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Le récent message d'Hélène (arrivée échelonnée)
ouvre une piste en générale peu abordée que j'appellerais, faute de vocabulaire
plus adapté, l'approche physique... de la pédagogie. Ce qui n'est pas tout à
fait la même chose que la "pédagogie matérialiste" comme on qualifie parfois la
pédagogie freinet. Le matérialisme vient alors en appui à des hypothèses
cognitives : par exemple l'agencement matériel des ateliers en
fonction de tel ou tel objectif pédagogique, la création de tel
fichier par rapport à telle ou telle hypothèse de la construction des
apprentissage, du tâtonnement expérimental...
Hélène décrit fort bien un point de départ, non pas
anodin, mais tout simple : c'est idiot de poireauter et de se geler les
glaouis dans la cour en attendant qu'une sonnerie daigne se déclencher.
C'était la même raison simple qui a déclenché l'idée du lever individuel
: pourquoi être obligé de gigoter dans son lit alors qu'on est réveillé
depuis quelque temps et qu'en plus on risque de réveiller ceux qui eux ont
besoin de dormir ?
Mais ce problème bêtement physique (même chose pour
le besoin et le droit de faire pipi) suppose, pour être réglé, qu'en aval la vie
(ce qu'on fait et peut faire) et son organisation (comment on peut le faire)
soient totalement différentes. Autrement dit l'entrée simultanée par exemple
(aménagement physique du collectif) n'est créé que par rapport à ce qui se passe
ou va se passer en aval (dans les classes) et non pas pour des raisons
sécuritaires.
Inversement, la modification physique soit de
l'espace, soit de l'organisation spatio-temporelle, provoque des transformations
en aval : les enfants sont ravis dit Hélène, ça on peut dire que c'est
de l'ordre du physique, du corps. Des activités sont commencées, là on
sent bien que cela risque d'avoir des conséquences qui sont d'un autre ordre.
Lorsque avec les CEMEA nous avons développé
l'idée du réveil individuel, (j'étais jeune dirlo de colonie, je revenais du
service militaire -fin de la guerre d'Algérie- et je n'avais aucune idée
pédagogique !) nous ne pensions que "physique", respect du corps individuel
(sommeil, besoin d'activité matinale...) comme du corps collectif (calme,
tranquillité), et nous avons été éberlués de ce que nous découvrions. Et,
plusieurs décennies après, je suis toujours en admiration (auto-admiration!!!!)
de la transformation radicale que nous avons opérée dans les approches et les
regards sur l'enfant, le collectif, et l'éducation... en étant nuls, pour la
plupart, en idées pédagogiques !
Autre exemple tiré également de la petite histoire
: cette fois passons aux restaurants d'enfants, nés dans la foulée du réveil
individuel (1963 en Beaujolais). Lorsqu'on s'est penché sur la bouffe en milieu
rural, on était dans le système des cantines de la sortie de la guerre de 40-45.
C'était bêtement dégueulasse, insupportable. Là encore, le corps ne pouvait le
supporter en dehors des camps carcéraux. En s'attaquant au problème physique, on
a tiré sur bien d'autres ficelles, dont d'ailleurs celle de l'entrée et de la
sortie individuelle de table. Par exemple on a découpé la salle en divers petits
espaces, comme au restaurant (enfin dans certains restaurants quasi de luxe !),
ceci par des murets, plantes vertes etc. Pourquoi ? essentiellement pour limiter
le bruit ! d'une part on réduisait la résonnance, d'autre part en coupant le
champ visuel on limitait les interpellations en diagonale ! Encore le corps.
Mais alors les problème de la "surveillance", de l'aide aux petits, du service à
table... se posaient d'une façon tellement différente que l'on basculait dans un
autre monde... pédagogique (ou pouvait avoir d'autres objectifs !). L'éducation
devenait complètement différente, à cause des oreilles ! De même qu'il
devenait idiot de maintenir tout le monde à table pour sortir collectivement :
énervement, bruit, coups de gueule... mauvaise digestion. Du coup il fallait
envisager ce que chacun allait pouvoir faire sorti du resto... etc. Et
après cela devenait difficile de reprendre la classe comme si de rien n'était
ou, au contraire, cela devenait plus facile de la reprendre
différemment.
