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Le "Dupuy-de-Lôme", grande oreille de la Royale
LE MONDE | 29.10.05 | 13h40  TOULON de notre envoyé spécial

Le navire-espion de la Direction du renseignement militaire (DRM) a ouvert, et
vite refermé, ses coursives. Le "navire scientifique", que la Compagnie
nationale de navigation s'apprête à remettre au ministère de la défense, est à
quai dans une zone sous haute surveillance du port de Toulon. C'est un bâtiment
tout blanc de 101 mètres de long dont le pont est surmonté de deux gros radômes
et d'un large mât dissimulant des antennes. Suivie d'une flopée d'amiraux et de
civils peu loquaces, Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, en a admiré
la dunette et une salle ou deux, vendredi 28 octobre.
        
Le Dupuy-de-Lôme, qui sera pleinement opérationnel en juillet, est le navire
"collecteur de renseignements" que la marine nationale attendait "avec
impatience", a dit son chef d'état-major, l'amiral Alain Oudot de Dainville. Ce
navire-espion donnera en effet à la DRM et à la Direction générale de la
sécurité extérieure (DGSE) un moyen d'écoute ultramoderne dédié au
renseignement stratégique et à la lutte antiterroriste, en remplacement du
Bougainville.

Il va permettre l'interception, la goniométrie et l'analyse des signaux
électromagnétiques relatifs aux communications modernes dans toutes les gammes
de fréquence ainsi que des communications relayées par satellite. Avec un
équipage limité à 30 personnes, il pourra accueillir 80 spécialistes du
renseignement et sera capable d'une autonomie de 70 jours à la mer. A cette
merveille de technologie qui a coûté quelque 120 millions d'euros, il sera
demandé d'être opérationnelle au moins 350 jours par an.

Mme Alliot-Marie et ses amiraux ont profité de l'occasion pour rendre visite,
sur la presqu'île de Saint-Mandrier, au commando Hubert et à ses 110 nageurs de
combat, spécialistes de l'action sous-marine et, parfois, de l'arraisonnement
de navires, comme ce fut le cas, fin septembre, pour le Pascal-Paoli de la
SNCM. Avec les quelque 350 hommes des commandos de Penfentenyo, de Montfort et
des commandos Jaubert et Trepel, le commando Hubert constitue l'essentiel de
ces "Forces spéciales" que l'armée française déploie avec discrétion, de
l'Afghanistan à la Côte d'Ivoire en passant par les Balkans. A tous ces hommes
de l'ombre et du renseignement, la ministre de la défense était venue dire que
le pays compte sur eux : "Les Français ont besoin d'être rassurés", a-t-elle
expliqué.

Laurent Zecchini
Article paru dans l'édition du 30.10.05


voir aussi le diaporama :
http://www.meretmarine.com/diaporama.cfm?id=738&page=1
et les fiches d'alabordache.com & netmarine.net
http://www.alabordache.com/marine/espacemarine/marine/autresbatiments/dupuydelome/index.php
http://www.netmarine.net/bat/divers/minrem/

http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=729

Michèle Alliot-Marie inaugure le Dupuy de Lôme

28/10/2005

Ce sera probablement la seule journée d'affichage médiatique de ce navire. Le
ministre de la Défense sera, cet après-midi, à Toulon pour inaugurer le Dupuy
de Lôme. Appelé « bâtiment de recherches électromagnétiques » (BRE), ce bateau
remplacera le Bougainville dans ses fonctions de collecteur de renseignements
au profit de la Direction des Renseignements militaires (DRM). Conçu par
Thales, ce petit bijou de technologie mesure 101,75 mètres de long pour un
déplacement de 3200 tonnes. Construit par le chantier néerlandais Niestern
Sander, le Dupuy de Lôme a été lancé le 27 mars 2004 et a rejoint la France
début 2005. Depuis, le navire a mené dans la plus grande discrétion toute une
série d?essais en Méditerranée. Les équipements destinés aux missions de
renseignement ont été installés à La Seyne-sur-Mer, notamment deux radars
placés sous radôme, entre les deux mâts. Comme son prédécesseur, le BRE utilise
le système MINREM (Moyens interarmées navals de recherche électromagnétique)
qui permet l?écoute, la goniométrie et l?analyse électromagnétique. Sa
disponibilité est prévue pour atteindre 350 jours par an. Le Dupuy de Lôme est
armé de canons de 20 mm et de systèmes surface/air à très courte portée Simbad
(avec missiles Mistral). Il dispose par ailleurs d'un hangar pour drones et
hélicoptère. Le coût de programme est estimé à 122 millions d'euros.


