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Renseignement de source ouverte, Internet et terrorisme

(© Jean-Jacques CÉCILE, 2 janvier 2006) – Divers médias publient actuellement
nombre d’articles s’essayant à évaluer la menace que représente un outil tel
que Google Earth lorsque placé dans les mains d’individus mal intentionnés ;
c’est oublier que, avant même que ce service n’investisse Internet, la même
problématique s’appliquait à d’autre sites tout aussi intrinsèquement
litigieux.

Prenons le cas du site de la Federation of American Scientists (FAS) : il a
été expurgé postérieurement au 11 septembre 2001 mais, avant cette date, tout
un chacun pouvait en télécharger des clichés ainsi qu'un descriptif sommaire
d'immeubles abritant des organismes américains tellement discrets que leur
existence n'était pas même reconnue par Washington. Postérieurement au 11
septembre 2001, d'autres sites Internet prirent le relais ; citons par exemple
le site Cryptome (http://cryptome.org) qui propose les « Cryptome eyeball
series » (http://eyeball-series.org). Celles-ci réunissent de véritables
dossiers mêlant imagerie haute résolution, cartographie, voire plans 2D ou 3D
de l’extérieur et/ou de l’intérieur de certains bâtiments pouvant constituer
des cibles de choix. Au rang des ajouts ayant enrichi le site en juillet 2004,
on notait par exemple la zone de sécurité de la maison de Bill Gates ou encore
la Maison blanche : excusez du peu ! De la même manière, il était possible
avant le 11 septembre d'acquérir online une cartographie détaillée des
installations militaires de l'Oncle Sam par l'intermédiaire du site de la
National Imagery and Mapping Agency (NIMA, maintenant rebaptisée NGA pour
National Geospatial-intelligence Agency).

Depuis la date fatidique, des mesures correctives ont été prises par de
nombreux organismes américains. Outre les cas de la FAS et de la NIMA, citons
pour mémoire ceux de l'US Office of Pipeline Safety (bureau américain
responsable de la sécurité des oléoducs), du Center for Disease Control and
Prevention (Centre pour le contrôle et la prévention des maladies ; avait
notamment réalisé des études concernant le terrorisme chimique), du Department
of Energy (cartes et descriptions des centrales nucléaires) ou encore de l'US
Environmental Protection Agency (plans d'urgence en cas d'incident dans une
usine chimique). S'agissant plus particulièrement des centrales nucléaires et
du Department of Energy, il faut croire qu'il était urgent d'agir. Pourtant
peu suspect de complaisance envers le gouvernement fédéral, un organisme
indépendant dénommé Project On Government Oversight (POGO, organisme mettant
en relief les lacunes ou le laxisme propres à l’administration) s'étant fait
l'un des chantres américains de l'accession à l'information n'en approuva pas
moins les mesures prises.

Plus généralement, cette frénésie expurgatoire était-elle indispensable ? Pas
si sûr. En mai 2004, le National Defense Research Institute rattaché à la Rand
Corporation rendit publiques les conclusions d’une étude financée par la
National Geospatial-Intelligence Agency : les sites Internet suspectés
donnaient effectivement accès à 629 bases rassemblant des données critiques
mais celles-ci contenaient des informations pouvant être tout aussi facilement
obtenues par d’autres moyens. Seules furent identifiées quatre bases de
données (pipe-lines, installations nucléaires et barrages hydrauliques)
rendues inaccessibles au public et pour lesquelles l’imposition d’un accès
restreint a effectivement amélioré la protection de certaines cibles
potentielles. 66 autres bases de données furent par ailleurs jugées
litigieuses mais la Rand Corporation recommanda d’emblée la réouverture d’une
quarantaine de sites à accès devenu restreint.

En filigrane à ce rapport, on devine du reste à quel point certaines mesures
prises le furent en dépit du bon sens. Par exemple, le contenu de 39 bases
maintenant inaccessibles au public car fournissant des données géospatiales a
pu être retrouvé par les chercheurs grâce à ces sites Internet spécialisés
dans l’archivage des pages Web supprimées. Les analystes de la Rand
Corporation inventorièrent en outre 300 sites privés proposant des
informations de meilleure qualité que certains sites fédéraux pourtant
censurés à l’exemple d’un magazine spécialisé dans la plongée subaquatique qui
décrivit les fonds sous-marins autour de certaines plates-formes pétrolières
situées au large de la Californie et ce, de manière plus détaillée que les
sites Internet gouvernementaux autrefois chargés de fournir une information
similaire.

Chez les militaires, le sauve-qui-peut fut d'une ampleur équivalente. Citons
par exemple le cas du 19th Theater Support Command de Camp Henry (Corée du
Sud) dont le site fut expurgé des données relatives aux numéros de téléphone,
aux adresses e-mail ainsi qu'aux biographies des officiers supérieurs.
D'aucuns refusèrent par contre de céder à l'hystérie ambiante. Ce fut par
exemple le cas de CheapTickets (http://www.cheaptickets.com) qui propose un
service baptisé « FlightTracker » dont l'objet est d'indiquer en temps
quasi-réel la position, l'altitude et la vitesse des avions commerciaux en vol
au-dessus du territoire des Etats-Unis. Sans doute ce « service » pourrait-il
être estimé présenter quelque utilité pour ajuster le timing d’un attentat au
moyen d’un missile sol-air portable.

© Jean-Jacques CÉCILE
2 janvier 2006

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