Je copie colle ci-dessous quelques portions de la (très généreuse) tirade de jefsey qui me semblent concerner ce fil de discussion, puis je réponds en incise.
==== Voici un long monologue du Taulier face aux verres amoncelés par Thierry, Myriam, Olivier, Patrick (le verre de Guillaud m'a fait descendre à la cave de Jorion pour siffler sa bouteille de Morozov, et j'ai encore à engager le digestif de Deutsh mariné par Sussan). Le droit Libre ... des problèmes d'incomplétude des textes, et d'ignorance ... inventaires longs et fastidieux, et des droits d'auteurs conjoints ... conserver aux conservateurs des biens intellectuels leur libre capacité de décision équilibrée... ... la société en réseau n'est pas seulement pour les ordinateurs. .... "code is law" s'applique dans les deux sens ; "law is code"... ... la loi "Libre" existe aussi ... s'asseoir tous ensemble et réfléchir pour accorder les innovations ... il y a là un problème de gouvernance ... de la loi. OA : Ce serait amusant de mettre à l'épreuve des critères de légitimité A, AB, ABC, le droit et le réseau qui est censé le représenter et l'appliquer. Bref de se demander si le droit est "légitime". Je laisse Myriam Criquet répondre à cette question. Un cas concret se pose avec la succession de Yann Le Guennec, mon compère artiste dont j'ai annoncé ici le décès en juillet dernier. Notez qu'il laisse derrière lui une œuvre sous Licence Art Libre ; une licence qui résout une partie du problème de la transmission de sa mémoire, à mon sens de manière "légitime". Les réseaux et le droit vus par Einstein ...La mise en réseau des choses et des autorités réclame des protocoles/procédures et bonnes conduites/usages que l'on a de plus en plus traités à l'usure du temps dans le juridique, ... Un notaire ne connait plus le fond des textes qu'il sort de son ordinateur et qui sont maintenant à la disposition de tous sur internet. ... C'est notre univers agorique où les effets peuvent appartenir aux causes. Passionnant, et on pourrait sans aucun doute pousser l'analogie avec les taxis. ... Einstein parlait de relativité générale, nous de mise en réseau ... j'utilise volontiers l'image agorique OA : qui dit relativité dit choix de référentiel. Il me semble qu'en matière de réseau comme de droit, le référentiel absolu, c'est l'homme, comme l'a entériné la devise du SMSI que tu rappelles souvent : "people centered, à caractère humain, centrada en la persona". D'où l'idée d'équiper l'individu de critères simples pour déterminer si les perspectives/réseaux auxquels il a affaire son légitimes dans son référentiel. C'est l'idée des critères A, AB, ABC, qui en l'état sont sans doute encore imparfaits. L'économie mathématique de la complexité non darwinienne Une suggestion mathématique que j'aurais à Olivier Auber est d'étendre la proposition de Jean-Paul Delahaye que l'univers est un ordinateur quantique qui calcule l'évolution comme une complexité organisée. Une complexité organisée est une complexité que l'on peut calculer et dont on mesure le degré de complexité non pas à la longueur de son programme comme pour une complexité aléatoire ou de Kolmogorov, mais à la durée de son traitement (ce qui est appelé la profondeur de Bennet). Soit 14,6 milliards d'années entre le Big Bang et le PSN-HSS (processeur sémantique naturel, modèle homo sapiens sapiens). Je suggérerais alors que les "chocs du futur" (cf. Alvin Tofler) seraient alors le fait des singularités humaines : on réduit le temps de calcul de l'évolution de ce qui nous concerne : on appelle cela l'innovation qui porte non pas sur la complexité aléatoire ou organisée (les résultats), mais sur une complexité de processus algorithmique (on simplifie le programme du PSN-HSS en approfondissant son architectonie - on circonvient ce dont on parle, on renormalise les infinis : renormalisation digitale). Si on reprend Olivier Auber, les réductions significatives (singularités) ont été l'arme, le langage, le syllogisme et maintenant la mécanisation du syllogisme qui nous fait sortir de la dialectique pour ajouter les perspectives mono (cybernétique) et