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Enquête
Renseignement français : la galaxie des "services"
LE MONDE | 22.05.06 | 13h10  •  Mis à jour le 22.05.06 | 13h10
        
Le rôle du général Philippe Rondot, ancien de la DGSE et de la DST, dans  
l'affaire Clearstream, a mis en lumière celui des services secrets  
français.

Ceux-ci, qui forment une véritable "galaxie", sont répartis entre les  
ministères de la défense et de l'intérieur. Leurs relations avec le  
gouvernement et entre eux sont souvent complexes. D'autres services de  
l'Etat, comme la direction des douanes, font également du "renseignement".

Le SGDN. Il coordonne plusieurs ministères en matière de défense et de  
sécurité. Mission parfois théorique, plusieurs services de renseignement  
ressentant sa tutelle comme administrative et bureaucratique. Le ministère  
de la défense, par exemple, souhaiterait que le SGDN lui soit rattaché.  
Son origine date de la séparation en 1962 entre l'état-major des armées  
(EMA), qui dépend du ministère de la défense, et le SGDN, rattaché au  
premier ministre.

Avec 540 personnes et 75 millions d'euros de budget, il assure le  
secrétariat des conseils et comités de défense, celui du comité  
interministériel du renseignement (CIR), et suit l'évolution des  
technologies de l'information et de la communication. Le SGDN préside  
aussi les réunions de la commission interministérielle pour l'étude des  
exportations de matériel de guerre (CIEEMG) et coordonne les actions  
d'intelligence économique, dont le haut responsable est Alain Juillet,  
ancien de la DGSE.

La DGSE. Dans l'imagerie populaire, c'est "le" service secret par  
excellence, équivalent français de la CIA. Mais sa réputation pâtit du  
souvenir du sabotage du navire de Greenpeace, le Rainbow-Warrior (juillet  
1985) par ses agents. Créée en 1982, la DGSE a succédé au service de  
documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece). Sa mission est  
"de rechercher et d'exploiter les renseignements intéressant la sécurité  
de la France, ainsi que de détecter et d'entraver, hors du territoire  
national, les activités d'espionnage dirigées contre les intérêts français  
afin d'en prévenir les conséquences".

Elle comprend 4 773 personnes (25 % de femmes et 70 % de civils)  
auxquelles s'ajoutent 800 agents du service action (SA). Son budget est de  
486 millions d'euros (dont 36,2 millions de crédits spéciaux). Elle  
dispose de cinq grandes directions : renseignement, technique, stratégie,  
opérations, administration. La DGSE, qui n'a de compétence que hors du  
territoire national, est le seul service autorisé à utiliser des méthodes  
clandestines. Ses agents - qui ne portent jamais d'uniforme et n'utilisent  
pas d'armes françaises -, sont habilités à pratiquer l'illégalité.

La DGSE dispose de moyens importants - des centres d'écoute électronique  
aux nageurs de combat -, d'une centaine d'antennes permanentes à  
l'étranger, et d'un réseau de milliers d'informateurs (les "sources").  
Chaque jour, la DGSE produit une trentaine de notes et d'analyses dont les  
"clients" sont la présidence de la République, Matignon, le Quai d'Orsay,  
les ministères de la défense et de l'intérieur, et les autres services de  
renseignement.

La DGSE est sous tutelle organique du ministère de la défense, mais  
l'état-major particulier du président de la République, Matignon et  
d'autres services officiels ont un accès direct à ses services et à son  
directeur général, Pierre Brochand. Contrairement aux services secrets  
américains ou britanniques, la DGSE ne dispose pas d'un site Internet,  
mais sa communication tend à s'améliorer.

La DRM. Elle a été créée en avril 1992 par Pierre Joxe, alors ministre de  
la défense, sur la base des enseignements de la guerre du Golfe : carence  
de renseignement militaire et services trop dispersés, rendant la France  
trop dépendante des sources américaines.

Placé sous l'autorité du chef d'état-major des armées (CEMA), ce service  
regroupe 1 806 personnes (en uniforme) appartenant aux trois armées  
(terre, air, marine) et à la direction générale pour l'armement (DGA). Ses  
éléments récoltent des renseignements d'ordre militaire, concernant les  
forces et les systèmes de combat d'adversaires potentiels.

Le budget de fonctionnement de la DRM est de 126 millions d'euros, chiffre  
théorique, la DRM utilisant les moyens des trois armées. Elle a, par  
exemple, réceptionné, en octobre 2005 le Dupuy-de-Lôme, navire-espion qui  
lui donnera, ainsi qu'à la DGSE, un moyen d'écoute ultramoderne dédié au  
renseignement stratégique et à la lutte antiterroriste. De même, en 2004,  
une fusée Ariane-5 a placé en orbite le satellite d'observation militaire  
Hélios-II A et, en 2005, le satellite de communications militaires  
Syracuse-III A. Des avancées technologiques qui renforcent la souveraineté  
et l'indépendance stratégique de la France.

La DPSD. Service de renseignement méconnu, la DPSD a pour mission de  
veiller à la sécurité du personnel, des informations, des matériels et des  
installations sensibles relevant de la défense nationale. Elle accorde les  
habilitations aux différents niveaux de classification des informations  
("confidentiel", "secret- défense", etc.) et enquête sur les intéressés.  
La DPSD est aussi chargée d'une mission de contre-ingérence économique  
afin de protéger les industries de défense à fort potentiel technologique,  
ce qui revient à une mission de contre-espionnage. Elle emploie 1 460  
personnes.

