Voici une lettre fort bien du Coll�gue Rivard parue dans La Presse hier ou avant-hier. Alain Vadeboncoeur ----- Original Message ----- From: "Claude Rivard" <[EMAIL PROTECTED]> To: "Alain Vadeboncoeur" <[EMAIL PROTECTED]> Sent: Thursday, January 17, 2002 11:52 PM Subject: Re: Lettre
Nous sommes en 1972, j'ai 12 ans et je suis assis dans mon cours de g�ographie. Mon professeur en avant nous montre notre premi�re courbe d�mographique et nous explique que nous sommes des der- niers enfants du "baby-boom". Il nous explique aussi que nous ris- quons d'avoir des probl�mes plus tard car nous allons nous retrouver avec une pyramide invers�e. La majeure partie de la population sera plus �g�e, aura besoin de soins et il n'y aura pas beaucoup de travail- leurs pour s'occuper de ces personnes. La tour risque de s'�crouler parce que la masse principale ne sera support�e que par une une petite base.... Nous sommes en 2002, j'ai 42 ans et je suis m�decin d'urgence. Il semble que nos "d�cideurs" n'aient pas suivi le m�me cours de g�ographie que moi ou encore qu'ils �taient des cancres et ont coul� ce cours. Je travaille dans une urgence qui est remplie � 200% depuis plus d'un an. Cette semaine, l'administration de l'h�pital o� je travaille a demand� � la population de s'adresser � d'autres ressources du "r�seau" de la sant� parce que nous ne pouvions plus suffire � la demande de soins. L'h�pital est occup� � plus de 104%, nos 350 lits sont tous ouverts et nos infirmi�res sont us�es � la corde. Deux jours apr�s cette demande, l'urgence �tablit un record de patients couch�s, plus de 80 patients attendent sur des civi�res dans les corridors et la majorit� d'entre eux attendaient...un lit aux �tages. Notre h�pital a plus de 50 patients en attente de soins de longue dur�e dans des lits de soins aigus et autant de patients sont actuellement plac�s dans des res- sources priv�s, � nos frais, aussi en attente de soins de longue dur�e. Aux nouvelles cette semaine, les h�pitaux de la m�tropole rapportaient la m�me situation, de 60 � 100 patients chroniques sont dans des lits de soins aigus et attendent une place dans une centre de soins de longue dur�e. Ces lits de soins aigus bloqu�s expliquent pourquoi le "probl�me des urgences" est ailleurs, c'est un probl�me d'h�pital, un probl�me de r�seau... Si on nous donnait, demain, un centre de soins de longue dur�e de 200 lits, les deux h�pitaux de Longueuil le remplirait en une journ�e. Malheureuse- ment, comme les infirmi�res font d�j� des 12 et des 16 heures pour com- penser le d�ficit de personnel soignant, nous n'aurions pas le personnel n�cessaire pour s'occuper des patients de soins de longue dur�e. Loin de moi l'id�e de me d�filer de mes responsabilit�s, nous devons avoir une approche de gestion plus "imaginative" et centr�e sur les besoins des usagers (pas malades, usagers....). Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites que notre choix de soci�t� de vouloir tout gu�rir et gu�rir vite nous am�ne une augmentation des co�ts de soins de sant�. Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites que nous avons un manque d'argent et que nous devrons trouver des solutions � ce probl�me. Mais il faut comprendre qu'une solution nous est d�j� appliqu�e de force. Le manque d'argent nous a amen� r�cemment � faire des choix qui ont un impact direct sur la qualit� des soins qui sont donn�s � la population. Les bureaucrates qui ont "pens�" � fermer des h�pitaux et � mettre pr�coce- ment � la retraite un groupe d'infirmi�res qualifi�es (et, en r�trospective, n�cessaires � la prestation des soins) n'ont de toute �vidence pas eu le m�me cours de g�ographie que moi. Malgr� les probl�mes que ces bureaucrates nous on amen�s, ceux-ci ont �t� tr�s probablement chaudement f�licit�s et r�compens�s car leurs pro- grammes de "rationalisation des soins" a fait �conomiser des millions � l'�tat. Nous vivons actuellement avec les cons�quences de ces choix et elles sont extr�mement inqui�tantes, une visite dans n'importe laquelle des urgences de la m�tropole vous en convaincra... Oubliez le scanner dernier mod�le ou encore la pilule miracle � $2.00 le comprim�. On cherche le pr�pos� pour amener le patient � ce scanner ou l'infirmi�re pour donner ce comprim�! La qualit� des soins est actuellement compromise � cause du mode de gestion "� la petite semaine" que nous subissons. Selon vous, "L'�tat doit disposer d'un outil d'une haute expertise et d'une grande cr�dibilit� qui choisira de mani�re publique, rationnelle et raison- n�e, quels services et quels m�dicaments il doit payer". Selon moi, m�me si l'�tat avait un tel outil, il ne pourrait appliquer ses recommandations car elles seraient trop co�teuses politiquement, nous allons rester dans la gestion des "crises" car c'est la seule qui est rentable politiquement et � court terme. En attendant, il faudrait qu'un actuaire calcule tr�s s�rieusement combien nous co�te r�ellement les heures suppl�mentaires du personnel soignant et ajoute � ce montant combien nous co�te les prestations pour arr�t de travail prolong� (qui suivent invariablement apr�s). Est-ce que nous avons sauv� tant d'argent que �a??? Pour 2002, je vous souhaite de jamais n'avoir � me voir. Sant�! Claude Rivard, md Urgence CH Pierre-Boucher. Longueuil, Qc
