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De�: Michael Garner <[EMAIL PROTECTED]>
Date�: Fri, 18 Jan 2002 12:54:11 -0800
��: Alain Vadeboncoeur <[EMAIL PROTECTED]>
Objet�: Re: URG-L: Devinettes m�taphysiques

le 01/17/02 20:05, Alain Vadeboncoeur � [EMAIL PROTECTED] a
�crit�:

> La suite.
> 
> | Pour vous relaxer les circonvolutions, voici des devinettes m�taphysiques:
> |
> | 1) Dans une pi�ce, il y a une civi�re � clous, une infirmi�re, un patient
> et
> | un lit. Curieusement, le patient est dans la civi�re � clous, soign� par
> | l'infirmi�re, et le lit est vide. Pourquoi?
> 
> Il faut peut-�tre ajuster les proportions pour y voir plus clair. Il y a, �
> Montr�al, depuis non pas la fin des temps mais quelques mois, jusqu'� 900
> lits de courte dur�e ferm�s, et des pointes de 500 � 600 patients sur
> civi�res, chaque patient recevant toutefois des soins d'une infirmi�re en
> bonne et due forme. La vraie question est donc: par quel principe
> m�taphysique obscur ces patients ne se trouvent-ils pas plut�t dans les
> lits, avec � leur cot� l'infirmi�re qui les y soigne? C'est tr�s tr�s
> s�rieux cette question: personne n'a jamais pu dire, du moins dans les 500
> derni�res ann�es, pourquoi les patients ne sont pas dans les lits avec les
> infirmi�res � leur cot�, mais bien sur une civi�re avec une infirmi�re
> blafarde � leur cot�, alors que le lit vide s'ennuie � mourir, sauf
> peut-�tre par jans�nisme.
> 
> |
> | 2) Dans une petite pi�ce, il y a une seule place et un lit, et un patient
> | dedans. Dans l'autre, il y a une seule place aussi et une civi�re, et un
> | patient dedans. Dans la premi�re, � cot� du patient, il y a un pot de
> fleur.
> | Dans l'autre, � cot� du patient, il y a 3 autres civi�res avec 3 autres
> | patients. Pourquoi?
> 
> Le premier patient est � l'�tage et le second � l'urgence, comme vous
> l'aurez devin�. Car par un autre grand myst�re m�taphysique, dans le second
> cas on peut tout � loisir utiliser le corridor de l'urgence pour ajouter des
> patients, mais on ne peut le faire dans le corridor de l'�tage, pourtant
> constituer de la m�me tuile et �clair� par le m�me n�on blafard. Curieux
> non? Il semble que le corridor de l'urgence ne soit point consubstantiel �
> celui de l'�tage.
> 
> |
> | 3) Qui a d�j� entendu parler du corridor du 4e �tage? Pourquoi pas?
> |
> 
> Le corridor de l'urgence fait pourtant la une r�guli�rement, malgr� la
> similitude absolue de couleur plafond et de texture murale avec celui de
> l'�tage, dont on n'entend jamais, jamais parler. Surement l� un quelconque
> myst�re m�sopotamien perdu dans l'origine d'�tang.
> 
> | 4) A la Baie-James, il y a un r�servoir dont le niveau monte un peu trop.
> | Les turbines sont bouch�es. Pour r�gler le tout, on envoie des castors
> | construire un petit barrage en amont. Bien s�r, la for�t est inond�e, mais
> le
> | niveau du r�servoir est sous contr�le. Pourquoi?
> 
> (Malheureusement, ils ont oubli� de dire les nuages de cesser de pleuvoir).
> 
> (Saviez-vous par paranth�se que les castors culpabilisant facilement, comme
> toutes les jeunes b�tes un peu simples � dents longues, il suffit de leur
> dire que c'est de leur faute si 1) l'eau envahit la for�t, 2) ils ont choisi
> de construire stupidement des barrages toute leur vie et que s'ils avaient
> eu la pr�sence d'esprit d'aller plut�t nager dans le r�servoir comme les
> otaries, ils n'en seraient pas l�, pour les voir aussit�t fi�rement
> redoubler d'ardeur.)
> 
> R�pondons par analogie: il est impossible de contr�ler l'arriv�e �
> l'urgence, puisque la mission hospitali�re, d�riv�e de celle de l'�glise
> chr�tienne, est d'accueillir aussi bien le m�cr�antique que l'impus.
> L'h�pital ouvre donc hospitali�rement ses portes � tous. Mais attention, pas
> fous, une fois ces portes pass�es, hop!, on bloque tout, on reste pris dans
> le troisi�me cercle de l'enfer, et l'urgence se remplit, et on ajoute des
> infirmi�res, et l'urgence se remplit, d�borde, et on ajoute des infirmi�res,
> toujours plus jeunes, etc. Quant � l'�tage, lieu supernaturel inviolable,
> c'est bien sur le contraire: on remplit l'�tage d'infirmi�re (m�me si par
> les temps actuels de disette c'est plut�t relatif), puis, une fois que tout
> est au go�t du jour, bien en place, on sonne une petite cloche d'argent et
> les patients �lus peuvent alors y monter un � un, mais attention, seulement
> ceux que la gr�ce suffisante (et non la n�cessaire) a atteint, et pas un de
> plus, alors que les autres, ils devront passer quelques jours dans le
> c�l�bre corridor de l'urgence � ronger leurs barreaux de civi�re sans frein.
> 
> Alain Vadeboncoeur MD
> 

Salut Alain,

Heureux de voir comment tu as su cristalliser ce que nous, chevaliers des
urgences, comprenons depuis fort longtemps, mais que nos confr�res et
cons�urs des �tages, et les habitants des aires administratives des h�pitaux
et des R�gies locales, r�gionales, supra-r�gionales, pan-r�gionales, holo et
t�l�-r�gionales, commissions m�dicales, et minist�res s'efforcent d'ignorer
depuis si longtemps.