Le COS. Il regroupe les "forces spéciales", des militaires qui,  
contrairement aux agents du service Action de la DGSE, opèrent en  
uniforme. Ils peuvent agir au sein d'une opération multinationale (comme  
actuellement en Afghanistan, sous commandement américain), dans un cadre  
interarmées (Tchad, Côte d'Ivoire, Balkans, etc.), ou de façon autonome.  
Le COS a été créé en 1992, après la guerre du Golfe : contrairement aux  
Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, la France ne disposait pas d'un  
commandement unique et interarmées regroupant ses unités spéciales. Ses  
effectifs sont d'environ 2 000 hommes (armée de terre : 1 200 ; marine et  
armée de l'air : 400 chacune).

Le COS est l'employeur prioritaire - mais non exclusif - des cinq  
commandos marine (Hubert, Trépel, Jaubert, de Monfort et de Penfentenyo),  
et du commando parachutiste de l'air (CPA-10) d'Orléans. Le 1er régiment  
parachutiste d'infanterie de marine (1er RPIMa), à Bayonne, et le  
détachement de l'aviation légère des opérations spéciales (DAOS), à Pau,  
dépendent exclusivement du COS.

La DAS. Ce n'est pas un service de renseignement mais la DAS analyse les  
informations fournies notamment par les services de renseignement et en  
tire des notes et recommandations de caractère politique, stratégique et  
prospectif, servant au ministre de la défense et aux autres services de  
l'Etat. Elle suit les dossiers de la défense européenne et de l'OTAN, du  
nucléaire et des armes de destruction massive, de la défense antimissile,  
etc., ainsi que l'évolution des crises (Balkans, Afghanistan, Irak,  
Afrique) en faisant une analyse prospective des risques.

La DAS exerce aussi une responsabilité en matière d'exportation  
d'armements et une responsabilité budgétaire - mais non un pouvoir de  
décision - sur divers services, dont la DGSE et la DPSD. Elle emploie 190  
spécialistes, dont la moitié de civils.

Laurent Zecchini
Article paru dans l'édition du 23.05.06


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Antiterrorisme et contre-espionnage
LE MONDE | 22.05.06 | 13h10
        
Les RG. Ils regroupent quelque 4 000 fonctionnaires de police, placés sous  
l'autorité du directeur général de la police nationale (DGPN) et du  
ministre de l'intérieur. Les missions prioritaires des RG sont la lutte  
contre le terrorisme, les violences urbaines, le suivi des mouvements  
radicaux et sectaires, et l'étude de l'opinion. Les fonctionnaires n'ont  
pas d'habilitation d'officiers de police judiciaire, mis à part un groupe  
spécifique (courses et jeux).

Les RG travaillent en amont : ils surveillent des individus ou des groupes  
à risque, puis transmettent si nécessaire leurs informations à d'autres  
services et au parquet, susceptible d'ouvrir une information judiciaire.  
Les échanges opérationnels avec la DST passent notamment par l'Unité de  
coordination de la lutte antiterroriste (Uclat). Longtemps axés sur le  
suivi de la vie politique, syndicale et économique, au service du pouvoir  
en place, les RG s'intéressent, depuis l'avènement du terrorisme d'extrême  
gauche, des mouvements indépendantiste puis islamistes, à de nouvelles  
thématiques. Symbole de cette évolution : en 1994, Charles Pasqua, alors  
ministre de l'intérieur, décide l'abandon du suivi des partis politiques.  
Parmi les dernières innovations, la création en 2005 des pôles régionaux  
de lutte contre l'islam radical, auxquels participent d'autres  
administrations, et le baromètre trimestriel Mercure, sur l'état de  
l'opinion française et ses préoccupations.

La DST. L'article premier du décret de 1982, fixant les attributions de la  
DST rappelle que la vocation historique de ce service est le  
contre-espionnage. "La DST a compétence pour rechercher et prévenir, sur  
le territoire de la République française, les activités inspirées,  
engagées ou soutenues par des puissances étrangères et de nature à menacer  
la sécurité du pays, et, plus généralement, pour lutter contre ces  
activités." Ses personnels font préalablement l'objet d'une habilitation  
au secret défense, valable cinq ans et renouvelable.

Créée en 1944, placée sous l'autorité du DGPN, la DST a compétence sur  
l'ensemble du territoire pour déjouer une menace extérieure et travaille  
sur trois missions prioritaires : le contre-espionnage, la lutte contre le  
terrorisme et la protection du patrimoine économique et scientifique.  
L'originalité de la DST tient à sa double compétence : en plus de ses  
missions de renseignement pur, elle est destinataire de commissions  
rogatoires de juges d'instruction ou de réquisitions du parquet. La DST  
peut donc être à la fois à l'origine et à la conclusion des enquêtes.

Dans le domaine du terrorisme islamiste, elle est le bras armé du système  
préventif construit par la France depuis 1986. Et l'interlocuteur  
privilégié, voire exclusif, des juges "antiterroristes", au premier rang  
desquels Jean-Louis Bruguière. Cette tendance s'est accélérée après les  
attentats du 11 septembre 2001. Pourtant, lors de la vague d'attentats qui  
avait frappé la France en 1995-1996, c'est la division nationale  
antiterroriste (DNAT) qui était à la pointe des investigations judiciaires.
Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 23.05.06

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