polylectiques (agorique) mathématiquement rencontrées avec le problème des trois+ corps de Poioncaré puis l'incertitude de Goêdel. Je rappelle que pour les gens de Norman Hardy (Mark S. Miller et K. Eric Drexler) la base des logiciels agoriques est qu'en informatique la rentabilité est d'aller tout le temps à travers le réseau des machines et des ressources cpu au moins cher/plus rapide, frais/délais de transport compris. AMHA, c'est là où il faut faire attention à la différence (cf. papier d'Olivier Auber) entre concurrence (traitement parallèle) et compétition (traitement antagoniste). Ceci remet le père Darwin dans son rôle d'observateur de ce qu'il a appelé la sélection naturelle. Mais qui n'est que l'oubli des restes des modulos. Le nettoyage de la mémoire du processeur universel. Le recyclage des déchets. C'est confondre la ventilation et le processeur. Certes il y a bien ventilation observable, mais c'est comme le coq qui fait lever le soleil. La sélection naturelle rend compte du phénomène, elle n'est pas le phénomène. Le phénomène est le calcul naturel et son économie d'énergie selon le principe de moindre action. OA : je partage ton envie de faire un peu violence au père Darwin, ou au moins à la manière dont il est usuellement compris. C'est pourquoi j'ai tenté d'inverser la proposition selon laquelle la sélection naturelle porte sur les individus, en la faisant porter sur les systèmes quasi-vivants (autopïétiques) dont nous faisons partie, ce qui nous laisse jouer le rôle de "sélectionneurs" participant au "calcul naturel" que tu signales. Il y a dans cette histoire une tentative d'injecter un modèle rétroagissant positivement sur le comportement des agents. C'est pourquoi, je n'ai pas fait une œuvre scientifique mais simplement un "manifeste". La monnaie et l'algorithme ... la monnaie comme la mesure du travail humain qui facilite le travail de l'évolution naturelle et permet de l'organiser. OA : l'essence du travail humain ne serait-il pas de devenir humain ? Force est de constater que nous en sommes loin. D'où l'idée d'une évolution, de l'atechnogénèse du genre Homo, à l'aethogénèse du genre humain et de toutes les autres formes de vie Le désordre monétaire devient alors une manière de provoquer à la catastrophe (cf. théories mathématiques de Thom) et à l'autoréorganisation critique (Per Bak), une des formes connues pour résoudre les crises monétaires est la guerre dont on ne sait plus aujourd'hui si elle n'a pas atteint le niveau de l'arme suprême remettant en cause l'humanité elle-même. D'où le besoin de la maîtriser et de l'adapter par la terreur qui ne s'en prend pas aux Etats, mais aux cerveaux par les personnes et la guerre cybernétique qui s'en prend à leurs machines. Le passage de la valeur, à la confiance, puis à la dette comme source de la monnaie a accru le risque. Comme toute chose aujourd'hui on commence à fonder la monnaie sur l'algorithmique mathématique (cf. bitcoin, etc.) en poussant à la nouvelle compétition entre l'homme et l'algorithme (le code selon Olivier Auber). OA : Cela me rappelle le "banquier anarchiste" de Pessoa (1922), dans lequel il montre qu'il n'y pas de meilleur dynamiteur de schémas sociaux reproduits mécaniquement par la société (notamment la "famille", le "travail") que les banquiers eux-mêmes, vus communément comme des tenants du statu quo. On en revient à l'image suscitée par la remarque de Wiener sur la machine créée à l'image de l'homme : Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, et l'homme a créé la machine à son image et à sa convenance. Mais de même que l'homme (cf. la pomme) a voulu la ressemblance à son avantage, les détenteurs de machines les veulent à leur meilleure convenance (cf. Apple ? ) au détriment de celle de chacun. Nous avons là la source d'un nouveau point de fuite pour Olivier, la légende du "paradis perdu de l'internet démocratique" des origines (la RFC 349 de Jon Postel créée la fonction démocratique de "Czar" autoproclamé de l'internet "I propose that there be a czar (me ?) who hands out official socket numbers for use by standard