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Chez Synodys, le pire est avenir Détecter les radiations, le gaz sarin : le fabricant d'équipements vit du business de la menace. par David REVAULT D'ALLONNES QUOTIDIEN : lundi 03 avril 2006 Lamanon (Bouches-du-Rhône) envoyé spécial L'hypothèse d'une «bombe sale» ou d'une attaque bioterroriste de grande ampleur n'est pas un scénario-catastrophe pour tout le monde. Les dirigeants du groupe Synodys, spécialisé dans les équipements de détection des risques NRBC (nucléaires, radiologiques, bactériologiques et chimiques), y voient même un créneau d'avenir. Chez Synodys, le cash a bien une odeur : celle de l'accident nucléaire ou de l'attentat au gaz sarin. Un cadre le reconnaît sans complexe : «S'il n'y a plus de danger, on ne vend plus rien.» Le business de la peur, un marché encore balbutiant mais qui pourrait se révéler juteux. «Les gens ont peur, et la demande est déjà là, veut croire le président, Antony Besso. C'est un marché exponentiel, avec des organisations gouvernementales qui disposent déjà de financements importants. Mais il est clair que si une crise terroriste importante survenait, ça accélérerait la demande en équipements...» «L'Invisible». Bienvenue à Lamanon, aimable petite ville provençale de 1 800 habitants : ses collines arborées, ses grottes troglodytes et son platane de plus de 3 siècles, «classé monument historique». C'est dans ce paisible décor que sont tapis les 240 salariés de Synodys (1). Des «mesureurs de l'invisible», comme ils aiment à se définir, qui ont bien détecté que leur activité était dans l'air du temps. «Avant, les contrats étaient de gré à gré, explique une salariée, et nos deux seuls clients étaient EDF et le CEA (Commissariat à l'énergie atomique, ndlr). Désormais, on vend dans le monde entier.» Aujourd'hui, EDF n'achète plus que 10 % de la production de Synodys, contre 85 % il y a quinze ans. Et l'export constitue 65 % du chiffre d'affaires. Lequel a connu, selon le patron, Antony Besso, «une croissance à deux chiffres depuis le début des années 2000», soutenue par la nouvelle cote du nucléaire et les coups de pouce d'Al-Qaeda : «Depuis le 11 septembre 2001, la dynamique a changé en matière de sécurité civile. Des opportunités pour la protection des frontières se créent. Aux Etats-Unis, un Department of Homeland Security (Sécurité du territoire, ndlr) a été créé et beaucoup d'argent alloué à ce programme. Et le concept arrive ici : le Home Office britannique (ministère de l'Intérieur, ndlr) a déjà lancé des appels d'offres...» Entre menace réelle et psychose, le fonds de commerce, pourtant, demeure incertain. «Une attaque biologique est envisageable, mais quelle est sa probabilité d'occurrence et à quelle échéance ? s'interroge une consultante en intelligence économique. Ce n'est pas quelque chose qui arrive tous les jours...» D'où un marketing franchement cauchemardesque. Comme sur cette plaquette destinée aux Etats-Unis, où l'on apprend qu'«un certain nombre de groupes terroristes cherchent à ravager notre territoire». Et que «la bombe sale est en haut de l'échelle des menaces». Les commerciaux, ingénieurs et physiciens pour la plupart, ne donnent pas dans la science-fiction et gardent les deux pieds sur terre. «C'est un combat féroce sur la qualité et le prix clés en main, explique Olivier Dieudonné, responsable du développement. Le jeu s'est durci ; en cas d'événements ou de nouvelle réglementation, il faut être capable de mettre sur le marché des produits de plus en plus vite. C'est la cavalcade. Or on s'est rendu compte qu'un certain nombre d'informations circulaient à l'extérieur sur nos prix, alors que la moindre info pourrait pousser nos concurrents à accélérer leurs propres recherches.» L'entreprise, dont une partie des bâtiments est classée «confidentiel défense», a donc «sensibilisé ses collaborateurs» pour qu'ils demeurent discrets «en déplacement, dans les avions ou dans les trains». Elle envisagerait même d'instaurer des «primes de secret» autour de certains projets. Portiques. Le best-seller de Synodys, c'est le dosimètre : un petit boîtier portable mesurant le niveau de radiations. Synodys en a déjà placé plus de 300 000 auprès des opérateurs de centrales nucléaires, des hôpitaux et des militaires, dont «85 % des armées de l'Otan», selon l'entreprise. Prix conseillé : environ 300 euros. Beaucoup plus onéreux, les dispositifs censés détecter «tout trafic de matière illicite» aux frontières peuvent coûter plusieurs millions d'euros. Comme ces portiques pour les voyageurs dans les aéroports ou les camions et conteneurs transitant dans les ports. Côté clients, Synodys équipe les pompiers de l'Etat de Floride, le FBI américain ou le port de Hambourg, en Allemagne. Travaille avec la police scientifique française sur des procédés de détection chimique. Et vient d'emporter le marché pour protéger trois ambassades américaines en Europe de l'Est. «On peut aussi imaginer des dispositifs pour le métro et les gares, tous les endroits où les gens se rassemblent en masse et constituent une cible potentielle, salive Antony Besso. Et les grands événements sportifs qui, à l'avenir, présenteront des opportunités de dizaines de millions d'euros.» Synodys planche d'ailleurs sur le dispositif de sécurité de la prochaine Coupe du monde de foot, en Allemagne. Et serait en contact avec le Vatican pour assurer la protection du Saint-Siège. (1) Le groupe dispose de sites de production en Allemagne et en Finlande http://www.liberation.fr/page.php?Article=371913 Un fonds américain aux commandes La stratégie d'American Capital, propriétaire depuis 2004, reste opaque. par David REVAULT D'ALLONNES QUOTIDIEN : lundi 03 avril 2006 N'en déplaise aux tenants du patriotisme économique, c'est un fonds d'investissement américain coté au Nasdaq, American Capital Strategies, qui, à l'été 2004, a pris le contrôle de 80 % du capital de Synodys, moyennant 72 millions de dollars. Les projets du nouveau propriétaire avaient suscité l'inquiétude des salariés de l'entreprise, qui s'étaient offert un léger débrayage en septembre, suivi du départ de l'ancien président, Philippe Destembert. Et des observateurs s'interrogent toujours sur la stratégie financière du fonds d'investissement. «Synodys gagne en exploitation, mais American Capital, par les taux d'intérêt des emprunts contractés, pompe plus de cash que la société n'en produit, commente un proche du dossier. Quel est le niveau de dettes de la boîte ?» Et d'observer avec circonspection le rapprochement de Synodys avec deux autres sociétés américaines du portefeuille d'American Capital, ainsi que la création, en janvier, de la société mère Mirion Technologies, au chiffre d'affaires officiel de 150 millions de dollars. «Ils ont fait éclater toute la structure de commandement de Synodys et l'ont fusionnée avec d'autres activités qui n'ont rien à voir, sans logique industrielle, poursuit cette source. Ils risquent de se retrouver en grosse difficulté.» Le nouveau président, Antony Besso, se veut, lui, rassurant envers les salariés : «Rien n'a changé. L'entité juridique et les contrats de travail restent les mêmes.» --~--~---------~--~----~------------~-------~--~----~ You received this message because you are subscribed to the Google Groups "guerrelec" group. To post to this group, send email to [email protected] To unsubscribe from this group, send email to [EMAIL PROTECTED] For more options, visit this group at http://groups.google.com/group/guerrelec -~----------~----~----~----~------~----~------~--~---