http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=738

Le Dupuy de Lôme à la loupe, enfin presque...
Le nouveau bâtiment collecteur de renseignements de la marine a été présenté
vendredi dernier à Toulon. Une première et une dernière exposition médiatique
pour ce navire dont la vie sera marquée par la discrétion, élément essentiel de
son efficacité. 31/10/2005
                        
Amarré au même quai que le Charles de Gaulle, le Dupuy de Lôme parait
étonnement grand. Bien que sa longueur ne dépasse pas 101 mètres, ce bâtiment
est imposant avec sa haute stature blanche, surmontée de deux radômes et d?une
impressionnante antenne d?écoute goniométrique. Ce navire collecteur de
renseignements remplacera dans cette fonction le Bougainville, ancien bâtiment
de la Direction des Centres d?Essais du pacifique (DIRCEN), modifié en 1999 à
Lorient pour le compte de la Direction des Renseignements Militaires (DRM). Le
Dupuy de Lôme, lui, a été spécialement conçu pour cette mission par le groupe
français Thales. La coque, construite aux chantiers hollandais de Delfzijl, a
été mise sur cale le 1er décembre 2003 et lancée un an plus tard. Le navire a
ensuite rejoint la Seyne sur Mer où les différents équipements ont été
installés, notamment le fameux système MINREM (Moyens Interarmées de
Renseignements Electromagnétiques). « Le renseignement électromagnétique, c?est
la capacité d?intercepter un signal qui va donner des indications sans que la
personne à l?origine de l?indiscrétion ne soit au courant. C?est tout
simplement l?interception d?une onde radio », explique le capitaine de frégate
Marc Guitar, de la sous direction des opérations à la DRM. Les différents
senseurs, appelés « charge utile », sont basés sur un dispositif antennaire
complexe, assurant l?interception, la goniométrie et l?analyse des radars les
plus récents, des communications modernes HF, V/UHF et SHF, ainsi que des
communications relayées depuis l?espace. Il est même possible de recueillir les
e-mails qui transitent par satellite mais l?énorme flux d?information qu?ils
représentent rend « délicate leur analyse », aux dires de l?officier. 

Arme stratégique contre le terrorisme

Qu?on ne s?y trompe pas, le Dupuy de Lôme ne s?apparente guère aux célèbres
chalutiers russes de naguère, stationnés au large des bases américaines, et qui
n?avaient de chalutiers que le nom. S?il peut tout à fait servir de navire
espion, ce bâtiment arrive surtout dans un contexte international très troublé,
marqué par l?émergence de réseaux terroristes tentaculaires, organisés en
petites cellules autonomes et internationales. « La protection de la France ne
peut pas être efficace si la surveillance se limite au territoire national. Il
faut aller de plus en plus loin dans le renseignement et être capable
d?intercepter les communications partout dans le monde », explique Michèle
Alliot-Marie. Pour le ministre de la Défense, « ce bateau doit nous permettre
d?obtenir un maximum d?informations, ce qui nous permettra d?anticiper la
menace et d?essayer de l?éliminer à la base ». La France dispose pourtant
d?importants moyens de renseignement mais l?arrivée de ce nouvel outil est
jugée cruciale. L?énorme avantage d?un bateau, c?est qu?il a le droit de rester
dans les eaux internationales et peut donc se positionner au meilleur endroit
possible pour recueillir les meilleures données : « Les moyens en métropole ne
nous le permettent pas. Le terrorisme est une menace globale et mondiale qui
nécessite des renseignements lointains. Il faut donc être au plus proche des
foyers cruciaux, comme en Océan Indien ou dans le Pacifique », indique le CF
Guitar. Dans cette mission, un navire seul ne sert pourtant à rien. Il faut en
effet le guider vers les lieux stratégiques et l?orienter dans ses écoutes afin
qu?il soit efficace. Un énorme travail est donc réalisé en amont pour indiquer
à l?équipage ce qu?il doit chercher, et où le trouver. Ces indices, ces pistes,
sont fournies par les différents services et moyens matériels dont dispose
l?Etat, de l?imagerie satellite et aérienne à l?espionnage, en passant par les
opérations de reconnaissance. 