protocols".). OA : A propos de czar, j'ai réalisé récemment que j'aurais pu l'être si je n'avais pas existé, si si ;-) https://plus.google.com/+olivierauber/posts/XHRwhDuYriG En fait que traite l'algorithme ? Il prend en compte la différence entre le visible et l'invisible dont le monde est fait (qu'il soit créé ou pas n'est ici d'aucune importance). Olivier Auber le voit sous la forme de sa conséquence optique (cela passe par les photons à la vitesse de la lumière et donc soumis au temps, ce que l'on appelle le local) et anoptique (cela passe par l'agorique et donc indépendant du temps qui devient une simple dimension sur les sept qui comptent pour nous [trois usuelles, temps, données, métadonnées, syllodonnées de la datamasse] et qui est en fait le global - sens français). OA : je crois que l'algorithme automatise à l'extrême la fonction du banquier anarchiste cité plus haut. Il cristallise les schémas sociaux jusqu'à les rendre aussi durs et fragiles qu'un diamant, au point que tôt ou tard ils explosent. Le vrai travail, à savoir le "devenir humain" consiste à apprendre à sélectionner (ou modérer) ces codes avant d'en arriver là... Les quatre grands problèmes ...la difficulté est de comprendre précisément ce qui est fondamentalement humain (libre arbitre) d'une part et algorithmique (intelligence déterministe soumise à un chaos fractal) d'autre part pour les faire coopérer harmonieusement. Par exemple il est aberrant que les adresses internet réclament une organisation comme les RIR: elles devraient être algorithmiques. Les noms de domaines sont de manière évidente une conjonction entre la machine et l'homme : ils doivent être supportés par une machine à noms, premier venu, premier enregistré. Pas besoin d'une industrie de poinçonneurs des Lilas. Le IANA est une fumisterie qui cherche à politiquement centraliser un contenu disponible partout séparément: de grâce un format JSONIA pour tous et on en parle plus. OA : il semble que humain n'avance qu'en se confrontant à ce qu'il n'est pas (le non humain). Le problème manquant Pour finir ces demi-commentaires sur le projet d'Olivier : une composante me paraît manquer grave. C'est la poésie de l'autopoïèse. OA : Raah non, je ne suis pas d'accord ;-) Il y a dans le critère de légitimité une incomplétude radicale. Je m'explique : Cela faisait longtemps que je cherchais une expression systémique pour la légitimité substantielle. Le critère ABC tente de le faire en posant la question de savoir s'il suffit que les deux critères A et AB soient satisfaits pour que les agents A B et C se reconnaissent comme pairs. - Si la réponse est "oui", nous sommes face à un réseau prétendant à une certaine complétude, ce qui ne peut être réalisé théoriquement (il n'existe pas de système autopoïétique isolé). Donc la description de la perspective est incomplète. - Si la réponse est "non", l'incomplétude est objectivé, ce qui invite à considérer un système plus vaste. Dans les deux cas, on aboutit à un question fondamentale de "substance" et de différence entre l'humain et le non humain, question qui lorsqu'elle est partagée en tant que telle, est peut-être le meilleur ciment symbolique pour faire société. Je m'explique, les algorithmes et les machines sont précis, pas les hommes et leurs langues. Olivier nous dit l'arme (et je conçois que dans un combat de lions, taureaux, ou chimpanzés le Colt ou la Remington fait la différence) puis la langue (et les avocats sont là pour montrer comment on gagne de l'argent avec sa bouche). Puis la monnaie. Mais les armes ont évolué, la monnaie fluctue sans cesse. Et les langues évoluent tout le temps. Pas les algorithmes. 