaccin conçu en 1921 a évolué au point où des chercheurs 
doutent maintenant de son efficacité.
Au terme d'une décennie de travaux, des chercheurs de Montréal, de France et 
d'Angleterre viennent de publier une étude sur la question. Le compte rendu est 
disponible en ligne à l'Académie nationale des sciences des États-Unis.

«Nous savons que le vaccin n'est pas aussi efficace que voulu et que le vaccin 
a évolué et changé», explique Marcel Behr, professeur associé à l'Université 
McGill et chercheur canadien de l'étude.

Les chercheurs ont réussi à cartographier et à analyser le code génétique du 
bacille Calmette-Guérin (BCG), à l'origine du vaccin.







Le BCG a été dérivé vers les années 20 pour créer le vaccin contre la 
tuberculose. Les laboratoires ont continué de cultiver ce vaccin, mais il a 
évolué peu à peu. En étudiant les souches filiales, les chercheurs ont réussi 
pour la première fois à recréer le génome de 1921.

Au fil des ans, le vaccin a évolué et même dégénéré dans les différents 
laboratoires où il était produit. Résultat, les essais cliniques d'antan ont 
été réalisés avec un vaccin qui n'existe plus aujourd'hui.

«Les vaccins administrés aujourd'hui aux nouveau-nés n'ont jamais été testés, 
ce n'est plus le même produit, souligne le professeur Behr. Tous ces vaccins 
sont donc d'une efficacité inconnue.»

La vaccination des jeunes enfants fait partie intégrante de la stratégie de 
l'Organisation mondiale de la santé pour éradiquer la tuberculose. La maladie 
fait des ravages, surtout dans les pays du tiers-monde.

Un tiers de la population mondiale est infectée par le bacille tuberculeux. En 
2004, l'Asie du Sud-Est comptait le plus de cas de tuberculose, avec 33 % de 
l'incidence mondiale. C'est toutefois en Afrique subsaharienne que l'incidence 
par habitant est la plus élevée, avec 400 cas pour 100 000 habitants.

La tuberculose est une maladie contagieuse. Elle s'attaque surtout aux 
personnes dont le système immunitaire est affaibli, notamment celles infectées 
par le VIH, ainsi que les jeunes enfants et les personnes âgées.

Près de deux millions de vaccins sont administrés dans le monde chaque semaine. 
Un total de 100 millions par année. Il devient urgent de développer un nouveau 
vaccin, souligne le professeur Behr.

L'urgence se fait encore plus sentir avec l'apparition récente de souches 
résistantes de tuberculose. L'OMS a diffusé un avis à cet effet l'automne 
dernier. Ces souches sont résistantes à trois des six médicaments les plus 
souvent utilisés.

«Quand on voit de la résistance, on veut avoir un vaccin parce que la 
résistance nous informe que l'approche antibiotique a des limites», note M. 
Behr.

Au Québec, la tuberculose est une maladie à déclaration obligatoire. Bon an, 
mal an, environ 150 cas sont signalés, notamment chez les personnes âgées et 
les immigrants. La vaccination a cessé graduellement à partir des années 70.

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