« Fossé technologique franchi »

Un élément majeur du dispositif de surveillance français va donc résider dans
ce « petit » navire de 3600 tonnes à pleine charge. Un bâtiment truffé
d?électronique de pointe qui fait la fierté de la DRM : « Un fossé
technologique a été franchi. C?est la première fois que nous disposons de tels
moyens sur un navire. C?est le plus moderne de sa catégorie dans le monde
entier, notamment par rapport aux Norvégiens ou Russes qui utilisent des
bâtiments datant des années 80 ». Parmi les équipements visibles, on notera la
présence des deux radômes entre les mâts. Sous ces coupoles se cachent des
antennes paraboliques permettant de pointer un satellite et de capter ce qu?il
envoie. Le long mât avant, en forme de fin cylindre, abrite un détecteur de
radar ARBR 21, un intercepteur goniomètre de transmissions Elite, ainsi qu?une
antenne d?écoute et de goniométrie. Pour rappel, « Le goniomètre est un
instrument qui mesure les angles. Par extension, un goniomètre acoustique est
un système qui mesure la direction d'arrivée (DOA) des sons, et estime ainsi la
direction de source. Le goniomètre se compose d'une antenne, constituée de
plusieurs capteurs disposés dans une géométrie donnée, et d'un algorithme de
calcul », explique l?ingénieur belge Eric Van Lancker, qui a réalisé une thèse
sur le sujet (*). En matière de communications, le Dupuy de Lôme sera doté des
systèmes de transmission par satellite Inmarsat et Syracuse 3. L?ensemble des
données recueillies seront traitées et analysées en salles d?opérations par 78
spécialistes civils et militaires, issus de l?armée de terre, de la marine et
de l?armée de l?air, avec panachage des services suivant les missions. A
l?origine, il était prévu d?installer un hangar pour hélicoptère léger mais
cette solution n?a finalement pas été retenue. Même chose pour les drones, à
moins qu?ils soient vraiment bien cachés, ce qui n?est manifestement pas le
cas. Côté armement, un système d?autodéfense rapprochée a été mis en place avec
deux mitrailleuses de 12,7 mm. Deux espaces sont toutefois réservés sur chaque
bord, derrière la passerelle, pour installer le cas échéant des missiles
surface/air à très courte portée Mistral (4 missiles sur deux montages Simbad).


Normes civiles pour une utilisation optimale

Bateau hautement militaire, le Dupuy de Lôme a été construit suivant les
standards marine marchande. « Il répond aux normes SOLAS, avec certificat de
navire à passagers. La conduite est des plus simples avec une passerelle
intégrée, ce qui permet de limiter l?équipage à 30 personnes », explique le
capitaine de frégate Jean-Michel Martinet, commandant du navire. L?utilisation
des spécificités civiles permet d?obtenir un navire à la conception
architecturale simple, mais robuste et surtout très économique. Outre des coûts
réduits en personnel, les opérations de maintenance sont simplifiées et le
contrat signé par le ministère de la défense stipule que la disponibilité de
cette unité doit atteindre 350 jours par an. A l?instar des BPC, l?agencement
intérieur du bâtiment ne donne vraiment pas l?impression d?être en terrain
militaire. Larges coursives, cloisonnement espacé, cabines doubles et un
certain confort marquent l?ambiance du Dupuy de Lôme. Propulsé par deux diesels
alternateurs Caterpillar 3512 B, il est doté d?ailerons stabilisateurs et peut
filer 16 n½uds. « L?autonomie peut atteindre 70 jours mais généralement, les
missions ne dépassent pas les 40 jours », souligne son nouveau pacha. La
réalisation du navire a été confiée à Thales et à la Compagnie Maritime
Nantaise (CMN), ce qui explique que le bateau soit immatriculé à Nantes.
Maîtres d?½uvre du programme, les deux entreprises ont également décroché en
juin dernier un contrat de maintien en condition opérationnelle (MCO) pour les
5 prochaines années. Le montant global du projet est de 140 millions d?euros,
dont 20 millions pour la tranche MCO. Le Dupuy de Lôme entrera officiellement
service en juillet prochain et débutera une longue série de campagnes qui le
mèneront sur toutes les mers du globe. 

(*) Voir à ce sujet la thèse de l?ingenieur belge Eric Van Lancker sur la
Goniomètrie http://www.iav.ch/goniometrie-acoustique-these2048.html


Vincent Groizeleau

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