1-1 reste valoir 0, à la milliardième décimale. Depuis le Big Bang. (en fait, mais c'est une autre histoire : c'est le bit bang du Big Bang). Or nous avons simultanément à parler aux hommes (la sémiotique des langues - et des intelligrammes) et aux machines (la mathématique des mécalangues - et des datagrammes). La conversion (que nous avons dans le passage des noms de domaines linguistiques des hommes au xn-- du DNS ASCII compatible NSA) est lourde de métadonnées impliquées - cf. le débat à "mort" sur les majuscules non encore résolu, mais délocalisé hors du réseau. C'est-à-dire le débat sur les données non-transmises mais qui sont perçues par le sens contextuel : l'intellition, 90% des informations que nous utilisons, qui sont comme stéganographies dans nos énonciations. Comment gérer tout cela ? Demandez à un psychiatre de traiter un patient par mail ! Il nous faut passer de l'internet datagrammique à l'interplus intelligrammique (presentation layer on the user side, plutot que comme applicatif propriétaire), puis à l'intersem supporté par les algorithmes, mais non algorithmique, de la pensée, nécessaire à l'intercompréhension (entre humains) et du téléentendement du monde non humain. Ce que tu décris là est un monde ayant atteint la complétude et qui, précisément, aurait avalé la poésie. Amitié Olivier Le 8 septembre 2014 11:20, olivier auber <[email protected]> a écrit : > Le 8 septembre 2014 10:39, gaudin <[email protected]> a écrit : >> Quelques observations : >> l'invention des armes : les tribus de primates, et d'hominidés, sont d'abord >> coopératives >> voir Frans de Waal : l'âge de l'empathie >> la violence intraspécifique se développe tardivement sous la forme du >> pillage des caravanes >> circulant le long de la route de la soie, puis des affrontements pour >> s'approprier les terres. >> Elle a donné lieu à l'organisation sous forme de royaumes, empires et etats >> nations, et aussi aux religions >> (voir mon ouvrage "prospective des religions") > > Ce n'est pas l'avis de tout le monde, notamment de Jean-Louis > Dessalles auquel je me réfère souvent. > Selon lui, si tribus de primates et d'hominidés ont sans doute été > d'abord coopératives. Elles ont cessé de l'être dès lors qu'elle ont > appris le maniement des armes. > La violence intraspécifique est donc bien antérieure au pillage des > caravanes, elle est même fondatrice de notre langage ! > Note que l'on peut déceler quelques traces de cette mémoire > douloureuse et refoulée dans l'Ancien Testament... > Ci-joint le preprint de son dernier papier "Why talk?" > >> Que la monnaie soit devenue une arme à concentrer le capital (voir les >> écrits de Bernard Lietaer), c'est clairement >> le cas aujourd'hui, mais ça n'est aucunement inévitable. C'est lié au >> privilège des banques qui créent de la monnaie >> dans l'espoir d'une rentabilité et bénéficient du privilège de refinancement >> auprès de la banque centrale (que même les Etats n'ont pas) >> La conséquence est décrite dans le "plea" de la WFSF : >> http://www.2100.org/fr/wfsf-2013-plea/ > > Oui, pour le constat. De là à dire que cela n'est pas inévitable dans > "code" monétaire actuel, cela n'est pas évident. Si les banques > venaient à perdre leur monopole au profit des Etats, ceux-ci, faute de > réflexion théorique appropriée, seraient bien en peine de trouver une > justification de créer la monnaie, autrement qu'au gré des > circonstances. Les Etats étant des réseaux structurés selon des > "perspectives temporelles" (PT) couplés les uns aux autres (et > concurrents les uns des autres), ils ne savent pas gérer un "code" > monétaire qui par définition relève d'une "perspective numérique" > (PN). Il est donc nécessaire de faire un saut intellectuel majeur pour > appréhender ce problème. J'ai souvent signalé que la Théorie Relative > de la Monnaie peut aider en ce sens : > http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie _Relative_de_la_Monnaie > >> En ce qui concerne la prospective, on ne peut évoquer les monnaies sans ce >> qui les maintient : la confiance. >> On le voit dans la prolifération de petites monnaies (les sel par exemple) >> ritualisant l'échange entre gens qui se connaissent. >> Les risques d'hyperinflation n'étant pas écartés, il est possible que la >> confiance dans les grandes monnaies soit fragilisée, voire s'effondre. >> Mais il y a aussi, de nos jours et encor plus à l'avenir, les formes de >> confiance qui se construisent à travers internet et les communications >> portables. >> Le développement d'échanges et de