Depolitiser la santé, ça fait longtemps que j'en parle autour de moi. J'ai
toujours été cette idée.  On se rejoint tout à fait là-dessus.
Trop de décisions sont politiques. Il n'y a pas assez de planification à
long terme, juste des promesses et des projets lancés pour gagner les
prochaines élections...

Le problème, c'est que la santé, c'est un gros "chunk" du budget et
l'argent, c'est le pouvoir... Si on remettait 40-50% de notre budget à un
genre d'HydroQuebec de la santé, une agence permanente qui se fixerait une
réelle planification à long terme,  il ne resterait plus grand chose pour
faire des promesses électorales et il faudrait bien que les politiciens
trouvent d'autres sujets pour leur discours.


2009/4/22 Julie Boyer <[email protected]>

>
> En fait, je ne faisais que vous faire part de mes observations. Je ne dis
> pas que le privé est plus ou moins efficace, je dis que les gens (et pas
> seulement les CEO et les ministres) fréquentent les cliniques privées. Je
> n'ai aucun intérêt dans le privé, je ne fais même pas de clinique sans
> rendez-vous! En fait, j'en fais mais en CLSC!!
> Je pense aussi que la situation des gens en banlieu, en région et à
> Montréal
> sont différentes. M et Mme tout-le-monde c'est pas juste les gens qui font
> le salaire minimum ou moins...c'est aussi la classe moyenne qui en banlieu,
> du moins, est plus 'aisée' qu'à Montréal où les gens doivent dépenser
> beaucoup plus pour se loger. Ces balieusards ont plus d'argent à dépenser
> sur autre chose que leur logement et étant donné le déficit majeur en
> médecins de famille dans ma région, du moins, plusieurs se tournent vers
> ces
> cliniques privées. Mes ex-collègues cherchent d'ailleurs des médecins pour
> se joindre à eux, parce que la demande excède leur capacité. Je ne dis pas
> que c'est mieux le privé, je dis que les gens se tournent vers ces
> cliniques
> parce que nous avons un problème majeur d'accessiblité.
>
> Tant qu'à discuter.... (vous n'êtes pas obligés de continuer à lire mais
> moi, ça m'a fait du bien de l'écrire...!!!)
>
> Je pense que nous avons besoin de beaucoup plus que des solutions
> 'band-aid'
> en santé au Québec. Nous avons besoin d'une refonte du système. Nous avons
> besoin de mettre l'accessibilité au médecin de famille au centre du
> système;
> nous avons besoin de centraliser les soins parce que saupoudrer des
> spécialistes, ça mine le moral de ceux-ci et ça ne favorise pas la
> rétention
> ni les projets d'envergure; nous avons besoin de dépolitiser la santé parce
> que les promesses électorales et le besoin de réélection ça ne va pas avec
> l'égalité dans l'accès à des soins de santé et une vision à long terme de
> ce
> qu'on veut comme système de santé au Québec. Y'en a marre des gestionnaires
> non imputables et du secret dans lequel on garde la population par rapport
> à
> notre système. Peut-être que ça va bien à l'Institut mais à St-Jérôme, ça
> va
> mal!
> Voulez-vous parler des PREM et PEM aussi? J'en ai beaucoup à dire aussi sur
> ce système mal conçu, sans vision et surtout rempli de dérogations et de
> situations particulières. Et ce, en médecine d'urgence et dans toutes les
> autres spécialités. N'y avait-il pas un médecin qui voulait écrire le
> manuel
> de 'comment obtenir une dérogation pour un PREM'?
>
> Ouf!
>
> À bientôt!
>
> Julie
> p.s. nous sommes sur la liste des dépanneurs (St-Jérôme) pour cet
> été...avis
> aux intéressés!
> -----Original Message-----
> From: Alain Vadeboncoeur [mailto:[email protected]]
> Sent: 22 avril 2009 09:26
> To: [email protected]
> Subject: URG-L: Perceptions, réalités, privé, public...