Toujours pour en rester au corps, on s'est bien
aussi aperçu que l'orthographe pouvait dépendre pour certains enfants au moins
de la mémoire... de la main !
Ou encore : j'avais émis l'hypothèse, en regard de
mon propre parcours et de tout ce qui s'était passé à l'avènement de la
télématique, que l'introduction d'un minitel et de sa messagerie dans une classe
traditionnelle, sans envisager aucune pédagogie de son utilisation possible,
pouvait peu à peu transformer radicalement le traditionalisme de la pédagogie :
un magnifique texte, qui doit toujours être dans Marelle, d'un enseignant dont
je n'ai plus le nom en mémoire, décrit l'extraordinaire transformation
réalisée... par un minitel !
Et encore, sur mon terrain de parent cette fois et
relevé la semaine dernière : Martin (5ans) avait quelque problème en début
d'années avec la maîtresse (3 ans d'ancienneté, très imbue de sa fonction,
probablement pas méchante, enceinte jusqu'aux yeux): il parle beaucoup et il
parle fort, et ça part facilement ! comme il est dans la grande section et qu'il
y a aussi des CP, qui doivent travailler, eux, au moins 45 minutes en lecture
parce que c'est écrit dans les instructions (texto !), Martin était
particulièrement dérangeant, surtout pendant ces 45 minutes ! Les grandes
sections sont en rangée de tables individuelles (pour justement limiter les
bavardages dérangeants). Première action physique de la maîtresse : éloigner
Martin de ses deux copains Jean et Paul et les retournements intempestifs.
Résultat : Martin (et Jean) craquent, tentatives de punition, et, dernier
recours, la maîtresse cause de Martin à la maman ; elle évite le père,
malheureusement celui-ci a quand même un peu déteint sur la maman et celle-ci
fait remarquer que même si le môme est un peu bougeon, 45 minutes sans rien dire
et sans bouger c'est un peu démentiel !
Un peu plus tard, la maman (pour éviter
que le père fasse un coup de sang !) reprend des nouvelles, ce d'autant que
Martin a moins mal au ventre avant d'aller à l'école ! Ca a même l'air de
devenir parfois intéressant, en dehors de la récré. Comme il était impossible de
mettre Martin et Jean sous l'éteignoir, en partie parce qu'il y avait des
parents soupçonnés de pouvoir devenir très chiants, la maîtresse a fait deux
choses : elle a scindé sa séance de 45 minutes en deux séances ! ouf ! et pour
que les deux ou trois loustics arrivent à au moins parler à voix basse elle a
mis les tables de la grande section par 4 ! "ce qui m' oblige à leur laisser
faire plus ce qu'ils veulent (elle a dit cela comme pour s'excuser d'avance
auprès de la mère !) mais je suis contente, c'est bien plus tranquille et le
grands peuvent travailler". L'activité libre vient d'être admise dans cette
classe, l'instite ne sait pas encore que cela va aider à apprendre à lire ! Et
Martin pense qu'il "travaille" lui aussi ! Peut-être que les idées de Martin et
de Maîtresse sur le travail vont se rapprocher un jour !
Je n'ai pas sufisamment relu l'ensemble de la
messagerie avec, comme grille, l'idée de repérer ce qui relève de l'ordre du
"physique", du corps (peut-être quelque chose d'Anne sur la musique je crois?)
sans a priori vraiment pédagogique (ayant pour objectif la conctruction des
langages). Mais ce qui ne relève pas forcément du hasard non plus. Il ne me
semble pas qu'il y en ait beaucoup. Mais ce serait peut-être une piste. D'autant
curieuse qu'il s'agit presque toujours d'un "désordre" gênant mais non voulu ou
introduit (question posée par Jean-Michel Mansillon dans un texte sur la
complexité, quels désordres introduire...). On reste toujours dans la
théorie des systèmes.
Bernard Collot
http://perso.wanadoo.fr/b.collot/b.collot/ |
- [3type] piste : le physique et le corps. Bernard Collot
- RE: [3type] piste : le physique et le corps. Philippe Lamy
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