http://www.rfi.fr/actufr/articles/075/article_42650.asp

Espionnage nucléaire entre alliés

Des documents secrets déclassifiés et rendus publics mardi à
Washington par un chercheur américain indépendant révèlent
l'ampleur du dispositif mis en place dès 1946 par les Etats-Unis
pour espionner le programme nucléaire français.

Que des alliés s'espionnent n'a rien de surprenant, que les
États-Unis s'intéressent aux capacités nucléaires d'un autre pays
non plus. Ce qui l'est davantage, ce sont les moyens mis en œuvre.
Agents infiltrés, informateurs, navires, avions de reconnaissance U2,
satellites et  écoutes de l'Agence nationale de sécurité (NSA) :
dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, les agences
américaines de renseignement ont déployé un arsenal conséquent pour
surveiller le programme d'armement nucléaire français.

C'est ce que révèlent des documents d'archives publiés sur
Internet mardi par un chercheur indépendant, Jeffrey Richelson, membre
du National Security Archive, un institut militant pour la liberté de
l'information affilié à l'université George Washington, située dans
la capitale américaine. Ces documents, naguère secrets et
aujourd'hui déclassifiés, s'étalent sur une quarantaine
d'années. Ils proviennent notamment de la Central Intelligence
Agency (CIA), du département d'État, du commandement Pacifique, du
commandement stratégique aérien de l'armée américaine et du
Manhattan Project (nom de code du programme pour le développement de
la bombe atomique américaine).

Les Etats-Unis, pionniers en matière de technologie nucléaire et
premier pays à se doter de la bombe atomique à la fin de la Seconde
Guerre mondiale, « étaient simplement inquiets que d'autres Etats,
amis ou ennemis, puissent se doter de l'arme nucléaire, explique
Jeffrey Richelson. Le renseignement avait pour mission de savoir à
quel niveau ils se situaient. » Dès 1946, alors que s'instaure la
Guerre froide et l'hostilité entre l'Est et l'Ouest, le premier
pays espionné est l'URSS.

La France gaullienne, alliée jugée indocile et peu fiable


L'atoll de Mururoa, site d'essais nucléaires français, photographié
par le satellite espion américain KH7 Keyhole en 1967.
(Source de l'image: National Security Archive)

Quasi simultanément vient le tour de la France, puisque les documents
publiés mentionnent  une série de rapports de l'époque sur
l'éventualité que les scientifiques français vendent leur
savoir-faire nucléaire au plus offrant. Ainsi, citant « une source
sûre », un mémorandum ultra-secret daté du 18 février 1946
rapporte que « selon une rumeur, des savants français ont trouvé la
formule et mis au point les techniques pour des explosions atomiques et
ils veulent maintenant vendre cette information. (...) Ils prétendent
qu'ils ne veulent pas la vendre aux Alliés ou à leur propre
gouvernement pour des raisons politiques. » Quelques mois plus tard,
un autre document secret américain relève : « Il est bien connu
qu'au Commissariat à l'énergie atomique français, tous (les
responsables) sont des communistes ou des sympathisants communistes...
»

La défiance, voire la paranoïa américaine culmine au début des
années 50 avec le maccarthysme et la lutte tous azimuts contre le
communisme, y compris sur le territoire américain. A cette époque, et
alors que la France n'a pas encore pris la décision d'acquérir l'arme
atomique, le département d'Etat et l'armée américaine suivent de
près les personnels travaillant aux programmes nucléaires français.

A l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, en 1958,
l'espionnage américain s'intensifie. Le premier essai français a
lieu en février 1960 dans le Sahara algérien. Washington se méfie de
cette France gaullienne, alliée jugée indocile et peu fiable, membre
turbulent de l'Otan, même si le président français sera le premier
à assurer John Kennedy de son soutien lors de la crise de Cuba en
1962. De Gaulle résumait ainsi sa doctrine à l'égard des
Etats-Unis : « Solidaires dans la tempête, indépendants par temps
calme ».

Avec l'aide de la Nouvelle-Zélande

La France devient à cette époque le quatrième pays à se doter de
l'arme nucléaire après les États-Unis, l'Union soviétique et la
Grande-Bretagne. Avec l'indépendance algérienne, le centre
d'essais est transféré dans le Pacifique-Sud à partir de 1966. Du
coup, les États-Unis élargissent leur surveillance jusqu'à l'atoll
polynésien de Mururoa. Selon Jeffrey Richelson, cet espionnage
entraînera en mai de cette année-là les deux seules sorties d'un
avion espion U-2 depuis un porte-avions, l'USS Ranger.

Les documents des années 1960 décrivent en détail les sites de
Mururoa et Fangataufa en Polynésie, ainsi que l'opération américaine
« Burning Light » (lumière brûlante) qui visait à mesurer les
ondes électromagnétiques des essais français, les services
américains de renseignement ayant appris à l'avance la date et
l'heure de ces essais. Le document le plus récent date de 1987. Il
concerne la théorie française de dissuasion nucléaire face à la
menace d'invasion soviétique. Mais les activités de surveillance des
activités nucléaires françaises se sont poursuivies dans les années
1990, assure Jeffrey Richelson, précisant qu'une partie était menée
par la Nouvelle-Zélande, en coopération avec les Etats-Unis. Depuis
1995, les essais nucléaires français sont effectués en simulation.


par Philippe  Quillerier


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