paiement par ce moyen en Afrique, >> continent peu bancarisé, est significatif >> L'écosystème dont tu parles ne peut être anticipé sans ces éléments > > Oui, l'Afrique, continent peu bancarisé, est en train d'être envahi > par notre code monétaire carnivore. Je prévoie des conséquences > saignantes... > > Amicalement > > Olivier > >> >> Le 08/09/14 07:25, olivier auber a écrit : >> >> Bonjour, >> en avant-première, je soumets à la sagacité des membres du comptoir ce >> petit manifeste sur la monnaie que je viens d'écrire et qui doit être >> publié dans une revue bilingue et sur le site de la P2P foundation. >> Vous verrez que si l'on y parle d'argent, le sujet central est au fond >> celui du réseau et de ses protocoles. >> A plaisir de vous lire. >> Amicalement >> >> Olivier >> >> ============ >> >> Manifeste pour une alternative monétaire P2P >> >> Olivier Auber >> >> A l’approche de la dislocation du système monétaire mondial, les >> modèles monétaires alternatifs pullulent tels des générations >> spontanées d’espèces quasi-vivantes (Bitcoin, IEML, Ethereum, OpenUDC, >> Ucoin, etc.). Tous ces nouveaux modèles sont concurrents les uns des >> autres car ils tentent de proliférer sur le même terrain de nos >> échanges. On sait qu'ils vont se combiner entre eux, muter ou >> disparaitre pour établir finalement un nouvel écosystème. Pour tenter >> d'accélérer la transition vers un modèle monétaire durable dans lequel >> les hommes pourront se reconnaître entre pairs, le présent manifeste >> propose aux acteurs de la mutation que nous sommes, non pas nous >> laisser sélectionner par ces modèles suivant notre capacité à s’y >> conformer, mais de nous comporter en sélectionneurs, c’est-à-dire >> d’appliquer à ces modèles des critères de sélection Darwiniens. >> >> Explosions de codes >> >> La première explosion de « codes » est nommée « abiogenèse » : c’est >> le passage d’un monde sans biologie à un monde biologique. Chaque être >> vivant (procaryotes, eucaryotes, métazoaires) est défini par un code >> régissant sa forme et sa reproduction. La plupart des espèces apparues >> lors de l’abiogénèse ont disparu ou muté, tandis qu’un petit nombre à >> proliféré. La deuxième explosion de « codes » a été nommée récemment « >> atechnogénèse[1] » : c’est le passage d’un monde sans technologie à un >> monde avec. On peut faire remonter l’atechnogénèse à l’apparition-même >> du genre Homo, c’est-à-dire à l’irruption d’un proto-langage chez >> certains hominidés. Le catalyseur de cette deuxième explosion de >> codes, non plus biologiques mais symboliques, aurait été selon >> certains chercheurs[2], l’invention des armes, bien avant celle du >> feu. L’arme dans sa version la plus préhistorique aurait rendu >> brutalement obsolète l’ordre social basé sur la domination physique >> propre aux hominidés, car elle leur aurait permis de tuer leurs >> semblables sans trop de risque. Brutalement l’ordre entre dominants et >> dominés basé sur la force physique, se serait brisé et cette crise >> politique aurait entraîné un immense stress de l’espèce. Les individus >> présentant des comportements adaptés auraient été sélectionnés, à >> savoir ceux qui se sont montrés capables à la fois de repérer des >> faits saillants dans l’environnement et de les communiquer à leurs >> congénères par un geste de la main, une vocalisation, et plus tard par >> un langage de plus en plus articulé. Le langage aurait été ainsi la >> Stratégie Evolutionnaire Stable[3] permettant de détrôner la force >> brute pour devenir l’élément moteur de notre organisation sociale. >> >> La monnaie comme arme >> >> Les armes ont continué à co-évoluer avec notre langage, et la plus >> raffinée d’entre elles, - car invisible et essentiellement d’ordre >> logique -, est sans doute la machine infernale de la monnaie et du >> capital. La monnaie, avec le code source que nous lui connaissons >> depuis 5000 ans[4], est une machine à concentrer le capital, qui >> lui-même est investi prioritairement dans des moyens de concentrer la >> monnaie. Cette boucle tautologique, offensive ou dissuasive