On vendredi 17 juillet 2020 10:10:18 CEST Stephane Bortzmeyer - 
[email protected] wrote:
> [Je pense que la plupart des lecteurs et lectrices ici savent déjà
> tout ça, mais cet article peut vous être utile si vous devez
> argumenter avec quelqu'un.]
> 
> On a lu récemment beaucoup de choses sur la « sobriété numérique » et
> sur la nécessité de diminuer notre usage de numérique pour sauver la
> biospĥère. Cela a culminé avec la proposition du CNNum d’interdire les
> tarifications forfaitaires sur l’Internet. Malheureusement, la plupart
> des textes publiés sont très approximatifs (ah, ces consommations
> indiquées en kWh/an…), voire franchement faux. Il est donc utile de
> réviser ses fondamentaux. Combien consomme le numérique, où ça, et
> comment diminuer cette consommation ?
> 
> https://signal.eu.org/blog/2020/07/15/la-sobriete-numerique-oui-mais-pour-qu
> oi-faire/

Lecture intéréssante, toutefois les conclusions sont discutables car l'analyse 
est incomplète. Elle résume de manière simpliste la notion de sobriété 
numérique à la consommation d'électricité (la production d'électricité n'a pas 
un impact environnemental uniforme à travers la planète[0]), en particulier du 
matériel composant l'infrastructure du réseau.

Or ces éléments ils ne tombent pas magiquement du ciel, il faut les fabriquer, 
les acheminer, les installer. Ce qui nécéssite des usines, l'extraction de 
matières premières, leur transformation, leur transport, etc. 
Tout cela fait partie d'un tout, et c'est ce tout qu'il faut remettre en cause 
et confronter à l'urgence climatique.

Si on reprends la comparaison entre l'ordinateur de poche qu'on appelle 
téléphone et une ampoule DEL, pas besoin d'analyse poussée pour savoir que la 
fabrication du téléphone nécéssite nettement plus de ressources que la 
fabrication de l'ampoule. 

À cela il faut ajouter que la tendance est à remplacer l'ordiphone tous les 2 
ans alors que l'ampoule durera 5 à 10 ans, ce qui fait que le coût de 
fabrication de l'ordiphone s'ajoute plusieurs fois dans la balance face à 
l'ampoule.

On passera sur le fait que les batteries des ordiphones aujourd'hui ont plutôt 
tendance à être de 25-30Wh au lieu des 10-15Wh mentionnés dans l'article ( 
certaines dépassent même 40Wh) pour s'intérésser à l'évolution au cours du 
temps. D'un côté les ordiphones ont des batteries qui augmentent en capacité, 
des écrans qui augmentent en taille suggérant une augmentation de leur 
consommation alors que de l'autre les ampoules DEL ont une consommation qui 
varie peu et quand elle varie c'est une tendance à la baisse.

À cela on doit ajouter l'évolution des usages, l'éclairage artificiel a plutôt 
tendance à être stable ou diminuer alors que l'usage des ordiphones est en 
pleine croissance.

Une autre notion manquante dans l'article c'est la notion d'échelle qui cette 
fois joue en faveur de l'ordiphone, on a en pratique plus d'ampoules que 
d'ordiphones.

Je serais curieux de voir si la conclusion avancée dans l'article qu'il serait 
faux qu'un ordiphone serait plus énergivore qu'une ampoule DEL serait la même 
quand on prends en compte l'ensemble et pas seulement la petite portion qui va 
dans le sens de la narration.
En tout cas le bien fondé de cette comparaison ordiphone/ampoule ne m'apparait 
pas fantastique pour faire passer le message que cherche à faire passer 
l'auteur.

Il y a bien une partie de l'article qui prends en compte de l'analyse du cycle 
de vie des équipements dans le contexte restreint des opérateurs mobiles 
finlandais. Le billet constate une consommation électrique à peu près 
constante alors que les volumes transportés augmentent considérablement et 
interprète que les volumes de données n'ont pas d'influence sur la 
consommation énergétique. 

Or ça me semble être une erreur d'interprétation:
- ces chiffres incluent le renouvellement de l'infrastructure pour anticiper 
l'augmentation des volumes transportés. C'est l'augmentation des volumes qui 
entraine le renouvellement de l'infrastructure et on peut aisément supposer 
que sans ce renouvellement d'infrastructure la consommation acv aurait baissé 
au lieu de stagner. Donc que l'augmentation des volumes transportés a augmenté 
la consommation énergétique
On est dans l'illustration de l'effet rebond[1] qui nous indique que chercher 
à améliorer les choses ne produira pas l'économie attendue car les usages vont 
s'adapter pour conserver le même niveau de consommation ou possiblement 
empirer la situation. Comment peut on s'étonner de constater un effet rebond 
(ou paradoxe de Jevons) qui est bien connu depuis les années 1980, alors que 
c'est un effet attendu qui indique généralement que l'approche retenue ne 
s'est pas s'attaqué à la cause racine. 

- l'autre erreur d'interprétation c'est qu'une consommation énergétique 
constante malgré un usage croissant serait positive au regard de la 
problèmatique du changement climatique. Or ce qui est nécéssaire c'est une 
baisse significative de la consommation énergétique, cette consommation 
constante est donc problématique. 

Au final on retombe encore sur les mêmes considérations, cet article ne sort 
pas du cadre du "que peut on changer pour ne rien changer?[2]" sans oser poser 
la question du "que doit on changer pour reduire suffisamment notre 
consommation énergétique?". 
Ce qui est indéniable c'est que la consommation globale des usages numériques 
augmente considérablement avec le temps, ce qui n'est pas tenable dans la 
durée et évolue dans la direction opposée à celle imposée par les mesures à 
prendre pour éviter le pire du changement climatique.
Si la quantité de données utilisé n'a que peu d'incidence sur la consommation 
énergétique du numérique avec une infrastructure allumée en permanence, la 
conclusion ne doit pas être "la sobriété numérique c'est des efforts 
inutiles", la conclusion doit être "le levier sur lequel on doit agir n'est 
pas la quantité de données mais la consommation de l'infrastructure elle-même, 
aussi comment peut on réduire suffisamment cette consommation dans les 5 à 10 
ans? Doit on éteindre partiellement/totalement temporairement/définitivement 
l'infrastructure ? comment doit on faire évoluer nos usages en conséquence ? 
Si on choisit de ne pas réduire la consommation du numérique sur quel autre 
levier peut on agir pour compenser ?"

Pour l'anecdote historique l'email du 18ème siècle utilisait une 
infrastructure moins énergivore: le télégraphe optique[3] qui n'est pas sans 
rappeler les clacks du Disque-Monde de Terry Pratchett.


[0]: 
https://solar.lowtechmagazine.com/2015/04/how-sustainable-is-pv-solar-power.html
[1]: https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_rebond_(%C3%A9conomie)
[2]: 
https://solar.lowtechmagazine.com/2018/01/bedazzled-by-energy-efficiency.html
[3]: https://solar.lowtechmagazine.com/2007/12/email-in-the-18.html




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