Bonsoir Sophie,

 

Tu poses plusieurs questions auxquelles je ne peux pas r�pondre.. Je peux en revanche t’indiquer comment nous nous y prenons dans nos classes qui ont un fort caract�re h�t�rog�ne et qui accueillent des enfants de profils identiques aux tiens.

Concernant la prise en compte de cette h�t�rog�n�it� et de mani�re � en faire plus un atout qu’un handicap, nous avons fait le choix d’un emploi de l’outil � ceinture ï¿½ tel qu’il a �t� pens� par Oury dans une �cole d’ailleurs pas tr�s loin de la tienne mais il y a plusieurs dizaines d’ann�es de �a. J’ai pos� � la suite de ce message un document qui explique ce qu’il en est. Ce qui me semble central au regard de la probl�matique que tu soul�ves est que d’une part chaque enfant sait ce qu’il doit faire tout en connaissant ce que l’�cole attend de lui. D’autre part, lors des moments collectifs, la priorit� est donn�e aux plus � petits ï¿½, les enfants les moins avanc�s dans les ceintures. En m�me temps que la valorisation des r�ussites, une sorte de responsabilit� est donn�e aux nouveaux titulaires de ceintures, ce qui les conduit � laisser de la place aux plus petits afin de mieux les aider � grandir.

Concernant les enfants qui ï¿½ zonent ï¿½ dans la classe, c’est plus l’outil plan de travail qui est mobilis�.. En d�but de semaine, chaque enfant d�termine les activit�s � r�aliser et s’il arrive qu’en fin de semaine le minimum demand� n’ait pas �t� fait, mon degr� de guidance les concernant augmente et donc contraint leurs espaces de libert�s dans le travail. L’intention est toujours la m�me, ce sera par cette frustration que le d�sir na�tra.

Au sujet des enfants qui ne font pas ce qu’ils ont choisi (les messages Marelle par exemple), c’est une question qu’on se pose actuellement. On vient d’essayer d’inscrire ces projets dans les plans de travail mais on n’a pas d’effets � ce jour.

Le probl�mes des enfants qui g�nent et se montrent irrespectueux n’est pas � mon avis du m�me domaine de pr�occupations mais plut�t du statut de la Loi et de la sanction dans la classe.

Mais ceci demande bien plus de d�veloppements…

 

Coop�rativement

 

Sylvain

 
Sylvain CONNAC
Ecole coop�rative Antoine BALARD
123, rue de Salamanque
34 080 MONTPELLIER
sylvain.connac(antispam)laposte.net
 
 
 

Une �valuation formatrice par les ceintures

 

Une � ceinture ï¿½ est la principale institution issue de la pens�e de Fernand OURY. Praticien du judo, il avait observ� la capacit� des judokas � coop�rer malgr� les �carts de niveaux existant dans le groupe. Enseignant soucieux de permettre � tous ses �l�ves de profiter des moments scolaires, il envisagea le transfert de ce qui fonctionnait dans cette pratique sportive aux pr�occupations p�dagogiques. Une ceinture est donc la repr�sentation symbolique d’un niveau de ma�trise correspond � un ensemble de comp�tences identifi�es. Elles se d�clinent en plusieurs couleurs : rose – blanc – jaune – orange – vert – bleu – marron – noir.

 Les intentions �ducatives d’un emploi de ceintures sont multiples. Il s’agit tout d’abord de permettre � l’enseignant de tenir compte des connaissances initiales mobilis�es par les �l�ves tout en faisant de l’h�t�rog�n�it� du groupe un facteur d’apprentissage plus qu’un frein aux �volutions. En d’autres termes, les ceintures conduisent � ce que chaque enfant dans un groupe puisse �tre pris en consid�ration quels que soient ses connaissances, ses comp�tences et son profil d’apprentissage.

Il s’agit ensuite de permettre aux enfants d’entrer dans des activit�s qui correspondent � ce qu’ils sont en mesure d’entreprendre, qui se trouvent dans ce que Vygotsky nomme la zone de proche d�veloppement. Lorsqu’un enfant s’entra�ne pour l’obtention d’une ceinture, il tente la ma�trise de comp�tences ni trop ais�es, ni trop complexes au regard du son niveau actuel.