Pour �tre dans un des rares CH qui, depuis 1 an, a r�ussi � franchir la
barri�re g�n�ralement infranchissable que tu d�cris, entre l'urgence et
l'�tage, je me permets de r�pondre � une partie des questions que tu
soul�ves:

a) Une part �norme de la barri�re est le nursing des �tages qui. �videmment,
ne veut pas assumer ne poartie du bordel qui r�gne � l'urgence. "C'est pas
par ce que c'est le bordel en bas que nous devons accepter que �a devienne
le bordel an haut". Le nursing consid�re que de transf�rer une part de la
pression � l'�tage ne fera que mettre plus de pression sur le nursing, sans
en mettre davantage sur le m�dicus, qui, selon le nursing, est responsable
de l'encombrement, en n'�tant pas assez diligent, en ne signat pas les
cong�s le matin, en n'avisant pas des cong�s prt�vus, en ne se pr�occupant
pas du turnover, de fa�on g�n�rale. Par contre, le medicus riposte en disant
que le nursing ralentit volontairement  en ne d�clarant pas les cong�s
aussit�t donn�s, en refusant de recevoir les patients lors des pauses-caf�,
des pauses syndicales, des pauses-repas, des changements de quart de
travail, des pleines-lunes des demni-lunes, des jours impairs, etc...


Les deux ont partiellement raison bien sur, mais le r�sultat est que les
deux parties envoient la balle chez le voisin et ne s'occupent pas de leur
propre jardin. Cons�quence: impasse et stagnation

b) L'autre partie du probl�me, une fois la barri�re urgence-�tage d�fonc�e
(du moins partiellement), dans un contexte de p�nurie d'effectifs est la
suivante: Une fois qu'on accepte le fait, comme tu sugg�res si bien dans tes
commentaires, et comme nous pronons depuis des ann�es, que les patients du
corridor devraient monter dans des lits, accompagn�s des infirmi�res qui
s'en occupent de toutes fa�ons, on se heurte � 2 probl�mes, dont 1 qui est
le monde � l'envers:

1- Les infirmi�res ayant un poste r�gulier � l'urgence, et m�me de
nombreuses infirmi�res de l'�quipe volante REFUSENT de s'occuper des m�mes
patients, dans des lits d'�tage plut�t que dans un corridor d'urgence !!!!!
Vue la convention � l'�preuve des balles, il est impossible de les forcer,
et, comme il n'y a pas assez d'infirmi�res � l'�tage, et qu'en plus, la
convention emp�che la direction de r�-affecter des infirmi�res d'une unit�
des soins � l'�tage � une autre unit�, il devient impossible de monter des
patients, m�me si des lits libres existent.

Ajoutons � ceci que si on ouvre des lits ferm�s, i faut ajouter des
ressources (pr�pos�s, commis, assitante), alors qu'� l'urgence, on ne fait
qu'�tirer l'�lastic.... (Quoique ma DSI affirme que �a lui co�te moins cher
d'avoir les m�mes patients � l'�tage qu'� l'urgence.... temps suppl�mentaire
?)

Ajoutons aussi la conviction PROFONDE chez de nombreux membres du corps
m�dical, et de certain es directions que "si l'on vide la salle d'urgence en
mettant les patients � l'�tage, �a ne fera que se remplir de toutes fa�ons,
� cause des pressions du syst�me et du ph�nom�ne des vases communicants".
Par cons�quent on pr�f�re se servir de l'effet tampon d'une urgence
d�bord�e, en croyant que �a finit par permettre d'obtenir un d�tournement
d'ambulances et de la population....

Par cons�quent, les probl�mes sont, d'une part, un manque de personnel
infirmier, et, d'autre part, une culture que ne change pas, du moins chez
nos coll�gues consultants, qui consid�rent encore et toujours l'urgence
comme une plaie plut�t qu'une partie int�grale de l'h�pital, et les patients
(les m�mes dont iles s'occuperont bien lorsqu'arriv�s dans un lit), comme
des extra-terrestres, n'appartenant pas � l'h�pital, mais � ce cancer qui
est l'urgence, et qui sappe les �nergies et ressources de l'h�pital.

M�me chez nous, o� une crise majeure est survenue l'�t� dernier (perte de
deux-tiers des effectifs m�dicaux de l'urgence), et qui, malgr� l'impression
des instances externes s�vit encore, il n'y a eu � peu pr�s aucune
modification, et certes � peu pr�s aucun changement efficace, au niveau de
l'h�pital (�tage), malgr� toutes les d�clarations et assurances de
l'administration, qui, malgr� de la bonne volont�, n'a pas pu instaurer des
changements significatifs (hormis les patients surnum�raires, qui ne sont
pas rien, mais qui ne compensent pas pour le nombre deux fois plus grand de
lits ferm�s) . En fait, aussi absurde que cela puisse para�tre devant une
crise qui a failli faire fermer une des plus grosses urgences du Qu�bec, le
nombre de patients admis � partir de l'urgence a DIMINUE, et la dur�e de
s�jour des patients a AUGMENTE de fa�on substantielle, avec la dur�e de
s�jour � l'urgence des pts avec demande d'hospit �tant maintenant de plus de
3 fois la norme !!!!!

Bref, encore bien du chemin � faire, et face � des ressources humaines en
nombre tr�s insuffisant et par cons�quent tr�s surmen�es et donc moins
efficaces....

Michel Garner
Sacr�-Coeur
Montr�al

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