suivant >> les cas, institue notre ordre social. Cependant, l’ordre monétaire >> semble se craqueler depuis peu : le capital - traditionnellement vu >> comme l’accumulation des stocks et des moyens de production –, se >> dématérialise soudainement sous la forme de valeurs économiques et >> symboliques complexes, de robots et d’intelligences artificielles >> travaillant automatiquement pour leur propre puissance. Cette >> concentration exponentielle laisse autour d’elle de vastes zones >> désertiques, où la monnaie comme les autres valeurs économiques et >> symboliques tendent à disparaître ;: les échanges y sont stoppés. Le >> code carnivore de la monnaie, fondé sur son mode de création par la >> dette, apparait donc de plus en plus comme un bug conduisant >> inéluctablement à l’autodestruction du système quasi-vivant qu’il a >> engendré. Ainsi, tout se passe comme si l’emballement de cette >> tautologie rendait brutalement obsolète l’ordre social basé sur la >> maîtrise du langage, car elle permet à une sorte de machinerie de tuer >> sans risque nos semblables. A tel point que notre espèce semble à >> nouveau soumise à un stress politique comparable à celui qui avait >> conduit à l’invention du langage. En réponse, des codes monétaires >> alternatifs voient le jour, qui sont autant d’armes capables de faire >> émerger un nouvel ordre social. Parmi eux, se cache notre nouvelle >> Stratégie Evolutionnaire. Comment la détecter ? Comment la >> sélectionner ? >> >> Perspectives anoptiques >> >> Pour nous aider, on peut tenter d’observer un fait est passé >> relativement inaperçu depuis le début de la Révolution Industrielle, >> plus particulièrement depuis l’émergence des télécommunications : >> c’est l’irruption de deux nouvelles « perspectives » analogues à la « >> perspective spatiale » de la Renaissance. En effet, les réseaux sur >> lesquels circulent toutes les valeurs économiques et symboliques, >> peuvent fonctionner selon deux architectures, - centrée ou acentrée - >> , qui réalisent des formes de construction « en perspective » trouvant >> comme point de fuite, dans le premier cas, un centre physique (un >> serveur par exemple), dans le deuxième, un « code » ; celui sous >> couvert duquel les agents présents dans le réseau échangent (c'est >> leur signe de reconnaissance en quelque sorte. Dans le premier cas, on >> peut parler d'une « perspective temporelle » (PT) car c'est au centre >> (point de fuite temporel) qu'émerge instant après instant le temps >> propre du réseau rythmé par l’interaction de ses membres. Dans le >> deuxième cas, il s’agit d'une « perspective numérique » (PN) car >> c'est bien un « code » numérique arbitraire (un code de fuite), - la >> monnaie par exemple - qui est le garant de l'émergence du temps propre >> du réseau en chacun de ses nœuds. Le plus souvent, à notre insu, nous >> construisons, percevons et évaluons grâce à ces deux perspectives les >> réseaux sur lesquels prolifèrent les espèces quasi-vivantes citées >> plus haut. A notre insu, car contrairement à la perspective spatiale >> qui était principalement d’ordre optique, ces nouvelles perspectives >> sont « anoptiques[5] », c’est-à-dire non-optiques : elles s’adressent >> non plus seulement à nos yeux mais à notre cognition toute entière. >> Ces deux nouvelles perspectives partagent nombre d'attributs >> topologiques et symboliques avec la perspective spatiale, notamment on >> peut aussi parler à leur égard de « construction légitime », tout >> comme Alberti[6] le fît à la Renaissance. >> >> Refonder la légitimité à l’heure des réseaux. >> >> En tant qu’agents des réseaux structurés par ces perspectives, nous >> sommes le plus souvent placés dans une position de « sélectionnés », >> leur laissant leur soin de façonner notre imaginaire et nos jugements. >> Par contre, en prenant conscience de l’existence de ces perspectives >> et en interrogeant leur légitimité, nous pouvons choisir de nous >> placer en tant que « sélectionneurs » des espèces quasi-vivantes >> qu’elles instituent et dont nous faisons partie. >> >> Le présent manifeste