Avec les ceintures, il s’agit �galement de permettre aux enfants de disposer d’un support cons�quent aux apprentissages coop�ratifs. Du fait de l’acceptation du caract�re h�t�rog�ne d’une classe, l’enseignant ne peut plus �tre le seul recours face aux obstacles rencontr�s lors des situations d’apprentissage. Les pairs deviennent des relais �ventuels et des sources d’aides possibles, tout autant que les adultes de l’�cole, encore plus que le mat�riel p�dagogique et didactique � disposition dans la classe. Dans les faits, lorsqu’un enfant � jaune en lecture ï¿½ ne parvient plus � r�soudre un probl�me pos� pour l’obtention de la ceinture orange, il peut aller trouver un enfant ayant d�j� r�ussi cette ceinture et lui demander de l’aide. Cela implique d’une part qu’un tableau des ceintures soit affich� dans la classe de mani�re � ce que les niveaux puissent �tre accessibles par tous, et d’autre part que celui qui b�n�ficie de cette aide s’engage � en fournir une s’il vient � �tre sollicit�. Intervient alors un ph�nom�ne qui optimise les apprentissages effectu�s, celui qui voit un enfant s’efforcer d’expliquer � un pair ce qui se joue pour la ma�trise d’une comp�tence. Il n’est plus seulement conduit � esquisser des strat�gies qui lui correspondent mais il doit aussi en envisager d’autres pour multiplier les chances de r�ussite de l’enfant qu’il soutient. 

Enfin, les ceintures ont l’�valuation pour intention. Celle-ci est � la fois diagnostique, formative, sommative et formatrice. Elle est diagnostique lorsqu’en d�but d’ann�e l’enseignant �value les comp�tences ma�tris�es par les �l�ves. Cette phase initiale d’�valuation permet de disposer des profils constitutifs de la classe. Elle est formative parce que lorsqu’un enfant �choue dans la passation d’une ceinture, ses domaines de ma�trise sont identifi�s et consid�r�s tout comme ses insuffisances sont retenues pour faire l’objet d’une rem�diation. Elle est sommative parce qu’une ceinture ne peut pas �tre retir�e et ce qui est obtenu en d�but d’ann�e n’est pas remis en question ult�rieurement. Un enfant qui r�ussit une ceinture voit son domaine de pr�occupations chang� et son statut dans la classe modifi� puisqu’il devient expert pour les comp�tences de la ceinture qu’il vient d’obtenir. Lorsqu’il change de classe, il n’est plus n�cessaire d’�valuer � nouveau ce qui a �t� acquis. Elle est formatrice  parce que ce travail d’�valuation permet �galement aux enfants d’apprendre dans la mesure o� les validations se font soit lors d’entretiens personnalis�s, soit face au groupe entier qui valide ou pas la ma�trise d’une comp�tence.

 

Le fonctionnement de cet outil ceinture est possible avec le respect de quelques �l�ments :

� Un tableau � je grandis ï¿½ est affich� dans la classe et regroupe l’ensemble des ceintures obtenues par les enfants ;

� Chaque enfant doit disposer de l’ensemble des grilles de ceintures sur lesquelles se trouvent les comp�tences correspondant � chaque couleur et la possibilit� pour l’enseignant de signifier la r�ussite d’une ceinture et la ma�trise des diverses comp�tences lors des phases d’entra�nement ;

� Lors des phases de mutualisation, la priorit� de parole est toujours donn�e aux � plus petits ï¿½, c’est � dire les enfants qui ont les ceintures les plus claires (blanc puis jaune) ;

� Pour que des enfants reconnus comme experts puissent �tre en mesure d’aider efficacement un demandeur, celui-ci doit avoir int�gr� un certain nombre de r�gles m�ta-cognitives : pour aider, on ne donne pas la solution, on ne se moque pas, on encourage et on fournit plein d’id�es et d’exemples. Ces acquisitions doivent n�cessairement faire l’objet d’un travail sp�cifique conduit par l’enseignant en d�but d’ann�e scolaire.

 

Lorsque dans les situations de rencontres interindividuelles des difficult�s interviennent, le conseil de classe est en mesure de d�cider d’�ventuels am�nagements. Progressivement, un climat de travail coop�ratif s’�tablit dans le groupe. Il voit des enfants ne pas seulement se satisfaire des r�ussites ant�rieures mais s’efforcer d’en obtenir de nouvelles. Ce qui les pousse � �voluer ne correspond pas � de la comp�tition mais plut�t � une �mulation enrichie par la valorisation des efforts de chacun.

 

Sylvain Connac – 01/05



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