>
> Julie écrivait:
>
> "En ce qui concerne les Médisys et Md Rockland, ce ne sont pas juste les
> ministres et CEO qui les fréquentent. J’ai 2 ex-collègues qui ont chacun
> ouvert leur clinique privé dans les Laurentides et qui sont désaffiliés de
> la RAMQ et qui voient monsieur et madame tout-le-monde dans leur clinique
> où
> ils doivent débourser. Et lorsqu’ils ne réussissent pas à les investiguer
> et/ou traiter dans leur clinique, ils les envoient à l’urgence (bien sûr!)
> et je peux vous assurer que c’est pas des CEO et des ministres.
>
> On est rendu à un point où les gens qui travaillent, les gens qui ont autre
> chose à faire que d’attendre se payent des services privés avec rendez-vous
> rapide plutôt qu’aller attendre à l’urgence pendant 12-15-20 heures (les
> temps d’attente chez nous).
>
> Alors arrêtez de penser que ces cliniques sont justes pour les ‘grands’ de
> ce monde, bien des gens ‘ordinaires’ se payent ces services, depuis
> longtemps et de plus en plus."
>
> Puisque le débat lève... Julie écrit deux ou trois choses très importantes
> et à mon avis, je m'excuse Julie, questionnables.
>
> D'une part, la seule et unique raison qu'il y a moins d'attente dans ces
> cliniques privées, que l'on parle de rendez-vous, de SRV ou d'imagerie,
> c'est  simplement parce qu'il y a peu de volume, ce qui donne l'illusion de
> l'efficacité. De ce que je comprends des cliniques RV de type Rockland MD,
> c'est qu'ils prennent "X" minutes (disons 15-20) avec un patient, peu
> importe, à un coût "Y". Comme il y a encore peu de monde qui les fréquente,
> les gens ont "miraculeusement" un RV le lendemain, ou autre.
>
> Évidemment, c'est une illusion: s'il le volume était là, il y aurait autant
> d'attente que dans le système public, il n'y a aucune raison qu'il en soit
> autrement, les MD ne vont pas plus vite dans le privé (comme ils chargent
> davantage, c'est probablement plutôt le contraire), les SCAN ne prennent
> pas
> d'images plus rapidement, les infirmières ne font pas des prises de sang
> plus vite. C'est uniquement une question d'offre et de demande, si on aime
> parler "marché" et l'offre, aussi marginale soit-elle, dépasse la demande,
> si on veut reprendre des termes du "marché". Or, l'offre est
> essentiellement
> une offre médicale déterminée non pas par le contexte mais bien le nombre
> de
> MD et leur "productivité".
>
> La question qu'on peut se poser est aussi: pourquoi si peu de gens
> utilisent
> ces cliniques? Tout simplement parce que la vaste majorité des gens,
> nonobstant ce qu'on dit, n'ont pas les moyens de se les payer. "Monsieur et
> madame tout le monde" ne formeront JAMAIS la majorité des gens payant pour
> consulter, parce que consulter un MD, cela coûte très cher et qu'une bonne
> partie de la population ne peut se l'offrir. Il n'y a qu'à regarder aux
> USA:
> 45 000 000 de personnes n'ont ni couverture publique ni assurance privée ni
> les moyens ne se payer une assurance privée.
>
> Donc ces perceptions reposent sur une double illusion d'optique et
> conduisent à conclure que "le privé est efficace" et "tout le monde utilise
> ses services". Deux faussetés.
>
> Le privé en santé n'est PAS plus efficace, en fait, la littérature sur le
> sujet montre plutôt le contraire, en plus de couter généralement plus cher
> et d'être plus contraignant pour les médecins.
>
> Les gens ordinaires n'auront PAS les moyens de payer pour utiliser les
> services de santé courante, c'est ce pourquoi un système de redistribution
> social est essentiel pour avoir de bons indicateurs de santé, comme nous
> avons d'ailleurs.
>
> Ce dernier point implique que, oui, l'établissement la médecine privée
> parallèle conduit à un problème fondamental d'iniquité d'accès, justement
> parce que la majorité de la population n'a PAS les moyens d'accéder, et que
> cet accès est dès lors réservé à ceux qui peuvent sortir la centaine de $
> requis pour un simple RV de routine. Ici, c'est une question éthique de
> jugement de valeur. Notre société a fait des choix d'équité en santé il y a
> 40 ans.