propose à la discussion trois critères permettant >> à tout agent d’évaluer la légitimité d’un réseau quelconque dans >> lequel il s’insère : >> >> A) Le réseau accepte-t-il tout agent A qui le demande ? L’agent A >> peut-il librement quitter le réseau ? >> >> AB) Tout agent B (présent ou futur) est-il traité comme l’agent A, >> y-compris les agents qui conçoivent, développent, administrent et font >> évoluer le réseau ? >> >> ABC) L’appartenance des agents A, B et C (ABC étant le début d’une >> multitude) à un réseau satisfaisant aux deux premiers critères, >> suffit-il à ce qu’ils se reconnaissent comme pairs ? >> >> Notons que ces trois critères proposent une reformulation adaptée aux >> réseaux de principes anciens et un peu oubliés, par exemple ceux de >> République française : « LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE ». Ainsi, ce >> manifeste se situe dans la lignée de nombreuses autres tentatives de >> l’Humanité pour entrer dans une ère où la loi de la Jungle n’aurait >> plus cours. Cette nouvelle ère pourrait s’appeler l’aethogénèse (d’un >> monde sans éthique à un monde avec éthique). Avec l’aide de chacun, >> elle donnerait lieu à une nouvelle explosion de « codes » respectant >> l’Etre de toutes les espèces, à commencer par la nôtre. >> >> <ENCADRE> >> A titre d’exercice, chacun pourra tenter, pour certains réseaux, de >> distinguer s’ils relèvent d’une Perspective Temporelle (PT) ou bien >> d’une Perspective Numérique (PN), et de les soumettre aux critères de >> légitimité proposés. On verra par exemple que Facebook est une PT qui >> ne répond pas au critère AB (son créateur Mark Zuckerberg n’est pas >> traité comme n’importe quel agent A ou B). On verra que le réseau >> monétaire défini par l’Euro est une PN qui ne répond pas, ne serait-ce >> qu’au critère A (il est quasi impossible de ne pas échanger en Euros >> dans la zone économique défini par cette monnaie). On verra qu’une >> plateforme d’échange boursier (NYSE par exemple) est une PT qui ne >> répond à aucun des critères, en particulier car elle donne la part >> belle à des agents de type Intelligence Artificielle (Trading Haute >> Fréquence) que les agents humains ne peuvent reconnaître comme pairs. >> Enfin, les modèles monétaires alternatifs en cours d’émergence sont >> pour la plupart de type PN. Chacun pourra constater que Bitcoin est >> très loin d’être légitime, mais que d’autres modèles sont proches de >> le devenir, notamment ceux fondés sur un Dividende Universel[7]. >> </ENCADRE> >> >> Olivier Auber est artiste et chercheur indépendant, membre du groupe >> de recherche de la P2P foundation, affilié au laboratoire Evolution, >> Complexity and COgnition (ECCO) http://ecco.vub.ac.be de la Free >> University of Brussels (VUB) et au Global Brain Institute >> http://globalbraininstitute.org >> >> >> ________________________________ >> >> [1] Cadell Last : “Deep Future of Big History” (2014) >> http://theadvancedapes.com/deep-future-of-big-history/ >> >> [2] Jean-Louis Dessalles : « Why talk ? » (2014). In D. Dor, C. Knight >> & J. Lewis (Eds.), The social origins of language, 284-296. Oxford, >> UK: Oxford University Press. >> http://perso.telecom-paristech.fr/~jld/papiers/ >> >> [3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Stratégie_évolutivement_stable >> >> [4] David Graeber : « Dette, 5000 ans d’histoire » (2013). Les Liens >> qui Libèrent (L.L.L. Ed.) >> >> [5] Olivier Auber : « Du Générateur Poïétique à la Perspective >> numérique » http://fr.wikipedia.org/wiki/Générateur_Poïétique >> >> [6] Leon Battista Alberti : >> http://fr.wikipedia.org/wiki/Leon_Battista_Alberti >> >> [7] Théorie Relative de la Monnaie : http://fr.wikipedia.org/wiki/ >> Théorie _Relative_de_la_Monnaie >> >> _______________________________________________ >> comptoir mailing list >> [email protected] >> http://cafedu.com/mailman/listinfo/comptoir_cafedu.com >> >> >> -- >> Thierry Gaudin >> http://gaudin.org _______________________________________________ comptoir mailing list [email protected] http://cafedu.com/mailman/listinfo/comptoir_cafedu.com