>
> Tu mentionnes ensuite quelque chose de très intéressant, qui pourrait
> passer
> inaperçu: lorsque "qu'ils" ne réussissent pas à les traiter/investiguer
> dans
> leur clinique, "ils" les envoient à l'urgence. En fait, l'analyse est
> beaucoup plus simple: tout ce qui est lourd, complexe, âgé, psychiatrique,
> cancéreux, etc, bref, tout ce qui n'est pas de la médecine clean, rapide,
> se
> retrouvera inévitablement dans le public, pour trois raisons évidentes:
> d'une part, le système de santé public DOIT continuer d'exister, peu
> importe
> les conditions dans lesquelles il réalise ses objectifs, d'autre part, seul
> le système de santé public disposera des moyens LOURDS pour traiter les cas
> complexes et à long terme, mais enfin et surtout, parce que le privé ne
> peut
> exister que si une marge de profit peut être dégagée. Or, la littérature
> médicale montre bien que, justement, les graves problèmes de santé ne sont
> ni rentables ni rentabilisables. Et ces maladies chroniques sont justement
> celles qui sont le plus négligées lorsqu'un personne n'a pas accès aux
> soins.
>
> Qu'est-ce qui est "rentable" en santé? Les pathologies simples chez les
> gens
> plutôt en bonne santé, qui n'ont pas besoin de suivi à long terme et qui
> compliquent peu, et qui généralement comportent un geste technique. Facile
> à
> trouver: ce qui marche généralement bien dans un hôpital, c'est la
> chirurgie
> d'un jour, par exemple, les petits cas qui prennent quelques heures et qui
> compliquent peu, ou les gestes techniques en série: imagerie, scopies, etc.
>
> Or,  c'est justement le "modèle d'affaires" sur le quel tablent les
> cliniques comme Rockland MD: prendre ce qui va généralement le mieux dans
> les hôpitaux et en faire une spécialité: chirurgie d'un jour, gestes
> répétitifs, etc. Bien sûr que c'est rentable: prévisible, chez des gens
> aptes à se déplacer, pas trop vieux, pas trop malades. C'est d'autant plus
> rentable si on charge un montant correspondant à une chirurgie moyenne mais
> qu'on choisit des chirurgies sous la moyenne des coûts. Cela, n'importe qui
> serait capable de le faire de façon "rentable", d'ailleurs l'hôpital le
> fait
> déjà, on l'a vu avec les cliniques d'ophtalmo, où les coûts étaient de 20%
> à
> 100% plus élevés que dans le public. Pour de l'ophtalmo (je ne parle pas de
> chirurgie du cancer du colon chez les diabétiques, mais bien de
> l'ophtalmo).
>
>
> Qui plus est, ces services privés ont avec eux une garantie contre le gros
> risque: si le patient complique vraiment (je ne parle pas de la petite
> déhiscence mais bien de l'embolie pulmonaire massive), où vous pensez qu'il
> ira se faire soigner? La réponse est évidente. Or, une bonne partie du
> risque "financier" découle des soins intensifs et de longue durée qui
> seront
> associés aux complications, un autre "risque" qu'évidemment, puisque c'est
> son rôle, le réseau public va assumer. Ainsi, en se réservant la part
> congrue des soins plutôt techniques et prévisibles et en évacuant la notion
> de risque, bien entendu, le privé "va fonctionner" et "même être rentable",
> mais c'est une évidence que n'importe qui y arriverait avec ces paramètres
> de base!
>
> Alors non, je regrette, les soins privés ne sont et ne seront jamais pour
> "monsieur et madame tout le monde", services privés qui ne donnent
> actuellement que l'illusion de la performance et qui ne peuvent tabler que
> sur une portion congrue et sans risque des soins pour s'étendre. On
> pourrait
> dire que nous sommes victimes d’une illusion d’optique, mais il serait plus
> juste de dire que nous sommes manipulés par des gens qui ont un intérêt à
> voir émerger cette « opportunité d’affaires ».
>
>
> Alain Vadeboncoeur
>
> --- URG-L
> Pour quitter URG-L, envoyez un message a la liste ([email protected])
> avec, COMME SUJET, le mot REMOVE (rien d'autre).
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Martin Pham Dinh
[email protected]
http://martinphamdinh.googlepages.com/

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